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Bruno Boudjelal: La traversée des apparences ou la photographie sous contrainte

Bruno Boudjelal présente La traversée des apparences à La Filature. Au cours du Club sandwich, le 12 janvier, il nous a expliqué la genèse de son travail photographique et son évolution.

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Bruno Boudjelal photographe malgré lui

Né de père algérien et de mère française, Bruno Boudjelal n’a rien connu de l’Algérie jusqu’à 32 ans. Jusqu’à ce moment, son père était resté très discret sur ses racines, au point de ne même pas révéler où il avait vécu  avant de rejoindre la France.  Il n’avait pas non plus conservé de lien avec sa famille restée au pays. Ayant trouvé un document qui indiquait l’origine possible de sa famille, Bruno  décide de partir en Algérie pour rechercher ses grands- parents. Avant de quitter la France, un ami lui suggère de prendre des photos. Il lui confie donc un appareil et 5 bobines de pellicule (argentique bien sûr, car cela se passe dans les années 90). Noir et blanc ou couleur? Bruno n’est pas photographe ; qui plus est, il ne s’intéresse pas à la photo, mais a pu voir peu de temps avant une exposition de Sebastao Salgado.  Impressionné par le travail de ce photographe reconnu, il choisit le noir et blanc.

Photographie sous contrainte

Arrivé à Alger, on lui fait comprendre rapidement qu’il s’expose à de graves dangers en prenant des photos. Mais il répond en fanfaronnant qu’il a l’habitude de photographier et que cela ne lui pose pas de problèmes. Cette déclaration téméraire l’oblige alors à s’exécuter et à partir, appareil photo au poing, dans la ville d’Alger. Il comprend alors très rapidement que la photographie n’est pas de mise. Pris à parti par la population, il est malmené, doit affronter des bagarres et  se trouve même arrêté par la police ! Dans une bagarre, le viseur de l’appareil photo est arraché. Qu’à cela ne tienne, il prendra des photos sans viseur, au jugé. Instruit également du risque à se montrer en train de photographier, il va continuer son voyage vers l’est de l’Algérie en prenant des photos, discrètement cette fois.

Ces conditions particulières vont forger le style de photographie de Bruno, qu’il appelle: photographie sous contrainte.

De retour en France, au moment où les actes terroristes  des mouvements islamistes se multiplient de l’autre côté de la méditerranée, Bruno Boudjelal va faire développer ses photos. Il n’a aucune idée de ce qu’il peut en faire, mais son ami photographe va l’encourager à les proposer à des agences de presse. C’est ainsi que plusieurs de ses photos vont être publiées dans des quotidiens et divers hebdomadaires.

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Bruno Boudjelal, Photographe

Plusieurs années passent et Bruno décide de repartir en Algérie. Il a pu obtenir, grâce à la vingtaine de photos qui ont été publiées, un financement pour organiser son voyage. Instruit par son expérience, il choisit de repartir avec un appareil en plastique qui n’attire pas l’attention. Son style photographique s’affirme alors. Il s’agit de photographier  sans viser, avec des appareils bon marché, ce qui donne des photos au cadrage peu académique, souvent floues, et au contraste aléatoire.

Dans le cadre de l’exposition, plusieurs séries illustrent cette démarche originale. Ces séries photographiques  traduisent aussi l’attirance de Bruno  pour la terre  de ses racines paternelles, à la fois étrangère et familière, comme si un lien s’était forgé dans une autre vie. Vie partagée entre la France où il vit avec sa famille à Montreuil, à la frontière d’un « quartier » et d’une banlieue résidentielle, et l’Afrique où il s’est enraciné  au cours du temps.

Les Paysages de départ, images presque blanches d’où émergent des formes à peine esquissées, sont encore nés du hasard. Des pellicules accidentellement surexposées, presque noires, ont pu être sauvées et révéler un paysage estompé. Ce traitement  involontaire de la pellicule est devenu un moyen d’expression de  la perte du souvenir, par les immigrés, de leur terre natale qui ne reste qu’à l’état de trace dans leur mémoire.

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Circulation présente le périple de Bruno Boudjelal d’ouest en est, à travers l’Algérie, au moment où il devenait possible de se déplacer sans contraintes, à l’inverse de ce qu’il avait connu lors des voyages précédents dans les années 90. Pendant longtemps, il n’a pas été possible d’aller ailleurs que dans des lieux sécurisés. Passée cette période  où le terrorisme régnait, Bruno a pu  traverser le pays et saisir des instants fugaces, des moments privilégiés qu’il restitue dans ses photos.

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Dans une autre série, des portraits flous et énigmatiques, des lieux indéfinis évoquent Franz Fanon, psychiatre martiniquais qui a vécu et travaillé dans l’est de l’Algérie.

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Goudron Tanger le Cap résume dans un film qui traverse le mur de la salle d’exposition ses voyages à travers le continent Africain, du nord au Sud. Bruno  Boudjelal aurait aimé être cinéaste, c’est sans doute la raison de ce film qu’il déroule devant nous.   Et, précise-t-il , c’est encore sous contrainte qu’il l’a réalisé: il a dû sélectionner ses images en quelques jours après les avoir délaissées pendant des mois, pour les besoins d’une exposition!

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Visite de l’exposition Otto Dix

Le 10 décembre 2016, Les Amis de La Filature ont visité  l’exposition dédiée à Otto Dix au musée Unterlinden de Colmar.

Otto Dix est surtout connu pour ses portraits expressionnistes sans complaisance, comme celui de Sylvia von Hadern qui illustre le mouvement de « La nouvelle objectivité » dont il est le représentant principal.

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Mais, pour sa première exposition d’art contemporain, le musée Unterlinden a choisi de présenter des oeuvres inspirées par la guerre et le retable d’Issenheim.

Après des études d’arts plastiques, Otto Dix s’engage dans l’armée allemande en 1914. Il a alors 23 ans et part avec enthousiasme comme beaucoup de jeunes de son âge. Il  est envoyé au front, en France, dans les Flandres, puis en Russie et de nouveau en France. Il envoie alors des dessins, très modernes, sur la guerre.  Loin d’exalter l’héroïsme, il dénonce la sauvagerie destructrice. Déjà, on voit très bien l’influence du  retable d’Issenheim.

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L’artiste ne cesse de témoigner des effets de la guerre sur l’homme. Le souvenir de la guerre le poursuivra longtemps.  Il fait paraître le portfolio de gravures intitulé « La Guerre » et de 1928 à 1932 il exécute le triptyque Der Krieg, référence évidente au retable d’Issenheim.

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L’arrivée des nazis va bouleverser sa carrière artistique. Il est considéré comme l’un des auteurs de » l’art dégénéré ». Ses tableaux seront retirés des musées allemands et il est destitué de son poste d’enseignant des beaux arts à Dresde.  Sentant la menace du régime national socialiste monter, il va déménager en 1936  pour s’établir près du lac de Constance, prêt à fuir en Suisse en cas de danger. Cela ne l’empêchera pas en 1945, à l’âge de 54 ans, d’être mobilisé dans le Volkssturm  et fait prisonnier. Il passe sa captivité à Colmar et pourra être affecté comme jardiner au service du peintre Robert Gall.  En fait, il travaillera plus dans l’atelier du peintre que dans son jardin.  Il peindra alors les prisonniers de guerre, dans un décor sombre où apparaissent  des fils de fer barbelés, souvenir de la couronne du Christ du retable.

L’autre fil conducteur de l’exposition est le retable qui a inspiré Otto Dix tout au long de sa vie.  Bien qu’il soit non croyant, la peinture religieuse tient une grande place dans son oeuvre.  Les références au retable sont très nombreuses et  très bien illustrées dans l’exposition par des rappels des parties du triptyque que l’on peut retrouver dans les tableaux de Otto Dix,  comme la  vision renouvelée de l’Annonciation ou la Nativité.

 

 

 

Visite guidée du musée Unterlinden

Le samedi 30 mars, les Amis de La Filature se sont retrouvés pour une visite guidée  fort intéressante du musée Unterlinden rénové.

Les travaux importants effectués au musée, nous explique notre guide, ont paru nécessaire pour relancer l’intérêt des visiteurs dont le nombre décroissait d’année en année et pour pouvoir exposer les oeuvres qui dormaient dans les réserves. C’est donc une rénovation et une extension qui ont été  décidés sous le signe de la tradition et de la modernité. Le nouveau musée rassemble les bâtiments anciens du couvent et ceux de la piscine municipale. Il a fallu tenir compte de la rivière qui coulait entre les deux partie du musée, en creusant un passage souterrain les réunissant. Une place accueillante les sépare, lieu de repos et de détente pour les visiteurs. Une maisonnette attire l’attention des visiteurs, face à l’entrée du musée. Elle ne sert à rien, nous dit notre guide, ce n’est que pour préserver l’harmonie architecturale qu’elle a été construite.

la petite maison qui ne sert à rien!

La petite maison qui ne sert à rien!

La visite commence dans la nouvelle partie de l’établissement avec une salle qui résume les divers thèmes du musée: archéologie, peinture des traditions alsaciennes, peinture médiévale rhénane, peinture du 19ème et peinture française de la deuxième partie du 20ème siècle. Notre visite ne s’est pas attardée sur les oeuvres alsaciennes, notre guide nous rappelle toutefois que Hansi a été conservateur du musée et a transmis de jolies aquarelles, dont celle présentée ci-dessous.

Nous nous arrêtons devant un tableau de Monet représentant la vallée de la  Creuse. Ce sera la seule allusion à la peinture du 19ème qui ne s’illustre pas d’ailleurs par des tableaux majeurs. Nous passons alors directement au deuxième étage pour jeter un coup d’oeil à la piscine. Il ne reste pas grand chose qui rappelle  l’ancienne fonction de ce lieu. Dans cette grande salle  blanche et claire se tient un « happening », un groupe compte en choeur jusqu’à 5000 devant un public médusé!

Nous redescendons pour visiter la partie du musée dédiée à la peinture française de la deuxième moitié du 20ème siècle. La politique d’acquisition du musée a mis l’accent sur les artistes de cette période, et notamment sur ceux illustrant l’abstraction géométrique. On retrouve ainsi un grand tableau de Mathieu intitulé « hommage à Vauban » commandé par Georges Pompidou qui en était un fervent admirateur. Cette toile était destinée au fort de Brégançon. Parmi les artistes renommés présentés dans cette salle, on reconnaît encore Soulages avec une toile noire et brune, inspirée d’une panne d’élécricité à New York, nous dit notre guide, une sculpture de Simone Boisecq,  plusieurs tableaux de Poliakoff, de Maria Helena Vieira da Silva et de Joe Dawning dont plus d’une centaine d’oeuvres ont été léguées au musée d’Unterlinden.

La salle suivante s’ouvre sur une immense tapisserie, copie de la toile de Picasso « Guernica ». Elle a les mêmes dimensions et les mêmes couleurs que la peinture originale. Il n’en existe que 3 exemplaires, les autres sont détenus au Japon et aux USA. Deux tableaux de la période tardive de Picasso, dont celui présenté ci-dessousavoisinent cette tapisserie.

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Notre parcours passe devant les oeuvres de Nicolas de Stael, Otto DixDubuffet, Olivier Debré, illustrant divers mouvements de la peinture du 20éme siècle. Nous empruntons alors un escalier en spirale de facture harmonieuse et originale.

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Notre visite se termine  en revenant dans le cloître  qui est resté sous le signe de la tradition.  Elle accueille toujours la peinture médiévale rhénane et le célèbre retable d’Issenheim. Notre guide s’attarde alors longuement sur cette oeuvre majeure qui fait le succès du musée depuis des années. Peinte entre 1512 et 1516, elle est contemporaine de la renaissance italienne, mais elle revêt toujours les caractéristique de l’art médiéval du nord de l’Europe. On ne sait presque rien de son auteur, Grünewald, dont très peu d’oeuvres sont connues. Cette oeuvre est originale et exceptionnelle à plusieurs titres.  A la différence des retables dont le panneau central (appelé « ouverture ») est normalement dissimulé au regard sauf en période de carême, le retable d’ Issenheim  a deux « ouvertures » (la crucifixion et la tentation de Saint Antoine), ce qui est extrêmement rare. Une autre particularité de ce retable réside dans la représentation du Christ, marqué par la souffrance de la crucifixion, le corps couvert des marques des flagellations, les épines dans la chair, les doigts déformés après la mort, le linge le recouvrant déchiré et en lambeaux. Ce retable a été commandé par les Antonins  qui recueillaient les  malades souffrant de l’ergotisme, maladie causée par un alcaloïde proche du LSD produit par l’ergot de seigle.Les troubles associés à l’ingestion de cette substance sont nombreux, hallucinations, mais aussi troubles intestinaux et digestifs, lésions cutanées et même gangrène. Un malade est représenté sur la tentation de Saint Antoine.

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Aucun traitement n’existait et la contemplation du retable restait la seule consolation pour les malades: ils pouvaient partager la souffrance du Christ, luttaient comme Saint Antoine contre les tentations et pouvaient ainsi espérer en la vie éternelle.

La restauration de la tentation de Saint Antoine revèle les couleurs originales du tableau. Il est regrettable que ce travail  ait été interrompu il y a quelques années à la suite  à la remise en cause de techniques employées. Un enquête minutieuse a montré qu’aucune erreur n’avait été commise, mais faute de moyens, la restauration n’a pu être reprise. Une partie de la « Tentation de Saint Antoine » reste couverte d’un vernis qui dissimule les couleurs sous un voile jaunâtre visible en haut et à gauche du panneau droit.

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visite guidée de l’exposition Soleil Noir à la Fondation Beyeler

Les Amis de La Filature sont venus nombreux pour  la visite commentée de l’exposition « Soleil Noir » à la Fondation  Beyeler   le 21 novembre. Cette exposition sur les peintres russes du début du 20ème siècle, pionniers de la peinture abstraite mais peu connus pour la plupart, méritait des explications. Notre conférencière francophone, enthousiaste et dynamique, nous a fait pénétrer dans l’univers de Malevitch et du Suprématisme. Il n’était pas évident de commenter des tableaux comme « carré noir ». Par quel cheminement était-on arrivé à un tel degrés d’abstraction et de dépouillement? Notre conférencière nous a montré comment cet art révolutionnaire avait influencé l’art contemporain jusqu’à nos jours. L’assistance a beaucoup apprécié cette visite éclairante d’un peu plus d’une heure qui a passé très vite.

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Exposition 0.10 de 1910: les prémisses du Suprématisme

L’exposition présente les toiles exposées en 1910 à l’exposition 0.10  (signifiant pour Malevitch qui l’avait organisée, le début de l’art ou presque). Les premières salles reflètent les tendances établies au début du 20ème siècle. Cézanne et un peu plus tard Picasso, ont ouvert la brèche en refusant les lois de la perspective classique admises jusque-là depuis la renaissance et en déconstruisant l’espace. Les peintres russes ont suivi ce mouvement dans le « cubo futurisme » où l’on retrouve les techniques cubistes chères à cette époque, fragmentation géométrique de la toile, illusion de l’espace en trois dimensions, incrustation de mots qui évoquent le sujet du tableau en y associant la recherche  du mouvement comme dans le futurisme italien. Ce mouvement est  bien illustré  dans « Le voyage » de Lioubov Popova » où l’imagination est fortement sollicitée dans une toile morcelée  à dominante rouge.

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Le voyage de Lioubov Popova

La révolution de Malevitch et Tatline

La véritable révolution vient avec Malevitch qui abandonne tout sujet concret pour ne représenter que des formes géométriques simples (cercles, lignes , cubes et rectangles) dans des couleurs primaires sur fond blanc. Ici, l’intention est de refuser toute référence au réel et de créer une dynamique associée aux rapports de formes et de couleurs. La disposition des masses, des couleurs et des formes devient primordiale. Il s’agit d’une nouvelle grammaire dont le vocabulaire est formé de signes simples se développant dans l’espace. Le spectateur est chargé d’en faire la lecture, d’en percevoir les tensions et la cinétique, évacuant toute perception sensitive pour se concentrer sur une démarche conceptuelle. Le sommet de l’exposition est représenté par la fameuse toile « Carré noir » stade ultime du « suprématisme » qui réduit jusqu’à l’extrême forme et couleur.

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Au même moment, la sculpture se voit aussi réinventée par Tatline. Tatline  libère la sculpture du socle, des matériaux conventionnels (bronze ou pierre) et de la figuration. La sculpture intitulée « contre-relief angulaire » traverse  le coin de la salle, elle  se compose de cordes, de poulies, de pièces métalliques et de bois. La sculpture sort du mur qui en devient partie intégrante. Elle préfigure ainsi les installations, devenues familières de nos jours.

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Dans une deuxième partie, Soleil Noir 2, l’exposition illustre l’influence de ces précurseurs sur l’art contemporain. Pas moins de  35 artistes des XXe et XXIe siècles sont exposés, avec bien sûr Mondrian qui systématise l’agencement de formes simples et de couleurs primaires, mais aussi Tinguely et ses tableaux faits de pièces métalliques noires animées. L’influence de Malevitch apparaît également dans les toiles  monochromes , ou dans  les toiles de Mark Rothko dont la grande taille  permet de s’immerger dans les nuances de couleurs.   On pensera aussi à Soulage qui n’est pas présenté dans l’exposition, mais dont les toiles noires monochromes utilisent les principes érigés par Malevitch, en ajoutant travail sur le relief et la lumière.

Cette exposition a permis aux Amis de La Filature de découvrir la genèse de la peinture abstraite et de regarder avec un regard neuf des toiles qui paraissaient impénétrables.

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Les Amis de la Filature écoutent avec attention la conférencière

 

 

 

Franck Christen, amoureux du Dreieckland

Bien que Franck Christen soit installé à Bruxelles où il enseigne la photo à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts visuels,  son coeur est resté en Alsace dans sa région natale et dans le Dreieckland où il revient souvent. « C’est une région fantastique, dans la même journée on passe la matinée à Mulhouse, l’après-midi on se promène en Allemagne et le soir on peut boire un pot à Bâle.  Le Dreieckland est un territoire sans discontinuité ».

 

JST_0564_052Franck Christen et Emmanuelle Walter

Initialement, Franck Christen voulait présenter des portraits du Dreieckland.  Il y a des types physiques assez caractéristiques des les trois pays du Dreieckland, dit il. Mais le temps a manqué et c’est un « portrait  chinois » qu’il nous a finalement proposé.

Dans ce « portrait chinois », on  retrouve des photos qui évoquent l’Alsace,  la Suisse et  l’Allemagne (images du Lac des Perches par exemple, du Rhin, de la Jungfrau, du Vitra Museum ). Franck Christen,  dans  une délicate et subtile série de photos d’arrangements floraux qui nous renvoient aux papiers peints et tapisseries du 19ème siècle dont l’Alsace avait fait sa spécialité, présente aussi un hommage à Adolphe Braun.   Dessinateur de motifs textiles et papiers peints, Braun a été un pionnier de la photographie  au milieu du 19ème siècle. Il a utilisé  les photos de fleurs pour reproduire des modèles destinés à l’industrie textile ou à l’impression sur étoffes à Mulhouse. Franck Christen nous rappelle ainsi le passé prestigieux de l’industrie textile aujourd’hui disparue, de même que celle  des papiers peints, qu’il  présente par des photos à  motif de capiton.

Hommage à Adolphe Braun

Mais que penser des photos de cèdres du Liban, ou d’un cours d’eau au Japon ? « La beauté est partout, dit Franck Christen, nul n’est besoin de voyager loin ; on la retrouve dans le Dreieckland  et dans son jardin« . Et il en fait la démonstration  en mettant en parallèle une photo du Rhin et d’un cours d’eau au Japon qui revêtent les mêmes tonalités de vert, profond et soyeux, dans une végétation luxuriante. « C’est la même couleur que celle du Lac des Perches à certaines heures de la journée » ajoute t-il. Quant au Liban, c’est une réplique du Dreieckland, « avec une superficie semblable et une grande  diversité culturelle« .  Les cèdres du Liban ne nous rappellent-ils pas aussi les forêts des Vosges et de la Forêt Noire ? Et pour boucler la boucle du « portrait chinois »,  il photographie en Forêt Noire sur fond de bardeaux de bois une petite fille née d’un couple allemand-libanais.

L’évocation du Dreieckland passe aussi par le souvenir de ses racines. La chèvre Pâquerette mangeant des cerises, c’est la chèvre de ses parents qui habitaient Heimsbrunn, près de Mulhouse. « Elle mange des cerises, elle avait 16 ans quand j’ai pris cette photo, je savais qu’elle était en fin de vie. Dans la peinture classique, tenir une cerise à la main est le symbole de la mort prochaine« .  La chèvre Pâquerette est le point de départ d’une série d’animaux qui s’achève avec une vanité et des poussins  morts .

Franck Christen, Pacquerette

Franck Christen a cherché à rapprocher parfois des univers monochromes  (comme cette photo de mer argentée dans une atmosphère vaporeuse et le velours vert d’un cours d’eau japonais) qu’on retrouve sous le regard scrutateur d’un hibou grand duc qui impose sa présence policière. Plus loin, les structures géométriques du Vitra Museum  avoisinent les mannequins empilés dans une vitrine, comme les vestiges d’une civilisation ancienne abandonnés dans des ruines. Et Franck Christen s’amuse de ces associations que font librement les visiteurs qui imaginent les lieux, les  scènes selon leur propre histoire. C’est aussi avec humour, (car il faut bien s’amuser, dit Franck Kristen, les yeux rieurs), qu’il présente Gisèle, sa chienne aux yeux implorants, à l’entrée de l’exposition, comme une collaboratrice fidèle, ou encore les 3 citrons sur un tissu du Liban. Encore une photo du Dreieckland?

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Le travail de Franck Christen continue avec la production de sérigraphies en hommage à Adolphe Braun en collaboration avec l’HEAR (Haute Ecole des Arts du Rhin) . Ce travail sera présenté lors du vernissage qui aura lieu le 26 novembre  à 20h30 en présence de l’artiste,  auquel vous êtes cordialement conviés. Des gâteaux typiques Alsaciens seront les bienvenus pour cette occasion, merci d’en apporter si c’est possible.

Les Amis de La Filature sont aussi les bienvenus  au Club Sandwich le jeudi 3 décembre de 12h30 à 13h40. C’est encore une occasion de découvrir ce que les images de Franck Christen nous disent sans légende ni sous titre et de rencontrer l’auteur des photos qui en parlera avec  simplicité et humour.

 

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