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La Conférence des Oiseaux

 

 

Jeudi 11 octobre 2018, dix-huit membres de l’association « Les Amis de la Filature » se sont rendus à la Comédie de l’Est de Colmar pour assister  à la représentation théâtrale de la pièce « La conférence des Oiseaux », l’un des plus célèbres contes soufis écrit par le persan Farid al-Din Attar ( 1142-1220)

L’adaptation est de Jean-Claude Carrière .
La mise en scène était la dernière mise en scène de Guy-Pierre Couleau qui quitte La Comédie de l’Est.

Cette pièce raconte comment les oiseaux se mirent en quête du mythique Simorg afin de le prendre comme roi. Au terme d’une épopée mystique et existentielle, ils découvrent qu’il n’y a pas de roi et que Simorg n’est autre qu’eux-mêmes.

Il s’agit d’une allégorie de la rencontre entre l’âme et son vrai roi, le soleil de sa majesté est un miroir où l’on voit son âme et son corps. La conférence des oiseaux parle de ce que nous sommes, de notre humanité et des chemins que nous devrions emprunter pour accéder à la découverte de ce que nous sommes. Les oiseaux sont nos images. Le texte est un texte essentiel pour qui veut penser l’existence et nos comportements sur cette planète et entre nous.

La mise en scène de Guy-Pierre Couleau joue sur un jeu de miroirs où les acteurs se mirent tout en mettant leurs têtes d’oiseaux. Ils se voient eux-mêmes et nous nous voyons nous-mêmes.
Ces masques sont superbes et représentent divers oiseaux : la Huppe par exemple qui aurait connu le roi Salomon et aurait percé les secrets du monde entier, un hibou, un canard,  des oiseaux migrateurs qui nous ramènent au problème actuel des migrants.

A l’issue du spectacle, nous avons pu discuter avec le metteur en scène et les acteurs ce qui est toujours très intéressant.
Ce fut une très belle soirée nous a permis de réfléchir sur nous-mêmes et sur les autres.

 

Marie-Emmanuelle Badinand

 

 

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Muchismo, une retrospective photographique de Cristina de Middel

On peut voir en ce moment à la galerie de La Filature une exposition  de photos de Cristina de Middel.  Les Amis de La Filature ont eu le privilège de  la primeur de l’exposition. Ils ont pu assister à l’accrochage après  la traditionnelle rencontre de début d’année  du 4 janvier où ils ont apprécié la galette des rois.

Muchismo, titre de l’exposition pourrait être considéré  comme la contraction en anglais de much is more,  ou bien un mélange d’espagnol et d’italien avec mucho  (beaucoup en espagnol) suivi du substantif issimo. Dans tous les cas, cela exprime la quantité,   le surnombre. On dirait en français Plus que plus. Et de fait, cette exposition rassemble 430 photos, ou plutôt devait rassembler 430 photos puisque qu’une vingtaine n’est pas arrivée à bon port et se trouve encore quelque part en transit!

Christian Caujolle, commissaire de l’exposition souhaitait présenter une rétrospective de l’oeuvre de Cristina de Middel qui a émergé comme une artiste incontournable dans le bouillonnement récent de la création artistique en Espagne. Cristina a proposé d’exposer le  travail qu’elle a présenté dans des galeries ou des expositions au cours des 5 dernières années, en réunissant l’intégralité de ses tirages. D’où la profusion des photos,  présentées dans des formats et cadres divers. La réussite en  photojournalisme exige une grande  quantité de tirages et beaucoup de lecteurs, dit Cristina, dans l’art c’est le contraire: on organise la rareté. Une photo d’art n’est tirée qu’en petit nombre d’exemplaires (5 ou 10), et les galeries d’art présentent souvent une unique photo sur un immense mur blanc. Cristina prend ici avec humour le contre-pied de cette mode et conteste le marché de l’art  en  affichant  des murs de photos.

 

L’accrochage: Emmanuelle Walter et Crisitna de Middel expliquent aux Amis de La Filature le concept de l’exposition à 4 mains

Les murs blancs s’apprêtent à recevoir les photos. Sur la table, des feuilles imprimées préfigurent la disposition des photos.

Cristina a commencé sa carrière comme photojournaliste chez Magnum, mais au bout de quelques années, elle éprouve une lassitude et une frustration de voir que le photo reportage est traité de façon standardisée et immuable. Les années passent et les photos qui illustrent les conflits mondiaux sont toujours les  mêmes, dit-elle. Mêmes images, mêmes mots accompagnent les reportages. Les images publiées dans la presse ou sur internet  interrogent aussi sur la véracité des faits. Est-ce une représentation de la vérité ou une manipulation? Aujourd’hui, au moment où les « fake news » envahissent les médias, on peut toujours se demander la part de vérité que contiennent les informations.  De cette frustration naît l’idée de créer son propre récit en images. Il s’agit alors de mettre en scène des histoires vraies ou insolites, qui  peuvent même parfois paraître invraisemblables. C’est ainsi que démarre le projet qui a connu un très grand succès : Les Afronautes. En 1962 en Zambie, un professeur de sciences affirme  pouvoir battre les Soviétiques et les Américains.L’enseignant monte un ambitieux projet intitulé “Afronautes”. On conçoit un camp d’entraînement près de la capitale et sélectionne douze volontaires. Dans le camp, ils entretiennent leur condition physique, s’initient à l’apesanteur avec un système de balançoires. Dix chats sont de l’expérience. Pour concrétiser son projet, le conquérant de l’espace zambien demande 7 millions de livres zambiennes à l’Unesco, l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture. Les fonds n’arriveront jamais. Le programme sera abandonné, puis oublié. Cristina de Middel a reconstitué cette histoire avec des gens ordinaires. Quand on cherche des images sur l’Afrique dans Google, quelles images trouve- t-on? Des Massaïs qui dansent ou des tribus primitives, pas des gens qui vont dans un bureau de poste ou une banque.  Ce projet met en évidence les préjugés dont nous sommes coupables. Il  nous amuse car ce projet spatial est mené en Afrique.  Nous aurait-il amusés si il avait été entrepris en Norvège ou en Finlande? Cristina  n’ira pas en Zambie pour photographier les vestiges de ce projet, mais trouvera au cours de ses voyages africains des modèles qui illustreront son propos.

Elle applique la  même démarche aux autres projets qu’elle réalise: Dans West Side Story, elle recrée dans les rues de  New York des scènes du film culte avec des passants qui acceptent d’être figurants.  C’est une critique de la photo de rue (Street photography) aujourd’hui très populaire.  La photo de rue, dit-elle, est vide de sens. Elle s’applique à fixer un moment décisif, mais elle ne montre rien au- delà du talent du photographe à saisir cet instant.

A l’issue d’un voyage en Chine, elle publie un livre qui dénonce le communisme de façade du régime. Les photos sont accompagnées de textes du petit livre rouge de Mao  qui s’y rapportent, dont elle a couvert de blanc tout ce qui n’est plus an vigueur. Il n’en subsiste que quelques mots épars.

Une autre série est inspirée par un livre décrivant la terreur d’un enfant Yoruba du Nigeria, enfermé dans une forêt sacrée au cours d’une initiation. Il ne peut s’en échapper et y reste  prisonnier 30 ans. Les images révèlent ses cauchemars et ses angoisses. Fantômes et insectes peuplent ses images.

L’inspiration d’une des séries présentées est aussi venue du journal de bord du capitaine d’une expédition qui réunissait des scientifiques chargés d’explorer une île découverte par des baleiniers dans le grand sud, mais jamais explorée. Elle a reconstitué les images de cette expédition avec des amis qui posent pour elle…. en Ecosse!

La dernière série illustre le visage présumé des spameurs indélicats. Vous êtes- vous demandé qui pouvait vous envoyer ce courriel vous promettant 50 millions de dollars ? Cristina a imaginé le portait  de ces personnes.

L’exposition ne cherche pas à reconstituer ces séries, mais à constituer des murs de photos. Les mêmes photos sont présentes plusieurs fois, dans plusieurs formats. Cristina dit: les photos sont comme  les mots d’une phrase, elles prennent du sens en les juxtaposant.

Il reste aux visiteurs à les décrypter.

vernissage de l’exposition

 

 

 

Juliette

Ici, pas de téléphone portable, pas d’internet,  ni facebook, ni  tweets. Les collégiens qui assistent au spectacle  « Juliette et  les années 70″ ne trouvent sur le plateau que des objets disparus aujourd’hui  : un électrophone et son disque en vinyle, un projecteur de diapositives. Flore Lefebvre de Noëttes (Juliette) nous fait revivre les années 70 au travers de sa biographie, à la Comédie de l’ Est de Colmar. Ce spectacle était offert par les Amis de la Filature.

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Pour les jeunes spectateurs, la description du lycée de Juliette des années 70   a de quoi étonner. Blouses obligatoires, cours d’instruction sexuelle, travaux manuels de couture pour les filles et de bricolage pour les garçons, autant de pratiques révolues qui paraissent anti-déluviennes, mais qui réveillent bien des souvenirs pour les plus âgés qui ont vécu cette période.  Les portrait satyriques des professeurs renvoient aussi a des images mémorables pour les plus jeunes comme les plus vieux.

Juliette nous plonge  dans son passé. Elle nous fait revivre son  adolescence dans un environnement familial difficile, un père qu’elle considère comme « fou » (en fait souffrant de troubles bipolaires) et une mère baba cool. Le « pater »,  souvent hospitalisé ou en congés de maladie, oscillant entre dépression et euphorie, limite l’éducation des ses enfants à des actes répressifs, tandis que la mère (la Mate, abbréviaton de Mater) essaye de faire bouillir la marmite en tenant, sans succès, une boutique d’objets exotiques.   Juliette nous convie aussi à partager le drame familial et ses tensions. Mais elle revit aussi avec bonheur ses vacances sur l’atlantique, ses premières amours dans les dunes, l’ivresse de plonger dans le vagues qui déferlent en grondant.  Elle préfère quitter sa famille pour une école de théâtre qui lui permet de  trouver  un exutoire nécessaire pour supporter les tensions parentales. Elle trouvera des maîtres illustres comme Mesguich et Vitez qui marqueront sa formation d’actrice avant qu’elle ne  prenne son envol.

Le spectacle est rythmé par les musiques qu’on a tous gardé en mémoire: Rolling stones, Pink Floyd, Deep purple, Janis Joplin…. musiques d’une grande puissance évocatrice pour ceux qui ont vécu leur adolescence dans les années 70.

 

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Le spectacle   traduit une nostalgie douce-amère, une tendresse sarcastique pour des parents qui n’ont pas joué leur rôle, présentés sans méchanceté  sous leurs travers, avec humour et dérision, à la manière des caricatures de  Daumier, nous dit l’actrice. C’est le portrait d’une génération post soixante-huitarde, somme toute banale hormis les troubles psychiatriques du père.

A l’ issue de la représentation, nous avons pu discuter avec l’actrice. Elle nous apprend qu’après la mort de  sa mère, elle s’est mise à écrire pour en faire un beau portrait dans un premier spectacle intitulé  » la mate , l’enfance ».

Flore Lefebvre de Noëttes a attendu de nombreuses années pour pouvoir écrire le récit d’une jeunesse souvent douloureuse. Il fallait passer par une psychanalyse pour trouver la sérénité et le recul nécessaire. Mais elle affirme   «  le théâtre lui a permis de se  récréer.  Quand on joue,  on récrée des scènes réelles, on revit des affects importants qu’on transmet, peut-être en partie,  aux spectateurs. C’est une belle école de vie », dit-elle.

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