Présentation minute de spectacles

Introduction minute à SAÏGON

Peu de spectateurs de Saïgon, présenté récemment à La Filature, ont eu la chance d’assister à l‘introduction minute de Dominique Réal.

Il n’est pas trop tard pour se plonger dans l’histoire troublée de l’Indochine et du Viet Nam et pour découvrir  les propos de Caroline Guiela Nguyen sur le spectacle qu’elle a crée :  Saïgon

L’Indochine, un trou dans la mémoire française 

Je savais depuis peu que j’aurais à présenter ce spectacle, lorsque j’entendis Caroline Guiela-Nguyen dire que Saïgon était un spectacle « documenté », pas un documentaire. Son expression m’a intriguée et orientée vers la piste d’une mémoire vivante, communicative, qui fermentait encore.

Peu après, je suis allée à Strasbourg, successivement dans deux excellentes librairies. Je n’y ai trouvé qu’un seul ouvrage sur l’histoire contemporaine du Vietnam. Solide d’ailleurs : Viêt-Nam, fractures d’une nation,  une histoire contemporaine de 1858 à nos jours ; édition La Découverte.Si l’Asie du sud-est avait été, cette année, au programme du Capes ou de l’agrégation d’histoire, ma perception aurait été biaisée. Là, pas de doute : l’Indochine, le Viêt-Nam, même, sont tombés dans un  trou de silence, n’intéressent ni les auteurs, ni les lecteurs, sauf aux rayons tourisme et cuisine.

Du coup, j’ai convoqué ma propre mémoire de l’Indochine : maigre butin.

Un service à café en porcelaine « de Chine », très mince, à dragons bleus sur fond blanc. Quelques bijoux, dont un bracelet de jade et d’or, trop fragile pour être porté. Le tout offert à ma grand-mère par sa sœur, épouse d’un officier qui fit sa carrière aux colonies, dont plusieurs années en Indochine.

Le même bracelet exactement, au poignet d’une vieille dame de mon village du Gers, dans les années 60.

Le même grand-oncle officier, à la tête d’un groupe de soldats ou de coolies, travaillant des rizières en Camargue, pendant la deuxième guerre mondiale.

Le mot « eurasien /eurasienne » qu’on entendait dans les années 50.

Un oncle de mon mari, réputé « tête brûlée », engagé volontaire en Indochine. Non sans séquelles. Mort jeune.

Une conversation où j’entendis pour la seule fois, à 60 ans, le mot « gna kwé ». L’équivalent de plouc, de bouseux, de melon…

Des fragments de mémoire culturelle : Le Barrage contre le Pacifique, de Marguerite Duras, Le Crabe-tambour et La 317ème Section de Pierre Schoendorffer.

C’est peu. Bien sûr, j’ai éliminé toute connaissance ultérieure d’ordre professionnel.

Si j’avais interrogé chaque personne présente, le trou aurait-il été moins grand ?

 

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L’Indochine coloniale, 1858-1954

Les facteurs de la conquête 

  • L’effacement de la Chine, puissance régionale, déchirée par les guerres civiles, au 19ème s., incapable de protéger son vassal du sud, l’Empire du Viêt-Nam. Fondé en 1802, il réunissait pour la première fois tous les Vietnamiens, du nord au sud, dans un Etat centralisé et moderniste, semblable au Japon de l’ère Meiji, en moins efficace.
  • Une vigoureuse offensive missionnaire catholique, en Asie du sud-est, qui suscita de violentes persécutions antichrétiennes, de la part de l’Empire du Viêt-Nam.
  • La pression des milieux d’affaires et des militaires français (la marine), dans un contexte de vive concurrence avec les Anglais, pour accaparer le marché chinois, à partir du delta du Mékong (région de Saïgon), que l’on croyait être la voie la plus rapide.

Conquête militaire brutale 

1858-1887

Alternance de coups de force et de négociations diplomatiques, elle fut plutôt subie que voulue par les gouvernements français : ils se laissèrent faire, quand les amiraux-gouverneurs de la péninsule leur apportèrent de nouveaux territoires conquis.

La conquête, très violente par nature, se fit du sud au nord. (Lire Pierre Loti, Trois journées de guerre en Annam).

Elle fut suivie d’une longue phase de « pacification », de 1887 à 1905, qui n’écrasa jamais complètement la résistance à la colonisation.

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La colonisation

Ce fut une humiliation. Moins d’un siècle après l’unification des Vietnamiens en un seul Etat, la France le disloqua en trois morceaux : la Cochinchine, au sud, avec le statut de colonie ; l’Annam et le Tonkin, au centre et au nord, deux protectorats, fédérés avec le Laos et le Cambodge, dans l’Union Indochinoise, créée en 1887. Il s’agissait d’affaiblir le sentiment national vietnamien. Ce fut l’inverse qui se produisit.

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Elle provoqua une acculturation complète : toutes les structures sociales, administratives, économiques, anthropologiques furent bouleversées. Or, elles étaient remarquablement stables et plutôt équilibrées.

Elles furent remplacées par une économie de prédation, caractérisée par la lourdeur des impôts en argent et en travail, par l’appauvrissement des agriculteurs vivriers et des artisans (90% de la population), par l’exportation de produits agricoles, forestiers, miniers, par la structuration des infrastructures urbaines et de transport uniquement en fonction des exportations.

Il est à noter que l’Indochine fut la seule zone rentable de l’empire colonial français.

La colonisation suscita une collaboration : En 1945, on comptait environ 28 millions de Vietnamiens et 35000 Européens. Pour administrer directement , la collaboration d’une fraction de la population était indispensable. Elle se fit par intérêt ou par espoir d’une reconnaissance par la métropole de l’émancipation et de l’égalité des droits. Elle fut surtout le fait d’anciens lettrés de la caste mandarinale et de fonctionnaires francophones, issus des 10% d’enfants vietnamiens scolarisés.

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D’autres choisirent la rébellion. Jamais éteinte, elle prit toutes les formes : jacqueries, guérilla, mutineries, terrorisme. En général d’un très haut niveau intellectuel, les acteurs de la rébellion  venaient de milieux politiquement  extrêmement variée : lettrés maquisards, sectes religieuses violentes, partis nationalistes réformistes et révolutionnaires, précocement marxistes, soutenus par le Guomintang chinois, l’envahisseur japonais, le parti communiste chinois, selon les cas.

Ceci servit à justifier une féroce répression : bombardements, fusillades, exécutions sans jugement, arrestations, déportations dans des bagnes, dont le sinistre îlot de Poulo. La répression nourrit la radicalisation du sentiment national, surtout à partir des années 1920.

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La guerre d’Indochine

Indochine et Algérie furent les deux seuls et les deux premiers cas de décolonisation par la guerre de la part de la France. Deux défaites.

Le Japon joua un grand rôle : la défaite française de juin 1940, face à l’Allemagne, permit au Japon, dictature militaire raciste, d’occuper l’Indochine. Un régime administratif mixte, franco-japonais (1941-1945) aggrava l’exploitation coloniale (par exemple, il y eut 2 millions de morts de faim en 1944-45. En sous-main, les Japonais entretinrent le racisme anti-blanc, en soutenant les courants nationalistes vietnamiens, sauf les communistes. Parallèlement, le Guomintang chinois soutint , contre les Japonais, un front révolutionnaire indépendantiste vietnamien, très hétéroclite, le Vietminh (créé en 1941), dirigé par les cadres du Parti Communiste indochinois clandestin : Hô Chi Minh, Giap, Pham Van Dong. Le Vietminh organisa des maquis et commença à noyauter les campagnes.

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C’est le vietminh qui remporta la course à l’indépendance : le 9 mars 1945, les Japonais désarmèrent le militaires français et favorisèrent « l’indépendance » proclamée par l’empereur Bao Dai , et un gouvernement projaponais.

Le Vietminh saisit alors l’opportunité, se présentant aux Alliés, USA, URSS, GB, comme anti-japonais, non inféodé à la Chine et surtout capable de déclencher le soulèvement général du Vietnam, grâce à l’ALN, l’armée de libération nationale vietminh. Ce qu’il fie, en Août. Bao Dai abdiqua. Le 02/ 09/1945, à Hanoï, Hô Chi Minh proclama la République démocratique du Vietnam.

Dès lors, les ultra, Vietnamiens et français, poussent à la guerre, ruinant toute tentative de compromis négocié.

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Ce fut une guerre coloniale, née de la volonté, déjà périmée en 1943, de de Gaulle, de restaurer la grandeur de la France , en reconquérant l’Indochine. Cependant, pragmatique, il laissa latitude au général Leclerc, chef du Corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient, de négocier avec le Vietminh qui semblait incontournable. Mais, cette position fut durcie, après le retrait de de Gaulle (1946) par les va-t-en guerre du MRP au début 4ème république, sous la pression du lobby colonial et de l’armée. Issue des Forces Françaises Libres, elle voulait effacer l’humiliante défaite de 1940 face aux Allemands.

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Mais ce fut, d’abord, une guerre civile : 600 000 Vietnamiens se combattirent ; 90 % des victimes furent vietnamiennes. L’objectif du Vietminh était double : chasser les français et unifier tout le Vietnam du nord au sud, sous sa domination. Or, dès septembre 45, dans le sud, des nationalistes vietnamiens anticommunistes firent alliance avec les français, contre le Vietminh.

En réalité, de 1945 à 1976,, pro et anti-vietminh guerroyèrent pour imposer chacun sa légitimité.

Ce fut, aussi, à partir de 1949, un « front chaud de la guerre froide », contemporain de la guerre de Corée. Le Vietminh reçut massivement aide financière, logistique, militaire, stratégique, de la Chine, communiste depuis octobre 1949, et de l’URSS. La France et le Vietnam sudiste anticommuniste reçurent argent et armement des USA.

Pourtant, la France s’enlisa :

D’un côté:

  • Le CEFEO : 200 000 hommes, 1/4 d’Européens, surtout officiers et sous-officiers, 3/4 de troupes coloniales  d’Afrique du nord et d’Afrique. l’armée nationale sudiste : 200 000 hommes.

Sans appui de la population, surtout à la campagne, armés de façon hétéroclite, souffrant du climat, mal commandés : la tactique était mal adaptée à la guérilla des adversaires, dont on avait sous-estimé le nationalisme ; fautes stratégiques lourdes ; manque de crédits. En gros, les français tiennent  le jour les routes reliant des fortins isolés. La nuit est au Vietminh.

de l’autre :

  • Le Vietminh, 125 000 soldats réguliers, 75 000 miliciens, 300 000 « forces populaires » civiles, garçons et filles très jeunes ; dénuement militaire, mais patriotisme en acier, réservoir inépuisable d’hommes déterminés à mourir ; stratégie intelligente d’évitement et de harcèlement de l’ennemi, selon le modèle de la guérilla maoïste. Progressivement le Vietminh prend le dessus. Le 7 mai 1954, le camp retranché de Dien Bien Phu capitule, entraînant la chute du gouvernement.

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Pierre Mendès-France, investi président du Conseil, liquide la guerre et la colonisation, en signant les accords de Genève, en juillet 1954. Ils prévoient le partage provisoire du Vietnam en deux, sur le 17ème parallèle, des élections générales avant 2 ans, le départ des Français.

Il n’y eut jamais d’élections, les USA prirent le relais de la France, dans la « guerre du Vietnam ». La guerre civile des vietnamiens dura encore 22 ans. Le Vietminh l’emporta et imposa sa dictature et la réunification, en 1976.

Dans cette histoire chaotique et impitoyable, une infinité de groupes ont, tour à tour, été victimes. Leurs douleurs ont été tues, de gré ou de force. Le passé n’a jamais été purgé. Tous ces groupes sont les fragments hétérogènes d’un pays de fantômes.

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Saïgon, une oeuvre polyphonique consacrée à ces porteurs de mémoires éclatées

C’est un tressage de langues, d’accents, que nous aurons parfois du mal à comprendre, mais qui font entendre la diversité des origines, des idiomes, des générations.

C’est le résultat de deux ans de travail collectif : un long processus d’enquête, de rencontres, d’immersion, à Hô Chi Minh Ville (ex-Saïgon), dans le 13ème arrondissement de Paris, suivi de l’écriture au plateau, par des comédiens, professionnels et amateurs, Français et Vietnamiens, Nationaux et en exil. Porteurs d’expériences différentes, ils ont élaboré un récit ensemble, rapproché des mondes séparés par l’Histoire.

Le lieu glisse : un restaurant vietnamien, cuisine à gauche, karaoké à droite. A Paris ? A Saïgon ? Les deux.

L’époque balance : de 1956, 2 ans après la défaite française. Le Vietnam victorieux, indépendant, provisoirement coupé en deux, rêve encore d’unification. Pourtant, la guerre civile couve. Les Français partent, civils et militaires, et, avec eux, les Vietnamiens les plus menacés ou les plus compromis. On les appelle les Viet Kieu, les Vietnamiens de l’exil.

…à 1996 : après l’effondrement soviétique, une loi du régime communiste vietnamien autorise le retour des Viet Kieu.

Qu’ont encore en commun ceux qui sont restés et ceux qui sont  partis ?

Le couple mémoire/Histoire

Le restaurant, Saïgon, la ville, ne concernent pas seulement les Vietnamiens, les Français installés en Indochine, ceux qui s’y sont battus, leurs descendants. C’est un lieu « où notre mémoire travaille », « un lieu qu’une communauté réinvestit de son affect et de ses émotions », selon Pierre Nora, historien , concepteur de la notion de lieu de mémoire.

Caroline Guiela-Nguyen écrit : «  Je ne veux pas de discours sur les gens, je veux les gens eux-mêmes. La colonisation est dans le coeur même de ces êtres humains. » Son propos est l’Histoire sous sa forme intime ; comment elle a traversé tant de vies, s’est divisée en histoires particulières, comme un fleuve se divise en bras.

« La France doit se raconter au-delà de ses frontières. Nous sommes faits d’autres histoires que la nôtre, nous sommes faits d’autres blessures que les nôtres. »

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Retrouver le trajet des larmes

Caroline Guiela-Nguyen réveille des êtres manquants, des voix éteintes.

« Hô-Chi-minh-ville est une ville blessée qui a son propre fantôme, Saïgon. Saïgon est une ville morte, gonflée d’histoires et de mythes » ; elle est « chargée d’histoires de départ, d’exil, elle est peuplée d’êtres qui manquent dans les familles et c’est cette absence qui engendre la fiction. Paradoxalement, plus la mémoire que l’on a de l’autre est en péril, plus nous avons besoin de nous souvenir. C’est comme cela que nous créons du mensonge, du mythe. Il y a toujours quelqu’un à pleurer et tout l’enjeu de notre spectacle est de retrouver le trajet des larmes. »

Le mélodrame est omniprésent dans la vie quotidienne des Vietnamiens : karaoké, chansons populaires qui disent l’amour, l’exil, la mort, les fleurs. C’est la permanence pudique de la nostalgie, de la douleur, la douleur de l’impossible retour.

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introduction minute au triomphe de l’amour

Voici l’introduction de Nicole Ott au Triomphe de l’amour de Marivaux ,

mis en scène par Denis Podalydes

Quelques éléments biographiques

MARIVAUX naît à Paris le 6 février 1688, soit à l ‘aube du XVIII siècle qui crée une rupture importante avec le classicisme. Fils d’une famille de petite noblesse, c’est néanmoins en province qu’il passera sa jeunesse, IL monte à Paris pour faire des études de droit pour suivre la voie paternelle, mais sa rencontre avec FONTENELLE l ‘engage dans une carrière littéraire. IL fréquente les salons de madame de LAMBERT ou de madame de TENCIN. A l écoute de ces conversations savantes dans un milieu raffiné, le jeune homme forge sa sensibilité et développe son sens de l ‘observation critique.

Amoureux du théâtre et de la vérité, spectateur lucide d’un monde changeant, PIERRE CARLET de CHAMBLAIN DE MARIVAUX s’est voulu inventeur d’idées et de langage nouveaux, c’est ce qu’il appelait « penser en homme « . Il est reconnu comme un brillant moraliste, une sorte de nouveau LA BRUYERE.

Son mariage avec Colombe Bologne le met un temps à l ‘abri du besoin mais très vite la banqueroute du financier LAW le ruine et il doit alors travailler pour vivre. De plus, il perd sa femme en 1723 et a une petite fille qu’il devra élever seul.

Portrait de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux (1688 – 1763) dit Marivaux,

Son oeuvre

Il écrira un roman, la vie de Marianne, dans lequel il analyse la psychologie de l’héroïne. La narratrice revoie son passé et s’interroge sur l’amour, la sincérité et la reconnaissance sociale du mérite personnel.

Il écrira au moins quarante pièces de théâtre

Dans ses comédies philosophiques – l ’île des esclaves ou encore la colonie – il fait du théâtre un nouveau moyen d’imaginer de nouvelles relations humaines. Marivaux développe dans une contrée imaginaire son analyse sociale et psychologique des relations entre individus qui est une constante de son œuvre.

Les   comédies amoureusesle jeu de l’amour et du hasard ou encore les fausses confidences – lui permettent d’explorer les surprises, les secrets et les masques du cœur humain pris au piège des intérêts et des préjugés.

A partir de 1742, il est élu à l’Académie française sous l’influence de madame de TENCIN dont il fréquente le salon.

La vie n’a pas toujours été facile pour Marivaux : sa fille dut entrer au couvent car son père ne pouvait la doter honorablement.

Finalement, il va mourir à PARIS LE 12 février 1763.

 

QU’EST QUE LE SIECLE DES LUMIERES ?

Le XVIII siècle, marqué par l’importance des sciences exactes et par la critique de l’ordre social et de la hiérarchie religieuse traditionnelle, a été nommé le siècle des lumières. Les écrivains de l’époque sont convaincus d’émerger de siècles d’obscurité et d’entrer dans un nouvel âge illuminé par la raison, la science et le respect de l’humanité. L’éducation est alors considérée comme ayant le pouvoir de rendre les hommes plus vertueux, plus moraux. L’optimisme et l’enthousiasme sont donc des traits dominants chez les penseurs des Lumières.

A cette époque naît une querelle littéraire des Anciens et des Modernes. Charles PERRAULT lit à l’Académie un poème- le siècle de LOUIS XIV- dans lequel il met en doute la supériorité des poètes antiques sur les poètes modernes. FONTENELLE aussi récuse l’idéal classique en affirmant : rien n’arrête tant le progrès des choses que l’admiration excessive des anciens « . Accusés de sacrilège par les partisans de la tradition que sont BOILEAU, LA FONTAINE, LA BRUYERE, les Modernes ouvrent la voie à une esthétique qui mêle le naturel et la préciosité.

Marivaux a la passion du théâtre

Marivaux reprend à son compte les valets dont le personnage d’Arlequin ou les petits bourgeois. Les représentants de la noblesse sont toujours doublés par des valets, plus ou moins lucides, plus ou moins manipulateurs.

Il établit toujours un double jeu :

– celui tout extérieur des querelles, des déguisements et des manipulations.

-celui aussi du jeu plus secret, parfois inconscient de l amour qui naît et craint de se faire découvrir.

Ce double jeu, nul ne pouvait mieux le traduire que ces italiens issus de la commedia dell’ arrêt, tantôt scandant la pièce avec une folle vivacité, tantôt mimant jusqu’aux extrêmes nuances, riant des yeux et pleurant des lèvres.

Ce langage de l’âme ne passe seulement par les mots, mais aussi par le corps : leur naïveté n’est pas seulement dans leur discours, mais aussi dans leurs gestes, dans leurs mimiques, dans leurs regards ….

Le triomphe de l’amour

Le triomphe de l’amour est une pièce en 3 actes représentée pour la première fois par les comédiens italiens le 12 mars 1732.

QUEL EST L ‘ARGUMENT ?

La princesse de SPARTE se déguise en homme sous le nom de PHOCION. Elle voudrait partager le trône avec AGIS, le fils des anciens rois capturé à l’âge de 8 ans et qui vit avec un austère philosophe, HERMOCRATE, et sa chaste sœur, LEONTINE. A l’attrait du devoir se joint celui de l’aventure et de la conquête. Travestie en garçon, Léonide se présente à la maison de la sagesse, séduit la vieille fille sous son déguisement, puis le vieux maître en avouant sa qualité de femme qu’elle n’a voulu cacher, dit-elle, que pour mieux approcher l’admirable philosophe.

Pour Agis, tout va de soi. Il la voit à peine que déjà il s’éprend d’amitié pour ce joli garçon et s’émerveille que l’amitié puisse offrir tant de douceur.  « Je suis fille, AGIS », avoue la princesse : c’est la douceur de l ‘amour.  Aussitôt plus folle reprend la mascarade. Fille ou garçon, Léonide n’a montré que des attraits trop sûrs. Pour l’épouser, la vieille sœur renie ses vœux de chasteté et le vieux maître balaie 40 ans de prudence. Viennent-ils enfin à se découvrir bernés, ils se tournent vers la perfide. Mais que faire contre une reine et contre l’amour ?

Une citation du livre de Marcel ARLAND : » je l aime pour son caprice, son bondissement sans cesse renouvelé et même pour son extravagance « résume bien les caractéristiques de la pièce.

La scène se passe dans un jardin où il est aisé de se cacher : il est divisé par des massifs ou des bosquets : on peut se cacher dans ces compartiments, attendre que d’autres soient partis, y espionner, y avoir des rencontres clandestines ; on peut aussi y être surpris.

Quelle est la morale de l’ histoire ?

La première leçon est comique

  • Le jardinier et le valet sont évidemment corrompus. On y voit la roublardise, le bagout de l’un ou l’autre.
  • Agis aussi peut nous faire rire car il est naïf. Il n’empêche nous savons que le bonheur va lui être apporté.
  • Le philosophe et sa sœur sont comiques aussi, mais Marivaux souligne ici son empathie avec eux. Ils réalisent qu’ils ont été bernés. Marivaux respecte toujours ce qu’il y a d’humain dans leur comportement et rire ne l’empêche pas de porter une attention compréhensive à ceux dont il se moque. Marivaux affirme  » il n’y a point d’homme qui soit digne de se moquer des erreurs d’un autre « 

La deuxième leçon est morale

-L’amour doit toujours être mis à l’épreuve, même si cet amour est un coup de foudre, lui tendre des pièges qui, s’ils ne le découragent ou ne détruisent pas, font triompher la vérité.

  • La conquête du cœur d’AGIS est difficile : Agis est pur et droit. Tromper quelqu’un qu’on aime quand le cœur humain est si facilement aveugle, ce n ‘est pas pour Marivaux profiter de sa faiblesse, c’est l’aider à savoir ce qu’il veut et à le vouloir vraiment.
  • Quant aux deux protagonistes, le philosophe et sa sœur, ils ont été trompés eux aussi. Ils ont été cruellement humiliés, cela doit suffire. A la fin de la pièce, les malheureux font face à leur découverte de l’amour, leur inquiétude, leur trouble. L’épreuve est donc finalement positive pour eux car ils ont compris leur faiblesse.

 La troisième leçon est politique

  • Sans elle, la comédie se résumerait à une banale histoire d’amour entre un prince et une princesse.
  • . MARIVAUX pense que pour régner il faut que les puissants soient bons. Dans cette pièce, Agis doit régner par le cœur et non par la violence. Le souverain doit être porteur de bonnes attitudes et faire preuve de loyauté.
  • LEONIDE, la princesse de SPARTE, fait preuve ici d’une profonde et exigeante loyauté : quand elle remet le trône à AGIS, elle agit en véritable souveraine, faisant montre d’une grande générosité, omettant de châtier Harpocrate et Léontine.

En conclusion

MARIVAUX n ‘a eu de cesse de poser le problème entre le cœur et la raison, entre la condition sociale et l’identité authentique des êtres. Non seulement il est un moderne par rapport aux anciens, mais il est en plus en   avance sur son temps : on pourrait le considérer comme un préromantique, car il analyse les émotions.  C’est pourquoi on peut parler de l’humanisme de Marivaux.

Introduction minute des Bacchantes

 selon Euripide, mis en scène par  Sara Llorca

par Nicole Ott,

des Amis de La Filature

 

La tragédie en Grèce

Athènes a inventé la tragédie, création singulière qui après avoir fasciné les Romains, a fécondé l’imagination européenne de Shakespeare aux classiques français, de Goethe jusqu’aux dramaturges contemporains.

L ‘origine religieuse de la tragédie est incontestable. Aristote affirme, en effet, qu’elle dérive du culte de Dionysos : lors de cérémonies rituelles, des choeurs chantaient des hymnes en l’honneur du dieu.

La tragédie a acquis une existence officielle en 534 avant Jésus Christ. L’âge d’or de la tragédie coïncide avec l’âge d’or de la démocratie athénienne. La    tragédie ne se contente plus d’exalter la grandeur des héros mais elle met en question les situations auxquelles les hommes sont confrontés, instaurant ainsi une conscience tragique de la condition humaine.

Le théâtre alors était un plaisir populaire et collectif. Les représentations avaient lieu en plein air dans des théâtres immenses. La tragédie du V siècle avant Jésus Christ était un lieu de rassemblement pour maintenir et développer les fondements moraux. Le rôle de dramaturge n’est pas de divertir mais de d’éduquer ses concitoyens, il se devait, dès lors, d’être porteur d’une vision.

Aucun souci de réalisme ne présidait à la représentation, cérémonie solennelle et impressionnante. On parle alors de catharsis , une façon de susciter chez le spectateur la terreur ou la pitié en opérant ainsi une épuration des passions.

Il y a trois auteurs antiques : Eschyle, Sophocle et Euripide.

EURIPIDE a vécu de 485 à 406 avant Jésus Christ. La tradition lui attribue 92 tragédies, il ne nous en reste que 18. Il était connu pour sa sympathie sans égale pour les victimes de la société, femmes incluses. On a l’habitude de regrouper les pièces en 4 groupes : les légendes sur la guerre de Troie , les légendes des Atrides , les légendes Attiques,et les légendes Thébaines auxquelles appartient la pièce Les Bacchantes. Elle fut écrite en 405 avant Jésus Christ au moment de la guerre contre le Péloponnèse, la fin de l’ère grecque est proche, Euripide écrit de l’exil.

Le dieu Dionysos

Il est le fils de Zeus et d’une mortelle Sémélé. Sur les conseils de Hera, la femme de Zeus, la mère Sémélé a demandé à son invisible amant de se montrer à elle dans toute sa gloire et Zeus apparaissant sous la forme de l’éclair a consumé la malheureuse. Mais Zeus a miraculeusement sauvé Dionysos en le cousant dans sa cuisse, d’où l’expression  » être né de la cuisse de Jupiter. »

Né à Thèbes, il retourne dans sa ville natale pour y imposer son culte orgiaque.

Dans la mythologie grecque, Dionysos est le dieu de la vigne, du vin et des excès, de la folie et de la démesure. Il est une figure majeure de la religion grecque. Ses festivités sont liées au cycle annuel et notamment au retour du printemps. Son culte est également marqué par des fêtes orgiaques féminines célébrées par ses accompagnatrices, les ménades ou les bacchantes.

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Quelle est l’histoire des Bacchantes ?

Elevé loin de Thèbes, Dionysos retourne dans sa ville natale pour y imposer son culte orgiaque.  Il est le fils, de ZEUS et d’une mortelle Sémélé, la fille de Cadmos, le fondateur de Thèbes. Sémélé, sa mère a été foudroyée par Zeus. Les soeurs de celles-ci, Autonoé, Ino et Agavé ainsi que Penthée refusent de croire en cette union et d’honorer Dionysos comme un dieu. Revenu sous les traits d’un mortel, Dionysos cherche à se venger de Penthée et de tous ceux qui nient sa divinité. Dionysos convainc Penthée de se déguiser en femme. Guidé par l ‘étranger qui n’est autre que Dionysos, devenu un faux complice, Penthée surprend les bacchantes dans la montagne se rendant ainsi coupable d’un des sacrilèges les plus graves : la violation des mystères. Penthée est terriblement châtié, déchiré vivant par sa mère, Agavé. Penthée reconnaît enfin au moment d’expirer la puissance divine de Dionysos, fils de Zeus. Pour se venger, Dionysos avait rendu Agavé, sa mère, possédée et elle découvre quand elle retrouve la raison qu’elle a tué son propre fils Penthée. Devant l’étendue de son malheur, l’irrésistible pouvoir du dieu, condamnés à s’exiler, Cadmos et ses filles dont Agavé, la mère de Penthée, ayant tout perdu patrie, famille et postérité.

On peut tirer 2 en enseignements de cette pièce :

Les bacchantes ou le drame de l’impiété

Tout d’abord, le dénouement des Bacchantes nous apparaît conforme aux croyances de l’époque.  Révérons les dieux, tel est le message : c ‘est la première leçon « grande, évidente, toujours tournée vers notre bien  » vers 1006-1007 des Bacchantes.

D’autre part, dans le cours du V siècle avant Jésus Christ, l’homme apprend à compter avant tout sur ses propres capacités. De nombreux traités fleurissent notamment ceux d’Hippocrate et la rhétorique pilier de la culture antique, cette forme de science qui évite de viser trop haut pour satisfaire les besoins humains ceux de son corps comme ceux de son esprit. La réussite dépend seulement de la compétence du technicien .

Plusieurs citations du texte sont très explicites :

  • « science n’est pas sagesse « ,
  • « Quand on a un esprit modeste, quand on ne cherche pas de mauvaises défaites sur les dieux et qu’on reste dans la mesure humaine, on a une vie sans tourments « 
  • C’est l’ époque où Protagoras écrit en préliminaire de son traité « en ce qui concerne les dieux, je ne puis savoir ni qui ils sont,  ni qui ils ne sont pas, car beaucoup de choses nous empêchent de le savoir surtout l’ obscurité de la question et la brièveté de la vie humaine . « 

C’est donc, bien des années avant Voltaire, la philosophie de tous les  sophistes :  » cultivons notre jardin  » c’est à dire essayons de faire ce que nous pouvons à la mesure de nos capacités .

La faute de Penthée c’est de ne pas être assez humble, de ne pas être capable d’accepter de vivre en paix avec soi-même, avec autrui, avec les dieux, de se satisfaire de son lot en se tenant à sa place.

  • Ce dieu de la fécondité, Dionysos, apporte à l’humanité un bonheur plus élevé que celui de l’opulence matérielle, une félicité spirituelle que le bacchant découvre dans une communion avec la grande nature animée par Dionysos. Aussi les bacchantes lydiennes ne peuvent comprendre pourquoi Penthée persécute ce dieu bienfaisant.
  • Le Dionysisme met le bonheur suprême dans la contemplation de la nature : ne pas chercher à connaître le monde pour le posséder mais au contraire pour se laisser posséder par lui, s’abandonner, sans passer par la connaissance, s’abandonner aux forces qu’il recèle, afin de communiquer avec son dieu.
  • Ainsi le destin du roi Penthée doit convaincre le spectateur qu’il se perd en voulant tout dominer et qu’il doit faire leur juste part à ces forces obscures de l’être qui inquiètent parce que l’homme n’en a pas le contrôle mais qui seules peuvent le porter dans ces régions supérieures auxquelles ne permet pas d’accéder la raison.

Les Bacchantes ou le parti pris des femmes

La  femme athénienne est une éternelle mineure d’âge  qui ne possède ni droit juridique, ni droit politique ..  Ventre avant tout c’est à dire estomac et sexe, la femme est asservie aux fonctions naturelles. On sait que le mot « polites » qui veut dire « citoyen  » n ‘a pas de féminin.

Des 3 tragiques grecs, Euripide aurait trahi en prenant fait et cause pour les femmes, en féminisant la tragédie antique. Euripide manque aux sentiments nationaux en apprenant à parler aux femmes. Euripide est le seul des tragiques grecs qui ait donné lieu à des commentaires sur la représentation des femmes. C’est qu’il est le seul à avoir traité les femmes comme telles, à avoir fait surgir une question des femmes.

Dans le texte qui nous interroge aujourd’hui, la version de la débauche des femmes vécue par Penthée  sera infirmée, contredite  par le récit très détaillé du messager, témoin oculaire de la conduite irréprochable des Thébaines surprises dans la montagne.

  • « elles dormaient toutes, les membres détendus ; certaines avaient porté leur tête, au hasard, décentes et non pas comme tu le dis enivrées par le vin. »
  • Elles, chassant de leurs yeux un sommeil profond, se dressent debout, spectacle d’une merveilleuse décence, jeunes, vieilles, vierges libres encore du joug. »
  • Le texte nous interroge ici : le personnage de Penthée reçoit la mort non pas des femmes mais de sa haine des femmes, de son hubris misogyne (c’est à dire de son excès, de son arrogance ) qui lui fait perdre le sens de la mesure et de la réalité.
  • Dionysos impose à Penthée de se déguiser en femme : la femme lubrique n’est autre que Penthée : il est châtié ou faut -il dire châtré ?
  • Telle est la catastrophe euripidienne qui, une fois encore, retourne le chasseur en gibier et révèle le coupable sous le justicier. Justice soit donc rendue aux femmes.

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Enfin, il s’agit aussi d’un conflit politique

Dionysos est un dieu féminin qui défend la cause des femmes c’est à dire qui s’oppose aux conflits générés par les hommes, qui de guerre en guerre perdent la jeunesse.

  • Il s’agit de porter le présent , c’est aussi le supporter , consoler contre sa finitude, adoucir les peines de la vie. Il faut remarquer que la leçon ne s’applique pas à Penthée seulement cité 2 fois mais à la ville dans son ensemble. Il s’agit d’un conflit politique, d’un enseignement adressé à la cité entière, plus de guerres, plus de batailles inutiles qui ravagent la jeunesse.
  • Pour les bacchantes, il ne s’agit plus de s’imposer par une victoire éclatante mais d’aspirer à la beauté quotidienne, seule apte en une quête patiente à se garantir des aléas du temps. L’éternité que visent les bacchantes n’est pas l’immortalité qui consacre après la mort la gloire des héros mais l’intensité d’une vie qui se règle au fil des jours et des nuits sur son rythme naturel. Il s’agit selon la belle formule de « passer jusqu’à son terme sa vie dans le bonheur de chaque instant ».

« qui est la première parmi les bienheureux

aux fêtes joyeuses et à leurs belles couronnes,

qui a pour charge de conduire les choeurs

et les rires au son de la flûte « .

 

En conclusion , on voit que la pièce des bacchantes peut résonner aujourd’ hui alors qu’on parle de la condition des femmes, de l’autre, de l’étranger et des guerres qui ravagent le monde.

 

 

 

 

 

Présentation minute autour de Faust et « Angelus Novus Antifaust »

 1 – Avant d’être un mythe, FAUST est une figure emblématique de la Renaissance

Cette figure exprime les tensions intellectuelles et les bouleversements spirituels tout autant que les audaces manifestées par certains auteurs majeurs du temps de l’ Humanisme et de la Renaissance : Marcile  Ficin, Erasme, Machiavel ou Luther pour ne citer que les plus connus.

La biographie de Faust

Faust serait né en Allemagne en 1480, contemporain de Luther, avec le même type de situation sociale que Luther. Ses parents, des paysans aisés,  se préoccupent de son ascension sociale et de sa formation intellectuelle. S’il devient sans difficulté docteur en théologie, il étudie également la médecine, l’astrologie, l’astronomie, les mathématiques. Parallèlement, Luther étudie la philosophie à l’ université où il est ordonné prêtre en 1507. Faust  a maintes fois l’occasion d’entendre les sermons de Luther et d’assister aux prémices et au déclenchement  de la Réforme. S’il  n’hésite pas lui aussi à dénoncer les abus du pape et de la hiérarchie ecclésiastique, il ne s’intéresse pas à la question du salut. Et il se détourne, conteste même la prédication de Luther centrée, sans relâche, sur la peur du diable, pour prêcher la justification par la foi.  Ainsi, ce qui  l’intéresse se situe du côté des secrets de la nature. Réceptif aux exigences des humanistes qui sont soucieux de lire les textes dans leur langue d’origine, hébraïque et grecque, il prend très tôt conscience de l’importance des écrits antiques occultés jusque-là par le christianisme. Il décide aussi de voyager partout en Europe. Satisfait de cette vérification expérimentale des connaissances permise par ses voyages, Faust applique une méthode identique à la connaissance du cosmos : il observe le ciel. Il explique les causes des saisons, ainsi que les phénomènes météorologiques : le tonnerre, les orages ou les pluies diluviennes.

Il  acquiert donc une grande notoriété et il passe aussi pour un homme dangereux

  • Astrologue confirmé de haute réputation, il est sollicité par les plus hauts seigneurs, des évêques et même Charles Quint.
  • Pourtant, sa renommée ne va pas sans inquiéter les autorités. On lui interdit l’entrée de certaines villes, tant ses pratiques et ses propos semblent dangereux  et sulfureux.
  • Faust n’est pas unique au 16e siècle. Ainsi, par exemple, Paracelse est resté fort célèbre. Il choisit la méthode expérimentale. Adepte de la médecine par les plantes, il osa mettre à l’épreuve les effets curatifs de l’arsenic, du soufre, du cuivre, pris en quantité infinitésimale .
  • Faust, bien décidé, à restaurer la VIRTU antique, a le courage d’affronter la vérité au risque d’y trouver la mort. Il préfère avoir recours à la raison et à ses sens et fait confiance à son libre arbitre pour sortir du carcan mental entretenu par l’église au détriment des progrès de l’esprit scientifique.
  • Personnage hors du commun, animé d’un désir irrépressible de connaissances, tenté par l ‘athéisme et doté d’un redoutable esprit critique, Faust aurait eu dans un autre contexte l’étoffe d’un héros mû par un consentement exemplaire à la vie, par delà tout découragement.

Bref, Faust est indissociable du contexte historique de la Renaissance et de ses grands bouleversements : celui de la place de la terre dans l’univers, celui de la place de l’homme qui redevient la mesure de toute chose, comme dans l’antiquité. Ainsi, la figure virtuelle de Faust témoigne  de l’inquiétude des hommes de la Renaissance, écartelés entre la conservation rassurante de l’ordre établi, même corrompu, et sa transgression indispensable, bien que très angoissante, pour penser un monde ouvert sur l’inconnu.

2 – La première biographie fictive de FAUST

La  première biographie fictive du docteur Faust paraît en Allemagne en 1587. L’éditeur et l’auteur anonyme utilisent moult précautions afin de rassurer les puissances religieuses. En réalité, il s’agit d’un véritable brûlot. Le contenu de Historia est en fait un ouvrage paradoxal qui, sous couvert de mettre en garde le bon chrétien contre une attirance pour la magie, excite en fait la curiosité et suscite l’identification à Faustus, homme qui ose réaliser ce que chacun rêve secrètement de pouvoir faire. Historia met donc en évidence l’inanité de la peur du diable en la ridiculisant, ce qui incite tout lecteur attentif à se débarrasser de l’angoisse du Jugement dernier. Ainsi, ce premier récit biographique fictif permet à Faust de devenir une figure littéraire séduisante. Figure d’exemple plutôt que figure répulsive, Faust a pour effet de favoriser l’audace consistant à s’aventurer hors des sentiers autorisés malgré les risques encourus .

3 – FAUST va acquérir une certaine renommée à partir de l’Historia von D. Johann FAUSTUS

Il va devenir un personnage littéraire et théâtral qu’on joue sur les places de marché, dans les foires. Il contribue à se  mettre à distance du danger par le rire partagé et libérateur, étayé par le recours au surnaturel. Il est une sorte de remise en cause de l’idéologie dominante, une démystification. Il  va bientôt devenir aussi une réflexion sur la condition humaine.

4 – Le mythe de FAUST va avoir une longue postérité puisque, du 16e siècle à nos jours, ce mythe hante toujours l’esprit des hommes

  • De très nombreux écrivains se sont penchés sur ce mythe : MARLOWE, LESSING, BYRON, GOETHE, HEINE, GERARD DE NERVAL, VALERY, THOMMAS MANN …
  • Dans le domaine pictural, les plus connus : l’alchimiste de REMBRANDT, les dessins de DELACROIX
  • Dans le domaine musical, MENDELSOHN, BERLIOZ, GOUNOD.

 

5 – SYLVAIN CREUZEVAULT s’inspire beaucoup, dans sa pièce, du mythe tel que Goethe l’a écrit

  • Goethe a été habité toute sa vie par la figure de Faust : drame commencé, abandonné, repris, modifié, développé et amplifié .
  • Goethe va s’inspirer de deux expériences : une expérience universitaire, à savoir la prise de conscience de la vacuité du savoir enseigné à l’université et une expérience personnelle, la culpabilité d’avoir aimé et abandonné Frédérique Brion, la fille du pasteur de Sessenheim, village situé au nord de Strasbourg. En effet, à la même époque, une jeune fille qui avait été séduite, avait tué son enfant et avait été condamnée à mort.
  • Goethe a écrit deux FAUST :
    •  Dans le premier Faust, Faust est un alchimiste qui, depuis son plus jeune âge, rêve de posséder la connaissance universelle, le rêve de tous les hommes. Il met tout en oeuvre pour atteindre ses ambitions, mais n’y parvient pas. Il est au bord du suicide, car il pense avoir perdu et son temps et sa vie. Il utilise alors en dernier recours l’aide de Méphistophélès qui lui propose un pacte : il réalisera tous ses désirs en échange de son âme, dès que Faust se dira satisfait et heureux dans un délai de 24 heures. L ‘alchimiste accepte. Faust est toujours insatisfait, alors Méphistophélès lui fait rencontrer une jeune fille, Marguerite. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Ils ont une relation amoureuse qui rendra Marguerite enceinte. Le frère de Marguerite affronte Faust en duel pour laver l’honneur de la famille, mais il meurt. Faust doit donc fuir la ville et laisse marguerite enceinte et cible des ragots de toute la ville. Elle est emprisonnée et condamnée à mort pour infanticide. Faust sera finalement sauvé grâce à Marguerite, car elle est religieuse et a prié pour lui.
    • Dans le second Faust, Faust épouse Hélène de Troie, la représentante de la beauté classique. De leur union naît Euphorion, symbole du génie poétique. Le dernier vers de cette seconde partie de Faust  conclut « L’éternel féminin nous élève ».
  • La vie de Faust telle qu’elle a été réévaluée par Goethe, démontre que l’individu est voué à l’ autonomie et qu’il peut s’émanciper du carcan, du prêt-à-penser politique, religieux  et idéologique, grâce à la poésie.

6 – La pièce de SYLVAIN CREUZEVAULT

  • SYLVAIN CREUZEVAULT choisit de mettre en scène 3 trames de Faust : un docteur en neurologie né en Allemagne, une biologiste généticienne née en France et un musicien qui veut devenir  chef d’état. Ils  ont tous entre 40 et 50 ans et l ‘action a lieu dans notre société.
  • Partant du postulat que désormais,  » la société marchande fait du savoir un pouvoir et une solitude« , une marchandise en somme, « UN porteur de savoir peut-il faire et découvrir un lieu, construire un pays où l’usage de son savoir ne s’achève pas en amertume et en corruption ? » nous demande Sylvain CREUZEVAULT.
  • D’emblée, nous voyons ces savants ridiculisés. L’un s’occupe de souris depuis trois ans sans que cela mène vers une quelconque découverte. L’autre, la généticienne, qui vient d’obtenir une récompense internationale, se ridiculise devant nous. Plus loin, elle sera prise d’une crise de folie.
  • Aujourd’hui, les informations nous arrivent de partout, nous sommes extrêmement sollicités par toutes les nouvelles qui nous arrivent. Comment peut-on faire la part des choses ? Dans la pièce que nous allons voir, il y a sans arrêt des changements de plateaux, sorte de métaphores des connaissances qui nous assaillent : nous verrons des zadistes, les élections présidentielles, une  bataille de Mossoul….
  • Dans cette pièce, tout le monde semble corrompu : le pouvoir, les savants, les médecins, les politiques …
  • Dans le mythe, le pacte permet à Faust de devenir tout ce qu’il n’est pas. « Nous le renversons, dit le metteur en scène. Dans nos sociétés, nous n’avons plus de démons qui incitent à la transgression de l’ordre établi. Le metteur en scène affirme que nous manquons de démons. Il remplace Méphistophélès par Baal, seigneur des mouches qui est le monstre de la destruction.
  • Le titre de la pièce est Angelus Novus Antifaust : un nouvel ange  Du mythe initial, le petit enfant  mort sort des cieux pour venir condamner ses parents. Faust et Marguerite se retrouvent en enfer .
  • L’ invitation des démons sur les planches devient une excitation au voyage, un éloge du pire visiteur du soir : Lucifer.

 

Présentation minute de « La chose commune »

 par Dominique Réal

En introduction de la pièce de David Lescot « la Chose Commune »

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La Commune de Paris est un segment de notre histoire que l’on ne sait par quel bout prendre : bouillonnant, confus, controversé et oublié.

2 conseils de lecture pour se mettre dans l’ambiance :

Le cri du peuple de Jean Vautrin et Jacques Tardi, 4 tomes, chez Casterman, à partir du roman éponyme de Jean Vautrin.

L’homme aux lèvres de saphir d’Hervé Le Corre, 2004, Payot-Rivages. Un roman policier autour de la figure de Lautréamont ; situé en 1871.

Les facteurs

      Lointains

  • Dans le contexte d’enrichissement général sous le Second Empire, paupérisation relative des ouvriers…
  •  Plus intensément perçue à Paris du fait de l’haussmanisation : les plus pauvres en cours  d’expulsion vers les périphéries, les nouvelles communes nouvellement intégrées dans Paris, avec une aspiration à réinvestir le centre
  • Un fossé croissant entre la capitale et la province.

      Proches

  • Le siège de Paris par les Prussiens (guerre de 1870) : du 19 sept. au 28 janvier. Terribles souffrances. Le gouvernement a armé la population : 250 bataillons de Gardes Nationaux, une milice de citoyens, où des éléments révolutionnaires variés s’activent : l’Association Internationale des Travailleurs ou 1ère Internationale (1864) ; des Républicains, c’est-à-dire une gauche très radicale ; des Jacobins, héritiers des Montagnards et Sans Culottes de 1793-94. Leur programme : poursuivre la guerre à outrance, malgré la chute du Second Empire ; un régime démocratique et social, dans la lignée de juin 1848 ; l’élection d’une « Commune » par le peuple, qui porterait toutes les aspirations sociales des déshérités. Ce programme est porté par un Comité des 20 Arrondissements.
  • La défaite militaire : l’armée capitule le 28 janvier 1871. Bismarck, le chancelier prussien, exige de négocier le traité de paix avec des éléments désignés par une Assemblée Nationale.
  • Les élections de l’Assemblée Nationale : le 8 février, 10 jours après. Très forte majorité monarchiste, car les électeurs sont ruraux, antiguerre, conservateurs, partisans de l’ordre.
  •  Adolphe Thiers, est nommé chef du pouvoir exécutif de la « République française », qui n’a aucune légitimité car il n’y a pas de Constitution.
  • L’Assemblée Nationale s’installe à Versailles, ce que les Parisiens considèrent comme une provocation, une revanche de 1789.

 Les caractères généraux

  •    un épisode révolutionnaire…
  •    très concentré géographiquement, à Paris, avec un effet d’entrainement presque nul sur la province,
  •   court : 2 mois, du 28 mars, proclamation de la Commune, au 28 mai, dernier jour des combats de la Semaine sanglante,
  •  spontané : ni prévu, ni dirigé, improvisé au fur et à mesure,
  •  d’une grande confusion événementielle.

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 Rébellion et sécession

      Le soulèvement

  •     Lente maturation insurrectionnelle du peuple parisien, à l’occasion des élections de l’Assemblée Nationale. Combinaison complexe de l’AIT, du Comité des 20 Arrondissements et d’un Comité central de la Garde Nationale. Le feu couve.
  •     Le 18 mars, Thiers prépare mal une opération militaire de confiscation des canons de la Garde Nationale, à Montmartre (payés par les Parisiens pour la défense de paris contre les Prussiens). Le peuple se soulève, des soldats se mutinent, les deux généraux commandant l’opération sont exécutés. Thiers et le Gouvernement, pris de panique, se réfugient à Versailles.

Donc, à Paris, vacance du pouvoir, ce qui est toujours signe d’une situation très inflammable.

        La gestation de la Commune

  •   Le Comité central de la Garde Nationale « se dévoue » pour prendre la situation en mains, dans une improvisation totale.
  •   Il organise l’élection d’une Commune, le 26 mars (donc en moins d’une semaine). 470000 électeurs inscrits, 230000 votes exprimés, 52% d’abstentions : les riches ont fui la ville depuis la capitulation. Beaucoup de Parisiens sans opinion, attentistes, ou effrayés, mal connus des historiens, difficiles à étudier. Il s’agit logiquement d’un vote sociologique : dans les quartiers nord-est et sud, très pauvres, on a voté « communeux » de 75 à 100% ; sur la rive droite, de l’ouest au centre, on a voté de 40 à 80% pour les maires d’arrondissement. Les 86 élus de l’Assemblée Communale, dont 20% de modérés refusent de siéger, sont, en majorité, des travailleurs manuels, surtout des métiers d’art, et des intellectuels, surtout des journalistes, Jules vallès, par exemple.

      Un très large éventail de courants politiques révolutionnaires

  •   Pas d’idéal unitaire : des idées radicales communes à tous les républicains ; les idées de la très complexe famille des socialistes, en particulier celles des proudhoniens : le Communalisme associatif (agrégation progressive, sur la base du contrat d’association librement consenti, d’individus, d’entreprises de territoires, sous la forme de Communes, dont celle de Paris serait la pionnière.
  •  Une tentative de résoudre la question, courant depuis au moins 1789, Quelle forme donner à un gouvernement du peuple, qui émane du peuple, sans opprimer le peuple ?
  •  L’invention d’une république utopique des couches moyennes du peuple travailleur, artisans et ouvriers. Paradoxale, dans la mesure où il s’agit d’un gouvernement qui déteste le concept de gouvernement, d’une idéologie qui prône le dépérissement de l’Etat. Libertaire. Anti autoritaire (contre l’armée, la police, l’administration, les juges, les intellectuels, le clergé, les patrons, les bourgeois).Pour la démocratie directe, hostile à la démocratie représentative : ils sont favorables au mandat impératif de leurs mandataires, contre les représentants.

Il s’agit du seul gouvernement anti-autoritaire de l’Occident industriel, qui fut aussi le seul gouvernement majoritairement ouvrier.

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L’oeuvre :

      Des mesures de circonstance, contre la misère :

Annulation des loyers impayés, réquisition des logements vacants, moratoire des remboursements d’emprunts, restitution gratuite  aux plus pauvres des objets gagés au Mont de Piété

     Des mesures politiques

  • Antimilitaristes: abolition de la conscription et de l’armée permanente. Création de milices populaires
  • Anticléricales: séparation de l’église et de l’état
  • Educatives: école obligatoire, gratuite, mixte laïque
  • Des libertés: union libre, mariage libre

    Des mesures sociales

  • Abolition des amendes et des retenues sur salaire
  • Abolition du travail de nuit, autogestion coopérative des entreprises abandonnées par les patrons, bureaux de placement municipaux
  • Idéal social: à terme, généraliser la propriété (et non l’abolir); abolir le salariat (et non passer du patronat privé au patronat étatique); organisation du travail par les travailleurs

L’ambiance politique

  • Effervescence de l’opinion publique: publication de 70 journaux dont le Cri du Peuple de Jules Valles  y compris les journaux pro-Versaillais
  • 40 clubs dont les clubs féminins (Louise Michel)
  • Affiches, slogans, graffitis
  • Chansons: l’Internationale de Pottier
  • Discussions partout, palabres infinies; pressions
  • désordre, amateurisme, aucune discipline, enthousiasme

En bref, le contraire d’une dictature

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Louise Michel

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Jules Valles

L’échec et la répression

Isolement de Paris face aux « Versaillais ».

Soutien de Bismarck à Thiers. Rapport très déséquilibré des forces militaires: l’armée régulière comptait 130 000 hommes contre 60 000 combattants pour la Commune, amateurs (ils rentrent chez eux le soir) , indisciplinés,  avec un encadrement instable, divisé et incompétent. A cette troupe s’ajoutent quelques officiers déserteurs. le Commandant en chef démissionne le 9 mai:  » Je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d’un commandement ou tout le monde délibère et où personne n’obéit« .

La semaine sanglante: 21-28 Mai

Les versaillais entrent par le sud ouest de Paris, par une porte non gardée. La moitié de la ville est récupérée presque sans combat. Sept jours de combats de rue, du sud-ouest au nord-est, jusqu’au 20ème arrondissement à Belleville. Barricades et incendies (Tuileries, Cour des Comptes, Hôtel de ville) et bombardements  ralentissent l’offensive. Un carnage d’exécutions sommaires partout où les généraux versaillais étaient monarchistes ou bonapartiste. En revanche, le général Clinchant, républicain interdit les exécutions sommaires sur la rive gauche.

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Bilan

  • Un quart de la population parisienne a payé.
  • Les pertes des communards s’élèvent à 17 000 hommes selon Mac Mahon, elles  atteignent le double en réalité. Les pertes des Versaillais  ne sont que de 1200 hommes dont 100 otages exécutés, soit un rapport de 25 à 1.
  • De plus, il y eut 45 000 arrestations, et de jugements durant 4 ans donnant lieu à 23 000 non-lieu, 2400 acquittements, 93 condamnations à mort, 23 exécutions, 4500 déportations en Nouvelle Calédonie. Ce sont essentiellement des hommes âgés de 20 à 40 ans, célibataires ou sans enfants, illettrés et misérables. Ils sont ouvriers ou petits patrons pour 75%, le reste étant constitué d’employés, domestiques et petits bourgeois, à mi-chemin entre le peuple et le prolétariat.

La portée

  • La Commune a été tuée par la république bourgeoise et conservatrice (3ème république) qui a écrasé puis socialement exclu les ouvriers.
  • Le mouvement ouvrier subit 10 ans d’éclipse (morts, prisonniers, bannis, exilés) et renonce à la conquête du pouvoir politique: elle aboutit soit à la guerre civile et à sa défaite (1871) soit à la dictature révolutionnaire (soviétique)
  • Les socialistes qu’ils soient socialistes ou marxistes ont rejeté la Commune. En 1896, la 2ème internationale de Londres exclut les anarchistes, libertaires, syndicalistes.
  • Seule survivance: en 1890, les anarchistes investissent le mouvement syndical ( Chartes d’Amiens SFIO contre la CGT donnant priorité à la lutte économique, à l’action directe contre le patronat, à l’autonomie ouvrière, au fédéralisme, à la démocratie directe, aux minorités agissantes).
  • Et aujourd’hui? Mouvements libertaires, démocratie participative, structures d’opposition horizontales (Nuit Debout), contestation de l’autorité, des élites sont autant d’ échos de la Commune.

 

Alors quel rapport avec « La Chose Commune« : un opéra, le jazz: c’est l’improvisation, la création collective, la spontanéité « bousculeuse » (Proudhon).

Dominique Réal