peinture

Visite guidée du musée Unterlinden

Le samedi 30 mars, les Amis de La Filature se sont retrouvés pour une visite guidée  fort intéressante du musée Unterlinden rénové.

Les travaux importants effectués au musée, nous explique notre guide, ont paru nécessaire pour relancer l’intérêt des visiteurs dont le nombre décroissait d’année en année et pour pouvoir exposer les oeuvres qui dormaient dans les réserves. C’est donc une rénovation et une extension qui ont été  décidés sous le signe de la tradition et de la modernité. Le nouveau musée rassemble les bâtiments anciens du couvent et ceux de la piscine municipale. Il a fallu tenir compte de la rivière qui coulait entre les deux partie du musée, en creusant un passage souterrain les réunissant. Une place accueillante les sépare, lieu de repos et de détente pour les visiteurs. Une maisonnette attire l’attention des visiteurs, face à l’entrée du musée. Elle ne sert à rien, nous dit notre guide, ce n’est que pour préserver l’harmonie architecturale qu’elle a été construite.

la petite maison qui ne sert à rien!

La petite maison qui ne sert à rien!

La visite commence dans la nouvelle partie de l’établissement avec une salle qui résume les divers thèmes du musée: archéologie, peinture des traditions alsaciennes, peinture médiévale rhénane, peinture du 19ème et peinture française de la deuxième partie du 20ème siècle. Notre visite ne s’est pas attardée sur les oeuvres alsaciennes, notre guide nous rappelle toutefois que Hansi a été conservateur du musée et a transmis de jolies aquarelles, dont celle présentée ci-dessous.

Nous nous arrêtons devant un tableau de Monet représentant la vallée de la  Creuse. Ce sera la seule allusion à la peinture du 19ème qui ne s’illustre pas d’ailleurs par des tableaux majeurs. Nous passons alors directement au deuxième étage pour jeter un coup d’oeil à la piscine. Il ne reste pas grand chose qui rappelle  l’ancienne fonction de ce lieu. Dans cette grande salle  blanche et claire se tient un « happening », un groupe compte en choeur jusqu’à 5000 devant un public médusé!

Nous redescendons pour visiter la partie du musée dédiée à la peinture française de la deuxième moitié du 20ème siècle. La politique d’acquisition du musée a mis l’accent sur les artistes de cette période, et notamment sur ceux illustrant l’abstraction géométrique. On retrouve ainsi un grand tableau de Mathieu intitulé « hommage à Vauban » commandé par Georges Pompidou qui en était un fervent admirateur. Cette toile était destinée au fort de Brégançon. Parmi les artistes renommés présentés dans cette salle, on reconnaît encore Soulages avec une toile noire et brune, inspirée d’une panne d’élécricité à New York, nous dit notre guide, une sculpture de Simone Boisecq,  plusieurs tableaux de Poliakoff, de Maria Helena Vieira da Silva et de Joe Dawning dont plus d’une centaine d’oeuvres ont été léguées au musée d’Unterlinden.

La salle suivante s’ouvre sur une immense tapisserie, copie de la toile de Picasso « Guernica ». Elle a les mêmes dimensions et les mêmes couleurs que la peinture originale. Il n’en existe que 3 exemplaires, les autres sont détenus au Japon et aux USA. Deux tableaux de la période tardive de Picasso, dont celui présenté ci-dessousavoisinent cette tapisserie.

Afficher l'image d'origine

Notre parcours passe devant les oeuvres de Nicolas de Stael, Otto DixDubuffet, Olivier Debré, illustrant divers mouvements de la peinture du 20éme siècle. Nous empruntons alors un escalier en spirale de facture harmonieuse et originale.

DSC02479-400x267

Notre visite se termine  en revenant dans le cloître  qui est resté sous le signe de la tradition.  Elle accueille toujours la peinture médiévale rhénane et le célèbre retable d’Issenheim. Notre guide s’attarde alors longuement sur cette oeuvre majeure qui fait le succès du musée depuis des années. Peinte entre 1512 et 1516, elle est contemporaine de la renaissance italienne, mais elle revêt toujours les caractéristique de l’art médiéval du nord de l’Europe. On ne sait presque rien de son auteur, Grünewald, dont très peu d’oeuvres sont connues. Cette oeuvre est originale et exceptionnelle à plusieurs titres.  A la différence des retables dont le panneau central (appelé « ouverture ») est normalement dissimulé au regard sauf en période de carême, le retable d’ Issenheim  a deux « ouvertures » (la crucifixion et la tentation de Saint Antoine), ce qui est extrêmement rare. Une autre particularité de ce retable réside dans la représentation du Christ, marqué par la souffrance de la crucifixion, le corps couvert des marques des flagellations, les épines dans la chair, les doigts déformés après la mort, le linge le recouvrant déchiré et en lambeaux. Ce retable a été commandé par les Antonins  qui recueillaient les  malades souffrant de l’ergotisme, maladie causée par un alcaloïde proche du LSD produit par l’ergot de seigle.Les troubles associés à l’ingestion de cette substance sont nombreux, hallucinations, mais aussi troubles intestinaux et digestifs, lésions cutanées et même gangrène. Un malade est représenté sur la tentation de Saint Antoine.

Mathis_Gothart_Grünewald_018

Aucun traitement n’existait et la contemplation du retable restait la seule consolation pour les malades: ils pouvaient partager la souffrance du Christ, luttaient comme Saint Antoine contre les tentations et pouvaient ainsi espérer en la vie éternelle.

La restauration de la tentation de Saint Antoine revèle les couleurs originales du tableau. Il est regrettable que ce travail  ait été interrompu il y a quelques années à la suite  à la remise en cause de techniques employées. Un enquête minutieuse a montré qu’aucune erreur n’avait été commise, mais faute de moyens, la restauration n’a pu être reprise. Une partie de la « Tentation de Saint Antoine » reste couverte d’un vernis qui dissimule les couleurs sous un voile jaunâtre visible en haut et à gauche du panneau droit.

Afficher l'image d'origine

 

 

visite guidée de l’exposition Soleil Noir à la Fondation Beyeler

Les Amis de La Filature sont venus nombreux pour  la visite commentée de l’exposition « Soleil Noir » à la Fondation  Beyeler   le 21 novembre. Cette exposition sur les peintres russes du début du 20ème siècle, pionniers de la peinture abstraite mais peu connus pour la plupart, méritait des explications. Notre conférencière francophone, enthousiaste et dynamique, nous a fait pénétrer dans l’univers de Malevitch et du Suprématisme. Il n’était pas évident de commenter des tableaux comme « carré noir ». Par quel cheminement était-on arrivé à un tel degrés d’abstraction et de dépouillement? Notre conférencière nous a montré comment cet art révolutionnaire avait influencé l’art contemporain jusqu’à nos jours. L’assistance a beaucoup apprécié cette visite éclairante d’un peu plus d’une heure qui a passé très vite.

DSC_0015

 

Exposition 0.10 de 1910: les prémisses du Suprématisme

L’exposition présente les toiles exposées en 1910 à l’exposition 0.10  (signifiant pour Malevitch qui l’avait organisée, le début de l’art ou presque). Les premières salles reflètent les tendances établies au début du 20ème siècle. Cézanne et un peu plus tard Picasso, ont ouvert la brèche en refusant les lois de la perspective classique admises jusque-là depuis la renaissance et en déconstruisant l’espace. Les peintres russes ont suivi ce mouvement dans le « cubo futurisme » où l’on retrouve les techniques cubistes chères à cette époque, fragmentation géométrique de la toile, illusion de l’espace en trois dimensions, incrustation de mots qui évoquent le sujet du tableau en y associant la recherche  du mouvement comme dans le futurisme italien. Ce mouvement est  bien illustré  dans « Le voyage » de Lioubov Popova » où l’imagination est fortement sollicitée dans une toile morcelée  à dominante rouge.

Afficher l'image d'origine

Le voyage de Lioubov Popova

La révolution de Malevitch et Tatline

La véritable révolution vient avec Malevitch qui abandonne tout sujet concret pour ne représenter que des formes géométriques simples (cercles, lignes , cubes et rectangles) dans des couleurs primaires sur fond blanc. Ici, l’intention est de refuser toute référence au réel et de créer une dynamique associée aux rapports de formes et de couleurs. La disposition des masses, des couleurs et des formes devient primordiale. Il s’agit d’une nouvelle grammaire dont le vocabulaire est formé de signes simples se développant dans l’espace. Le spectateur est chargé d’en faire la lecture, d’en percevoir les tensions et la cinétique, évacuant toute perception sensitive pour se concentrer sur une démarche conceptuelle. Le sommet de l’exposition est représenté par la fameuse toile « Carré noir » stade ultime du « suprématisme » qui réduit jusqu’à l’extrême forme et couleur.

Afficher l'image d'origine

Au même moment, la sculpture se voit aussi réinventée par Tatline. Tatline  libère la sculpture du socle, des matériaux conventionnels (bronze ou pierre) et de la figuration. La sculpture intitulée « contre-relief angulaire » traverse  le coin de la salle, elle  se compose de cordes, de poulies, de pièces métalliques et de bois. La sculpture sort du mur qui en devient partie intégrante. Elle préfigure ainsi les installations, devenues familières de nos jours.

Soleil noir 2

Dans une deuxième partie, Soleil Noir 2, l’exposition illustre l’influence de ces précurseurs sur l’art contemporain. Pas moins de  35 artistes des XXe et XXIe siècles sont exposés, avec bien sûr Mondrian qui systématise l’agencement de formes simples et de couleurs primaires, mais aussi Tinguely et ses tableaux faits de pièces métalliques noires animées. L’influence de Malevitch apparaît également dans les toiles  monochromes , ou dans  les toiles de Mark Rothko dont la grande taille  permet de s’immerger dans les nuances de couleurs.   On pensera aussi à Soulage qui n’est pas présenté dans l’exposition, mais dont les toiles noires monochromes utilisent les principes érigés par Malevitch, en ajoutant travail sur le relief et la lumière.

Cette exposition a permis aux Amis de La Filature de découvrir la genèse de la peinture abstraite et de regarder avec un regard neuf des toiles qui paraissaient impénétrables.

DSC_0002_2

Les Amis de la Filature écoutent avec attention la conférencière