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La photographie au Cambodge avec Christian Caujolle

Venu pour accrocher à la galerie de La Filature, l’exposition « 40 ans après, la photographie au Cambodge aujourd’hui », Christian Caujolle  a offert aux Amis de La Filature le privilège d’un entretien sur sa carrière et  la présentation de l’exposition. Les Amis de La Filature ne pouvaient laisser passer cette occasion de rencontrer un   » formidable passeur et découvreur, auteur, critique et commissaire , un personnage mythique de la photographie qui a joué un rôle capital pour lui donner toute sa place dans le monde de l’art et de la presse  » pour reprendre les termes consacrés de ses biographies.

Curiosité et refus des conventions

Christian Caujolle n’était pas prédestiné à faire de la photographie sa carrière. Sorti de l’école normale supérieure de Saint Cloud, il est hispanique de formation. Il s’oriente  vers la sociologie et commencera une thèse, qu’il ne terminera pas,  sur les albums de famille .  Il est alors proche de Roland Barthes et Michel Foucault.

A la question : Roland Barthes et Michel Foucault ont-ils influencé son regard  photographique ?   Christian Caujolle répond après quelque secondes de réflexion : ils m’ont donné le sens de la curiosité et le refus des conventions. Il nous révèle la naissance de « La chambre claire » de Roland Barthes. Barthes n’avait pas l’intention d’écrire un livre sur la photo mais sur le cinéma. Il rédigeait beaucoup de fiches sur des sujets ponctuels. Après le décès de sa mère, il a écrit une fiche sur le portrait de sa mère,  qui a été le point de départ de « La chambre claire« . Barthes n’était pas un amateur de photographies, mais il se passionnait pour les photos de Paris-Match et du Nouvel Observateur Photo. Barthes jonglait avec les concepts et n’avait pas besoin de connaissances sur la photo. Ce qui l’intéressait, c’était de savoir comment l’image lui parvenait, ce qu’elle produisait et dans quel contexte elle avait été obtenue. La question du sens était essentielle. A ce titre, Christian Caujolle apparaît bien comme disciple de Barthes. Quant à Foucault, dont il était moins proche, il dit : il était un grand amateur de peinture surréaliste. Il  a évoqué la photo dans le livre Des Mots et des Choses. Il a montré l’importance  des photos dans l’écriture de l’histoire, mais il a aussi souligné qu’il fallait les mettre en doute comme on met en doute les documents écrits. Un sujet encore bien d’actualité !

La découverte de la photographie, c’est en fait, dans ses jeunes années, à la galerie du Château d’eau à Toulouse, puis à Paris à la galerie Agathe Gaillard à  qu’il l’ a faite. Ces  lieux exposaient tous les photographes alors inconnus comme Brassaï ou Doisneau, mais qui devaient marquer plus tard  la photographie du 20ème siècle. Il rencontre tous les grands noms de la photo, (sauf Walker Evans nous dit-il, avec regret) et leur contact aiguise son regard. N’étant pas lui même photographe, il peut s’ouvrir au regard des autres sans contrainte. Mon mode d’expression est l’écriture nous dit-il. Ce désir d’écrire sur la photo et les photographes, il le réalise en participant à la création de la collection  Photopoche avec  Robert Delpire. C’était la première collection de livres consacrés à la photo en petit format qui a connu, après un début hasardeux  (personne ne voulait financer ou éditer ce type d’ouvrage) un succès considérable. Cette collection est maintenant éditée dans plusieurs pays, à laquelle il a collaboré en écrivant l’introduction de 6 des volumes.

En rejoignant le journal Libération, il peut alors pleinement exercer ses talents : parler des photos et des photographes, découvrir des talents, transmettre (Je suis un passeur dit-il) et innover. Avec Libération, il rénove le format du journalisme et l’utilisation de la photographie. Il crée le « feuilleton photographique » en invitant un photographe à envoyer une photo et un texte par jour pendant 28 jours. Le premier sera Raymond Depardon alors en voyage à New York. Puis Sophie Calle qui enquêtera sur  les personnes dont le nom a été trouvé dans un agenda oublié (?) par un inconnu. Une  expérience qui amènera quelques difficultés avec le détenteur de l’agenda !

Puis, Christian Caujolle crée l’agence VU, qu’il qualifie d’ agence de photographes. En effet, traditionnellement, les agences photographiques indexaient les photographies par thème et non par auteur. Ainsi on pouvait retrouver, par exemple, des photos de Cartier Bresson dans la catégorie « Monuments ». L’agence Vu indexe les photos par auteur. En parallèle, la galerie VU est créée, elle sera une source de revenus non négligeable grâce à la vente des photographies exposées. La galerie Vu déménage avec le changement de propriétaire, et Christian Caujolle quitte alors l’agence, comme beaucoup des  photographes qui y contribuaient.

Démultiplier le possible

Que penser de la photographie aujourd’hui avec l’arrivée du numérique? Le numérique a démultiplié le nombre de producteurs d’images et modifié le mode de circulation, nous dit-il. Le 20ème siècle a été le siècle de la photo, le 21ème siècle est le siècle de l’image, la photo ne représente qu’une petite partie des images produites. Et nous sommes dans la même situation que l’était la photographie peu après sa création. La photographie avait initialement comme référence la peinture, elle a dû inventer un nouveau mode d’expression qui lui était propre.  Aujourd’hui , la photo numérique a pour référence la photo argentique. La révolution numérique n’est pas terminée. le numérique offre de nouvelles possibilités, il reste à créer une nouvelle esthétique propre au numérique. Tout reste à inventer!

Cambodge: identité et mémoire

La curiosité de Christian Caujolle l’a amené à explorer les talents photographiques dans le monde entier. On se souvient de l’exposition de Cristina de Midel , une artiste espagnole qu’il a révélée et à laquelle il avait apporté son concours pour l’accrochage des ses photos à La Filature.

Aujourd’hui c’est vers le Cambodge qu’il se tourne, 40 ans après le massacre commis par les Khmers rouges.

Quatre générations d’artistes sont présentés.

Les plus âgés, ceux qui  ont survécu au massacre et portent encore les stigmates des années terribles qu’ont imposés des Khmers rouges. Les générations suivantes, qui n’ont pas vécu le massacre, mais ont connu le traumatisme qui l’a suivi. Les plus jeunes générations, qui tiennent à conserver l’identité de leur culture nationale et la mémoire de leur pays, face à l’invasion des Chinois qui s’implantent au Cambodge économiquement et par une immigration massive. Quant aux plus jeunes, ils représentent bien  la génération internet, ils participent activement aux réseaux sociaux.

Remissa Mak  qui à 5 ans a vécu l’évacuation de Phnom Penh par les Khmer rouges en 1975, nous livre sa vision de cet événement à l’aide des personnages en papier découpé perdus dans l’univers brumeux et opaque de ses souvenirs d’enfant. Philong Sovan révèle la vie nocturne de Phnom Penh en éclairant les rues obscures de la lumière des phares de sa moto dans une atmosphère intimiste  aux couleurs subtiles. Sophal Neak illustre les métiers  dans des portraits aux visages cachés par les les objets qui caractérisent la fonction des travailleurs. On retrouve aussi la jeune génération avec Ti Tit, avec des  photographies amusantes ou provocatrices bien ancrées dans son époque.

 

 

 

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Faire parler la photo: Les Amis de La Filature et Les Mots du Clic

Nous sommes abreuvés d’images  par les revues, les médias sociaux, la publicité. Nous les survolons rapidement sans en déchiffrer véritablement le sens. Comment apprendre à regarder une image, une photographie pour la décrypter véritablement ?

C’est l’association Stimultania qui nous apporte la réponse, grâce au jeu qu’elle a développé : Les Mots du Clic. Laure Canaple, qui travaille pour cette association, est venue nous le présenter à La Filature et animer avec talent un atelier de formation. Une quinzaine de membres des Amis de La Filature y participaient, ainsi que 3 membres de l’équipe de l’accueil du public de La Filature.

Après s’être présentés à l’aide d’une photo qu’ils avaient choisie, les participants ont analysé par groupes de 5 ou 6 personnes 3 photos qui leur ont paru particulièrement intéressantes. Le jeu a alors commencé avec 3 équipes  répondant collectivement aux questions posées par des cartes qui proposent des adjectifs pour décrire la photographie. Le jeu est en fait une analyse chorale (collective) de l’image, guidée par une série de 6 thèmes qui vont aider à la décrire et la décrypter. Les 6 thèmes abordés sont : caractéristique, apparence, temps, espace, volonté, référent. Pour chacun des thèmes, une série d’adjectifs sont proposés par des cartes et l’équipe doit sélectionner  le plus approprié pour qualifier la photo.

Voici les 3 photos avec lesquelles nous avons joué et les propositions faites par l’équipe.

Ce qui caractérise le mieux cette photographie, c’est la construction : un cercle occupe le centre de l’image, le sumo est au centre du cercle, les bras horizontaux parallèles au sol coupent le photo en deux, une ligne blanche tangente le cercle. Le nombril du Sumo est au centre exact  de l’image, le regard se porte vers nous.

Concernant l’apparence, nous choisissons unanimement le qualificatif l’un dans l’autre après avoir discuté sur l’équilibre. Equilibre s’applique à la composition de l’image symétrique et harmonieuse, à la répartition de  lumière et ombre, mais aussi la posture du sumo. Mais l’un dans l’autre caractérise mieux cette image , le sumo au centre du cercle de feu étant le sujet central de celle-ci.

Pour le temps, nous choisissons  simultanément qui traduit le fait que le photographe a saisi un instant fugitif où le sumo s’accroupit sur la pointe des pieds au centre du feu en le regardant. Le qualificatif lentement aurait pu aussi s’appliquer, car le sujet lourd et massif paraît se mouvoir sans hâte.

L’espace semble marqué par les limites : limites spatialesle cercle de feu, la ligne blanche, l’enclos visible derrière le sumo sont autant de limites visuelles structurant l’espace. Mais aussi limite du statut du sumo (homme ou dieu, hubris), limite de la masse corporelle, limite de la position instable du sumo.

Quelle est la volonté du photographe en saisissant cette image ? Nous hésitons entre surprendre et interroger. La présence de ce sumo accroupi en plein air, au centre d’un  cercle d’un feu allumé sur des cailloux a de quoi surprendre. Mais cette image interroge aussi, car son message n’est pas immédiatement lisible : la tradition de l’art du sumo est-elle ici mise en cause ? Il y a aussi une dimension mystique. S’agit-il ici d’une cérémonie initiatique, magique ou religieuse?

Que nous évoque cette image, de quoi parle -t-elle? Comme référent nous choisissons le mot tradition :  le photographe pose-t-il la question de la  survivance  d’une tradition ancienne menacée par la vie moderne ?

Avec les six mots retenus par l’équipe, nous allons alors former une description de la photo en quelques phrases. Ainsi sont proposées:

L’avenir du Sumo : L’équilibre de cette construction où les lignes se frôlent et jaillissent simultanément d’un cercle de feu nous interroge sur l’évolution des traditions. Restent-elles dans leur limite l’une (forme) dans l’autre où brûlent-elles dans la modernité?

Equilibre instable : Un sumo se tient en équilibre instable au centre d’un cercle de feu. Ils forment  l’un dans l’autre une construction qui interroge simultanément sur les limites des traditions et les limites du corps humain.

L’Homme sumo : En construisant ce bel équilibre simultané, l’un dans l’autre  (sumo et feu), se pose la question des limites humaines, sportives et les limites des traditions.

 

Un autre groupe  a commenté la photo ci-dessous :

  • Photo très contrastée, portrait classique « posé » minutieusement cadré sur fond blanc (mur ou  studio ?), personne africaine assez ambiguë ( plutôt une femme, mais ni la pomme d’Adam ni la naissance des seins ne sont visibles à cause des colliers et la coiffure …?  ) enduite d’ocre rouge : la couleur reste donc essentielle.
  • Regard en coin, un peu ironique voire réprobateur, mais pas du tout craintif. Portrait presque ethnographique, témoin d’un monde en voie de disparition et qui évoque des livres photos comme  » Vanishing Africa  » ,  » The last of the Nuba  » ou les tribus Indiennes d’Amérique !
  • L’équipe a choisi ces mots  pour chaque thème : caractéristique : société/tribuapparence : magnifié, temps : toujoursespace : près, volonté : cadre, référent : objet.

 

Le texte obtenu collectivement avec les mots choisis ou des dérivés :

 » Prends-moi en photo pour magnifier ma tribu ,

mais je ne te dirai pas qui je suis.

Prends-moi de près, bien cadré(e).

Portrait figé à tout jamais,

mais  mon secret reste bien gardé . »

 

Enfin, une troisième équipe s’est penchée sur ces portraits de femmes qu’elle ont intitulés: « Silence, ça pousse« :

 

 

Pour cette photo, la caractéristique choisie fut idée, l’apparence détournée, le temps crescendo, l’espace à l’intérieur, la volonté interroger, et le référent société et voici l’une des phrases proposées pour la décrire :

Deux femmes presque entièrement recouvertes d’un voile épais se détachent sur un fond sombre et nous regardent. Leurs corps ont presque entièrement disparu, pour ainsi dire gommé, mais à l’intérieur pousse une plante verte. Par ce procédé du détournement, le photographe nous suggère l’idée qui s’impose à nous crescendo : ces femmes nous interrogent sur la place que leur réserve la société.

 

En fin de séance, Laure Canaple   a contextualisé ces photos dans le travail de leurs auteurs que l’on pourra consulter avec les liens suivants:

– Charles Fréger, série Himbas (2007) : http://www.charlesfreger.com/fr/portfolio/himbas/

– David Favrod, série Gaijin (2009) : http://www.davidfavrod.com/Pages/GAIJIN/GAIJIN_TEXT.html

– Maïmouna Guerresi: https://www.maimounaguerresi.com/

 

Cette initiation à la lecture photographique nous permettra certainement d’animer  les expos photos de La Filature en utilisant le jeu « Les mots du clic » avec les membres de l’association.

Rencontres photographiques avec Jean-Christophe Béchet

La photographie est-elle un art comme les autres?

Peut-on aborder la photographie sans références et sans connaissance des auteurs qui ont marqué l’histoire de la photographie?

Voici quelques questions auxquelles a tenté de répondre le photographe Jean-Christophe Béchet, invité par les Amis de La Filature. Il est intervenu  pour présenter  son livre « Influences » à la librairie 47 degrès Nord vendredi 3 mars et à La Filature pour un entretien autour de la place du photographe au 21ème siècle.

A aucun moment il n’a été question  de diaphragme, vitesse d’obturation, profondeur de champ. Jean-Christophe Béchet  a parlé de photographie comme on parlerait de peinture ou de musique, un discours ouvert à tous, photographes ou simple néophytes  sans connaissances techniques. Jean-Christophe Béchet est en effet rompu à communiquer avec le public. Il a été pendant longtemps rédacteur en chef de la revue « Réponses photos » et il anime régulièrement des stages photographiques pour un public varié allant du débutant au professionnel.

Fréderic Versolato et Jean-Christophe Béchet à la librairie 47 degrés nord

 

Vendredi soir, lors de la  présentation de son livre « Influences » à la librairie 47 degrès Nord (visible en intégralité sur cette vidéo), JC Béchet révèle que sa vocation de photographe est née de la rencontre avec Sebastiao Salgado, alors qu’il n’était pas du tout connu. Il abandonne alors ses études d’économie  pour rentrer à l’école de photographie d’Arles, puis commence une carrière de photographe, initialement dans le photojournalisme qu’il délaisse  rapidement quand il réalise que cela ne correspond pas à ses aspirations. Ses influences photographiques, il les puise dans la découverte de livres photos qu’il collectionne. Il en a environ 5000! Les maîtres de la photographie du 20éme siècle seront ses premières sources d’inspiration et d’influence. Le contact personnel avec d’autres photographes connus lui ouvrira d’autres voies à explorer. Il reconnaît que le territoire joue aussi un rôle très important. On ne photographie pas de la même façon en Finlande sous un ciel couvert et à Cuba avec des couleurs éclantantes, dit-il. Ainsi se dessinent des styles photographiques différents selon les régions. Dans ses livres portant sur l’Europe, il sera forcément plus influencé par des photographes français que quand il visite les USA. Ce sont les grands maîtres de la photo américaine qui seront alors en arrière plan. Car être influencé n’est pas copier, mais intégrer inconsciemment des thèmes ou des caractéristiques stylistiques que l’on découvre a posteriori. C’est ainsi qu’est né le livre « Influences ». JC Béchet a recherché dans ses propres photos ce qu’il avait intégré des auteurs qui l’avait précédé. Il a sélectionné 51 photos vues au travers du regard de 51 auteurs photographiques entre 1857 (Eugène Atget) jusqu’en 1957 ( Stephane Couturier) .

Avis aux amateurs: ce livre est en cours de traduction et sera bientôt disponible en Chinois!

 

Samedi matin, je retrouve JC Béchet au pied de son hôtel à Mulhouse. Un appareil entre les mains, il photographie la rue couverte de neige et plongée dans le brouillard. Je n’ai pas oublié ce qu’il a dit la veille au sujet de Lee Friedlander: J’ai toujours eu une fascination photographique pour les poteaux électriques et, contrairement à beaucoup, je m’attriste de leur disparition dans le paysage.

Les poteaux sont bien présents à Mulhouse et je peux alors le saisir en pleine action au milieu d’une forêt de  poteaux!

 

Quelques pas plus loin, il s’arrête devant la tour de l’Europe dont le sommet est noyé dans le brouillard. Voilà une parfaite allégorie de notre Europe reconnait-il ! Il prend quelques photos qui paraîtront peut-être un jour dans un prochain livre sur la France.

Nous retrouvons Emmanuelle Walter à La Filature pour visiter l’exposition de Cristina de Middel qui offre une approche de la photo bien différente de celle de JC Béchet dans la reconstruction fantasmée d’histoires  réelles.

Au cours de l’après-midi, devant un public composé des membres des Amis de La Filature et du Club Photo de Riedisheim, JC Béchet présente les diaporamas de deux de ses livres: Marseille ville natale et European puzzle. Il décrit sa démarche de photographie subjective, à la recherche de lieux, de visages ou de personnes qui témoignent d’un instant ou d’une époque. Le livre devient l’aboutissement final du travail photographique, inspiré par la littérature ou  la musique. Marseille, ville natale représente un travail personnel mêlant images  de ses parents, de ses ami(e)s et de lieux qui ont marqué sa jeunesse. C’est en lisant L’Homme foudroyé de Blaise Cendrar et en voyant les photos de la ferme du Garet de Raymond Depardon  qu’est né le désir de réaliser ce livre sur Marseille.

European puzzle est le résultat de 17 ans de voyages en Europe , du Groënland au sud de l’Italie en passant par les pays de l’est et l’ex URSS. Ce livre commencé au moment du Brexit, illustre la déception d’une Europe désunie, s’abritant derrière ses nationalismes, après la grande bouffée d’espérance qui a marqué la chute du mur de Berlin et la création d’un espace commun ouvert à tous.

Vision pessimiste encore au sujet du futur de la photographie professionnelle. Alors que  les images sont partout, le photographe professionnel n’a plus de place car l’édition du livre photo ne s’est jamais aussi mal portée. Les éditeurs sont réticents à publier des livres des auteurs contemporains qui ne se vendent qu’en quelques centaines d’exemplaires et encore… Le crowdfunding demeure le plus souvent la seule solution pour qu’un photographe indépendant puisse être publié. En outre, les agences de presse tendent à disparaître. Ce constat pessimiste donne lieu à un vif débat car il n’est pas partagé par tous!

JC Béchet  reviendra bientôt en Alsace. Il sera à la galerie Stimultania à Strasbourg pour une exposition où il présentera les photos de European puzzle  (du 27/04 au 26/08) et pour un stage.

La visite de cette exposition sera peut-être une autre occasion pour les Amis de La Filature de découvrir son travail!

Jean Steffan

 

 

Spectacle « La crise est finie » avec la Compagnie Grime et Concocte

Ils arrivent à vélo, un hauban couvert de fanions à l’avant du cycle. Florent Fichot et son compère Laurent Secco font leur « livraison de chansons », comme autrefois  le facteur faisait sa tournée. En un instant, nous voici transportés dans l’univers de « Jour de fête« , mais les Frères Jacques ont ici remplacé Jacques Tati.  Un  homme en bleu et un homme en rouge reprennent à cappella et  à  deux  voix, avec leurs vélos-xylophones, des chansons d’hier et d’aujourd’hui…

Comme à son habitude, Florent Fichot  a choisi une démarche engagée dans son spectacle La crise est finie, spectacle offert par « Les Amis de La Filature » le 17 novembre.  Florent est  fidèle  à la philosophie de la compagnie Grime et Concocte qui  s’est donné pour mission d’élaborer des spectacles « tout terrain », autonomes techniquement, adaptés à tous les espaces. Et de fait, La crise est finie utilise peu de moyens : deux vélos, deux xylophones et des fanions qui se dérouleront suspendus comme les lampions d’un 14 Juillet sous l’éclairage de deux projecteurs.

Les spectacles de la compagnie Grime et Concocte  ont, en général,  vocation de toucher  un public peu familier avec le théâtre. Créée en 2016, La crise est finie   a déjà été accueillie à de nombreuses reprises par divers publics dans des lieux variés : centres culturels, mais aussi collèges, marchés, fêtes….

« C’était un spectacle long à élaborer, dit Florent, car il fallait une sélection rigoureuse des chansons qui  illustrent un siècle de chansons engagées. Mais il ne s’agissait pas de délivrer un discours militant et de faire du prosélitisme » continue-t-il.  Dans ce spectacle en effet, il n’est pas question de livrer un discours politique, debout, le poing levé, mais de proposer un parcours traduisant  avec humour, ironie  ou sérieux, irritations , contestations, révoltes et luttes d’hier et d’aujourd’hui. Une fois les chansons sélectionnées, il fallait encore les mettre en musique. Florent n’est pas musicien, il a dû faire appel à des professionnels pour en composer la musique chantée par les deux partenaires parfois accompagnés du xylophone.

 

Nous avons effectué un grand voyage dans le temps. Ainsi  est-on passé du chant des Canuts d’ Aristide Bruant ou de   « Je n’suis pas bien portant« , qui a fait la joie de nos grands ou arrière grands -parents aux chansons de rappeurs (Lettre à la république de Kerry James ), via  La chanson de Craonne. Le répertoire balaie un large spectre de thèmes, allant des plus légers (Gainsbourg, Souchon) aux plus graves  (la révolte des canuts ou des poilus dans les tranchées en 1917,  le colonialisme et l’immigration) en passant par la critique de la société libérale (Qu’est ce qu’ils sont cons),

Les chansons sont accompagnées d’un jeu de scène chorégraphié au millimètre. Florent et Laurent jouent de leur similitude, se reflétant parfois comme dans un miroir,  ou se renvoyant la balle. Deux hommes paillettes, deux clowns, deux marionnettes chantent des textes aiguisés, des airs connus avec un jeu de scène d’une précision diabolique.   Florent avoue une grande admiration pour le music hall et la perfection des deux partenaires dans leur jeu scénique  en est le témoignage.

Spectacle visuel et  musical, textes humoristiques, décapants, légers ou graves, voici une alchimie réussie

 

 

Retrouvez la Compagnie Grime et Concocte sur leur site en cliquant ICI.

SOS Chansons! La Compagnie propose des livraisons de chansons à domicile alors, n’hésitez pas!

 

 

 

 

 

 

Grensgeval : une analyse chorale des critiques

Grensgeval est une spectacle déroutant qui interroge sur l’immigration.

De nombreuses analyses critiques ont été publiées. Ces critiques sont résumées ici sous forme d’une analyse chorale regroupant les citations  traitant d’un même aspect de la scénographie. Il en ressort une analyse très riche de ce spectacle froid et distancié qui ne révèle pas immédiatement tout son intérêt.

On pourra retrouver ces critiques provenant de « Mon Tétras-lyre, le Parafe, l’Alchimie du Verbe, ThéâToile, L’Insensé » sur le site de Espaces critiques, ainsi que  Libération et Télérama. On retiendra en particulier celle de Chloé Larmet, très riche.

Adaptation d’un texte ou ré-interprétation?

Guy Cassiers, qui entretient une relation particulière à la littérature par la pratique de l’adaptation notamment, invoque bien une œuvre dans Grensgeval. Il s’appuie sur un texte de l’auteure autrichienne Elfriede Jelinek, Les Suppliants. Dans cette œuvre, qu’elle inscrit sous le patronage de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, qui déjà posait la question de l’accueil des étrangers, elle tente de rendre compte de la situation des migrants et des Européens en la mettant en perspective avec de multiplies références historiques et culturelles.

Que fallait-il regarder, écouter, lire?

Le spectateur est sommé de choisir ce qu’il regarde du fait de la diffraction de la perspective, entre les danseurs, les comédiens, l’image des comédiens filmés, et les surtitres du texte qu’ils articulent. Impossible d’embrasser toutes les composantes de la scène, même au prix de mouvements rapides de l’œil. Les artistes mettent d’entrée de jeu le public au pied du mur, et l’obligent à choisir, et ainsi à se demander qui regarder. De même, la difficile articulation de l’image, des sons et du texte que l’on lit invite à prendre conscience de notre attitude face à la complexité, de l’attention qu’on est prêts à lui porter pour la saisir et de la sensibilité qu’on lui accorde, même quand elle est éprouvée. La question qu’approchent Cassiers et Le Pladec est aussitôt soulevée : il ne s’agit pas tant d’attirer le regard sur les réfugiés, de sensibiliser à leur sort, que d’interroger notre regard, notre attitude à leur égard.

La fragmentation du texte, l’impossibilité de le saisir dans son entièreté et de percevoir en même temps le plateau est aussi une chance. Pas uniquement parce qu’elle protège le spectateur du piège de la culpabilité et de l’accusation frontale, mais parce qu’elle laisse aux propos leur part d’implicite et de mystère, comme lorsqu’on discute avec quelqu’un dont on ne parle pas la langue et que les malentendus sont fondateurs.

Que nous dit le texte?

  • Au début du spectacle

Le texte s’apparente à une suite de constats, de questions, de remarques, qui ne s’organisent pas selon une continuité qui rend indispensable de les saisir tous.

Maintenu à distance par la barrière de la langue, le texte paraît dépouillé, désancré, défait de tout ce qu’il a de trop concret, de trop subjectif, de trop singularisant.

C’est un flot de paroles pour nous montrer des personnages qui n’avancent jamais et qui sont condamnés à une errance sans fin, une traversée sans mythes et sans aventures

Excessive parole qui mêle les adresses : vous/nous/ils  s’entremêlent de sorte que l’on ne sait plus qui parle à qui, qui parle au nom de qui et de qui

  • A la fin du spectacle

La modalité dominante du discours est la prière – prière non au sens religieux, mais comme vœu formulé en toute humilité, chargé d’impuissance

Cette prière n’est pas politique. Le propos étant décontextualisé, délivré de tout chiffre qui assène, tout argument paraît obsolète, toute réserve inconcevable

 

Le jeu des acteurs : que penser de  la lecture du texte sur un ton monocorde par les 4 acteurs assis autour de la table?

Les comédiens se présentent davantage comme des commentateurs, des récitants

Ils prennent la parole à la place de ceux qui sont sur les eaux

La voix décuplée, répartie entre plusieurs corps, est déchargée de toute autorité. Le point de vue s’élevant n’étant pas celui d’un réfugié, la question de sa légitimité se pose de fait

Aucun trait ne vient distinguer les comédiens entre eux, ne reste plus qu’une parole chorale… ménageant le caractère indéfini de l’origine de la parole

Leurs voix surgissent dissociées des corps, si bien que cette polyphonie est tout autant la nôtre que la leur, ce sont nos voix mentales

le détachement de ces voix est peut-être celui de déjà-morts, qui continuent de suivre les suites du drame qui les a condamnés, ou d’anges qui expriment de la compassion et de la bienveillance

La perspective distanciée ramène à l’évidence – la simple évidence de la non-assistance à personne en danger

Qui sont ces visages projetés sur l’écran dans la première partie du spectacle? Que représentent-ils?

Leur image (celles des récitants assis autour de la table) apparaissant sur écran géant en fond de scène, dédoublée, se confond avant de se disjoindre, tels les migrants aux deux pays, la terre d’origine et la terre d’accueil.

Le rapprochement et les effets de montage font des comédiens des dieux, tantôt vivants tantôt figés en statues, en position de surplomb sur la scène et les corps des réfugiés que figurent les danseurs. Ils lancent des regards divins vers les danseurs allongés au sol .

Ce sont peut-être des dieux, d’une génération cette fois immémoriale, ces dieux grecs auxquels il a fallu qu’Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie afin que les vents soient favorables et que ses troupes embarquent vers Troie pour y mener une guerre absurde. Iphigénie, ce serait en l’occurrence une petite fille qui dessine, à moitié asphyxiée par le moteur défectueux d’une embarcation de fortune, surchargée, vouée au naufrage.

Les comédiens prennent l’apparence de réfugiés eux aussi, qui expriment de l’inquiétude lorsque le moteur de leur bateau lâche, lorsque les vivres manquent ou qu’il faut se détacher de toutes les affaires emportées

Les gros plan avec un dédoublement rappellent les images en tache d’encre utilisées en psychanalyse

Ils semblent observer et commenter, et même ordonner, ce qui se passe en bas

La dignité des corps migrants  peine à s’imposer  tant les écrasent ces visages en gros plans

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Quelle représentation des immigrés nous donne la troupe de danseurs?

Ils sont chaussés de baskets hip-hop et revêtus de toges noires

Ils forment une masse indistincte, impénétrable. Ni leur âge, ni la couleur de leur peau, ni leurs silhouettes – floutées par des couches de vêtements, qui atténuent également les différences de genre – ne permet de les identifier, d’en isoler un parmi eux

Tout n’est que noirceur, et la lumière traverse difficilement les corps dans de telles abysses

Ce sont des corps qu’on ne compte pas, ils font masse, pris au kilo

Les corps ne sont plus que des formes, un amas de chair humaine, sans identité propre

Ces migrants au dos courbés n’ont pas encore acquis de singularité, ils ne sont qu’une masse mouvante anonyme dans l’obscurité que les regards, comme la parole, écrasent

Les personnages  figurent l’incertain et l’inquiétude

Une multitude d’écrans de dimensions variées apparaît dans la deuxième partie du spectacle. Que traduisent-ils?

Un patchwork d’écrans  sature  le regard avec une quantité d’images.  L’abondance dit là encore la difficile coexistence de tous les médias, qui diffractent les regards en prétendant à l’exhaustivité, dispersent l’attention, détournent de l’essentiel. Tous ces foyers interpellent, voire hypnotisent

Des images disparates d’informations forment  un flux illisible qui interroge de manière pertinente les limites du regard que l’on porte sur le drame politique et humain et l’impuissance à réellement montrer la souffrance et susciter la compassion

Les écrans diffusent ces images qui tournent en boucle depuis le début de cette « crise migratoire » sans que jamais un visage ou un corps – un individu en définitive – puisse être distingué ou reconnu

Cherchant à rejouer ce « trop-plein d’images et d’informations » qui caractérise la société contemporaine, le metteur en scène multiplie les points de vue sans jamais en choisir aucun

C’est la « conquête du monde par images ». Les yeux rivés sur ces fenêtres ouvertes sur une réalité qui nous dépasse, nous confrontons notre regard sur ce drame, à la fois humain et politique, sans réellement en saisir toute la portée

La congrégation d’écrans qui donnent à voir notre espace monde signifie que le monde s’abandonne à tous les artifices sauf à la compassion et à l’amour, et qu’il ne saurait se sacrifier davantage

On pense aussi aux écrans de surveillance disposés dans les gares, métros et grandes surfaces, un peu partout dans la ville

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La « chorégraphie »

La chorégraphe Maud Le Pladec s’est longtemps posé la question de la représentation, pour ce texte qui «n’appelle pas à la danse», dit-elle, mais invite à la «physicalité». » Impossible d’imaginer une chorégraphie aérienne, avec des sauts. Impossible également de l’axer sur la virtuosité. »

Mouvements et  déplacements sont puisés à la source d’une respiration intense et urgente

C’est une intense chorégraphie de la douleur et de l’espérance

  • Première partie

Comme un seul homme, les danseurs tissent une chorégraphie lente à partir des planches de bois d’un navire déjà disloqué, sous lesquels ils se noient, auxquels ils se rattrapent, ou qui se balancent sur leurs hanches aquatiques. Ils esquissent les contours d’un nouveau Radeau de la Méduse, avant de délaisser les planches et de ne plus laisser entrevoir que la mer, le balancement de ses vagues, ou les rames qui luttent contre ses courants – jusqu’à ce que les corps tombent, s’amoncellent, se répandent, et grouillent. Les mouvements de masse qui grandissent et se métamorphosent imperceptiblement en continu constituent une nappe corporelle qui entre en résonance avec les lambeaux de phrases que l’on saisit au vol quand on détache notre regard de cette chimère à seize têtes pour le porter sur les panneaux de surtitres ou les comédiens qui les prononcent.

Les corps sont enlacés sous des poutres de bois noircis. Dans une chorégraphie lente et délicate, ces radeaux de fortune se placent en équilibre sur leurs corps meurtris : dos, tête, bras…

Les corps, dont les mouvements lents luttent avec précaution contre la houle d’une mer froide et noire, peinent à atteindre l’équilibre

Chacun doit porter sa croix, affronter un calvaire

  • Deuxième partie

Leurs premiers mots sont  ceux d’un souffle haletant qui lutte pour trouver une dignité sous le poids des regards divins

La respiration des danseurs est de plus en plus saccadée. Ils respirent autour d’eux ce qu’il reste d’air, dans l’onde menaçante qui les traversent

Les danseurs se relèvent et entament une danse débridée sur une musique électronique de boîte de nuit, comme s’il s’agissait de se déchaîner soudain, de réaffirmer la capacité à se mouvoir de ces corps auparavant rampants. Tout en dansant, certains sortent leurs téléphones et se prennent en photo. Opposition entre les images anonymes des médias et ces téléphones qui contiennent des vies entières, seuls témoins des personnes quittées, perdues, tuées. « Attention, la dignité humaine arrive, la voilà ! »

Les corps des danseurs et des acteurs se mêlent sans pour autant se confondre.  Les acteurs dansent, eux-aussi, mais sans se défaire d’une désynchronisation qui les maintient à l’écart de ces corps de migrants

Les danseurs fixent toujours un point fixe et invisible devant eux, un point de fuite situé non pas derrière les spectateurs mais de côté de sorte que l’on ne croise pas leurs regards

Des corps qui, enfin, se mêlent : acteurs et danseurs se croisent, s’agglutinent parfois comme lorsque Kateljine Damen se tient face au public, à l’avant-scène, et que les corps des migrants s’entassent à ses pieds, tels des corps agonisants, suppliants, puis des cadavres encore animés de quelques spasmes. Et pourtant, elle reste droite

  • troisième partie

Les interactions croissantes des comédiens et des danseurs diluent la dichotomie première et offrent l’image d’une possible cohabitation

En conclusion

Cette analyse chorale ne prétend pas apporter un jugement sur la sélection du texte effectué par Guy Cassiers à partir « Des Suppliantes« , ni sur l’esthétique  de la mise en scène, ni sur la  prise de position politique qui découle de cette représentation. On n’est pas obligé d’adhérer aux propos qui vantent la fragmentation du spectacle liée à la difficulté de lire les surtitres et de regarder la scène.

Certains ont reproché une représentation esthétisante « cruellement lisse, sans accrocs, sans relief « :

« Tout se présente comme une succession d’images méticuleusement soignées, travaillées, ciselées, éclairées de manière à rendre une beauté qui est aux antipodes du texte, lequel, lui, relaie la laideur inhérente au non engagement. »

ainsi qu’une certaine « ambiguïté  liée au montage du texte« :

« La frontalité passe par ceux qui sont visibles et ceux qui ne le sont pas, ceux qui parlent et ceux qui ne parlent pas, ceux qui pensent et ceux que l’on n’entend pas »

« Jamais les migrants n’auront la possibilité d’être présents autrement que comme des corps ballotés . Oui, on pourrait penser que c’est une façon de ne pas rendre la parole aux / des migrants : mais Cassiers n’a pas ce même scrupule quant aux corps qu’il leur donne. Purs corps, pure matière, purs objets de contemplation arrachés au logos, ces êtres dérivent sur le plateau comme dans le préjugé occidental qui les constituent comme des individus mineurs, des enfants (« in-fans » : celui qui ne parle pas). »

« A certains endroits de la mise en scène, ce qui est dit semble relever d’un commentaire pour le moins nauséabond sur ce qui se passe là, dans le mouvement d’exil qui voit arriver « l’étranger » »

 

A chacun son opinion. N’hésitez pas à vous exprimer en ajoutant vos commentaires!