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Franck Christen, amoureux du Dreieckland

Bien que Franck Christen soit installé à Bruxelles où il enseigne la photo à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts visuels,  son coeur est resté en Alsace dans sa région natale et dans le Dreieckland où il revient souvent. « C’est une région fantastique, dans la même journée on passe la matinée à Mulhouse, l’après-midi on se promène en Allemagne et le soir on peut boire un pot à Bâle.  Le Dreieckland est un territoire sans discontinuité ».

 

JST_0564_052Franck Christen et Emmanuelle Walter

Initialement, Franck Christen voulait présenter des portraits du Dreieckland.  Il y a des types physiques assez caractéristiques des les trois pays du Dreieckland, dit il. Mais le temps a manqué et c’est un « portrait  chinois » qu’il nous a finalement proposé.

Dans ce « portrait chinois », on  retrouve des photos qui évoquent l’Alsace,  la Suisse et  l’Allemagne (images du Lac des Perches par exemple, du Rhin, de la Jungfrau, du Vitra Museum ). Franck Christen,  dans  une délicate et subtile série de photos d’arrangements floraux qui nous renvoient aux papiers peints et tapisseries du 19ème siècle dont l’Alsace avait fait sa spécialité, présente aussi un hommage à Adolphe Braun.   Dessinateur de motifs textiles et papiers peints, Braun a été un pionnier de la photographie  au milieu du 19ème siècle. Il a utilisé  les photos de fleurs pour reproduire des modèles destinés à l’industrie textile ou à l’impression sur étoffes à Mulhouse. Franck Christen nous rappelle ainsi le passé prestigieux de l’industrie textile aujourd’hui disparue, de même que celle  des papiers peints, qu’il  présente par des photos à  motif de capiton.

Hommage à Adolphe Braun

Mais que penser des photos de cèdres du Liban, ou d’un cours d’eau au Japon ? « La beauté est partout, dit Franck Christen, nul n’est besoin de voyager loin ; on la retrouve dans le Dreieckland  et dans son jardin« . Et il en fait la démonstration  en mettant en parallèle une photo du Rhin et d’un cours d’eau au Japon qui revêtent les mêmes tonalités de vert, profond et soyeux, dans une végétation luxuriante. « C’est la même couleur que celle du Lac des Perches à certaines heures de la journée » ajoute t-il. Quant au Liban, c’est une réplique du Dreieckland, « avec une superficie semblable et une grande  diversité culturelle« .  Les cèdres du Liban ne nous rappellent-ils pas aussi les forêts des Vosges et de la Forêt Noire ? Et pour boucler la boucle du « portrait chinois »,  il photographie en Forêt Noire sur fond de bardeaux de bois une petite fille née d’un couple allemand-libanais.

L’évocation du Dreieckland passe aussi par le souvenir de ses racines. La chèvre Pâquerette mangeant des cerises, c’est la chèvre de ses parents qui habitaient Heimsbrunn, près de Mulhouse. « Elle mange des cerises, elle avait 16 ans quand j’ai pris cette photo, je savais qu’elle était en fin de vie. Dans la peinture classique, tenir une cerise à la main est le symbole de la mort prochaine« .  La chèvre Pâquerette est le point de départ d’une série d’animaux qui s’achève avec une vanité et des poussins  morts .

Franck Christen, Pacquerette

Franck Christen a cherché à rapprocher parfois des univers monochromes  (comme cette photo de mer argentée dans une atmosphère vaporeuse et le velours vert d’un cours d’eau japonais) qu’on retrouve sous le regard scrutateur d’un hibou grand duc qui impose sa présence policière. Plus loin, les structures géométriques du Vitra Museum  avoisinent les mannequins empilés dans une vitrine, comme les vestiges d’une civilisation ancienne abandonnés dans des ruines. Et Franck Christen s’amuse de ces associations que font librement les visiteurs qui imaginent les lieux, les  scènes selon leur propre histoire. C’est aussi avec humour, (car il faut bien s’amuser, dit Franck Kristen, les yeux rieurs), qu’il présente Gisèle, sa chienne aux yeux implorants, à l’entrée de l’exposition, comme une collaboratrice fidèle, ou encore les 3 citrons sur un tissu du Liban. Encore une photo du Dreieckland?

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Le travail de Franck Christen continue avec la production de sérigraphies en hommage à Adolphe Braun en collaboration avec l’HEAR (Haute Ecole des Arts du Rhin) . Ce travail sera présenté lors du vernissage qui aura lieu le 26 novembre  à 20h30 en présence de l’artiste,  auquel vous êtes cordialement conviés. Des gâteaux typiques Alsaciens seront les bienvenus pour cette occasion, merci d’en apporter si c’est possible.

Les Amis de La Filature sont aussi les bienvenus  au Club Sandwich le jeudi 3 décembre de 12h30 à 13h40. C’est encore une occasion de découvrir ce que les images de Franck Christen nous disent sans légende ni sous titre et de rencontrer l’auteur des photos qui en parlera avec  simplicité et humour.

 

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SOIREE D’ECOUTE COMPARATIVE avec les Artisans du son

 

 

Le 23 janvier dernier, les Amis de la Filature ont inauguré une première soirée de partenariat avec les Artisans du Son, pour un moment d’écoute comparative. Suzanne Klein nous en fait un bref compte rendu.

Dans une superbe et étonnante maison ancienne située au 44 rue de l’Arsenal, à Mulhouse, nous avons été accueillis dans un salon d’écoute du 3ème étage. Nous avons ainsi appris que la maison comporte cinq étages et que chaque étage correspond à une qualité de matériel : plus on monte, plus le matériel est raffiné !

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Le matériel sophistiqué d’une qualité exceptionnelle des Artisans du Son a permis de percevoir les nuances subtiles de chacun des enregistrements. Les Artisans de Son ont choisi des enceintes neutres qui ne masquaient pas  les différences  entre les différents formats d’enregistrement: vinyle, numérique CD et studio, Mp3.

 

Notre hôte, Matthieu Rapp, nous a proposé une grille d’écoute en cinq points : dynamique, mélodie, timbre, volume, couleur et nous avons ensuite apprécié quatre extraits musicaux sur des supports différents, du vinyle à la très haute définition.

 

Si la qualité du vinyle a très spectaculairement remporté l’adhésion des participants, les échanges ont montré que les goûts et les préférences musicales sont très variables : une affaire d’oreille, certes, mais aussi une affaire de sensibilité personnelle toute subjective.

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A l’écoute des morceaux sélectionnés par Mathieu Rapp (à droite): Pink Floyd, Jazz, Classique et techno. Il y en a eu pour tous les goûts. Si le vinyle donne plus de relief à la musique classique, le numérique est plus adapté à la techno!

 

Grâce aux éclairages techniques et pratiques proposés par Matthieu Rapp et ses collègues, la rencontre a été très enrichissante pour tous. Les échanges informels se sont prolongés autour d’une collation fort agréable qui a terminé la soirée.

Visite technique de la Filature

Des dessous de scène au  gril*

(Les mots  en italique avec un astérisque désignent des termes spécifiques au théâtre et  renvoient au glossaire à la fin du texte)

Le noir absolu et le silence intégral : deux principes fondamentaux à respecter dans la conception d’un théâtre,  nous dit Henri- François Monnier, Directeur technique de la Filature. Ces principes ont bien été appliqués. Au sous-sol, dans les salles hébergeant les énormes machines  comme les chaufferies, les générateurs électriques, les souffleries, les équipements sont isolés du sol pour éviter les vibrations qui pourraient troubler le spectacle. La soufflerie est arrêtée avant les représentations, afin que l’air pulsé sous les sièges des spectateurs pour climatiser la salle ne vienne pas perturber l’écoute. Le noir, nous l’avons constaté, est présent partout dans les coulisses : sur les rideaux, le sol, les parois mobiles. Seules quelques flèches blanches au sol aident les acteurs à s’orienter dans le noir.

Silence absolu, mais aussi excellente acoustique étaient exigés par le cahier des charges dès la création de la Filature, car la Filature devait être un théâtre, mais aussi une salle de concert. C’est la raison pour laquelle les architectes ont choisi de tapisser la salle de granit, un matériau qui réfléchit le son et en réduit la réverbération.

Promenades en sous-sol : passés les locaux techniques encombrés d’impressionnantes machines, nous débouchons sous la scène. Nous découvrons les  rues * ; des panneaux escamotables y permettent les apparitions ou disparitions (avec des élévateurs), ou encore l’écoulement d’eau lorsque la mise en scène prévoit des torrents !

dessous de scene

          Les piliers soutenant le plateau et les rues 

Derrière la scène, accumulation de matériel électrique et d’éléments de décor qui peuvent être déchargés directement des camions sur une rampe de plain pied.  Les machinistes doivent  faire la salade *  avant de  planter* le décor.

Sur le plateau*, nous passons devant une servante.* Côté jardin* sont alignés des  câbles utilisés par les machinistes pour appuyer* ou charger* les décors. C’est une opération très délicate : les pièces en sont fixées aux cintres* qui doivent être équilibrés  manuellement par des contrepoids en fonte reliés à la mère de famille*. Environ 70 câbles actionnés par un fil* en chanvre permettent  de hisser les différents éléments, voire d’échapper* un décor. Pour un opéra, jusqu’à une semaine est nécessaire  et des tonnes de buses en fonte sont déplacées. Les mouvements des cintres au cours du spectacle restent essentiellement manuels ; ils ne sont pas informatisés,  le coût de l’automatisation étant trop élevé.

Sur scène, lorsqu’ils se déplacent, les comédiens vont à cour* ou à jardin* ; ils  descendent à la face* ou remontent au lointain*.  Les dimensions du cadre de scène peuvent être modifiées par le manteau d’Arlequin*.L’avant-scène ou proscénium possède un plancher mobile qui permet d’ouvrir ou de couvrir la fosse d’orchestre.

Au-dessus de la salle,  le plafond blanc est, chose surprenante, fait en stuc  et suspendu par des dizaines de câbles ! Pas de crainte qu’il ne tombe : ces câbles sont enrobés d’une gaine ignifugée qui les protège en cas d’incendie. Il faudrait des températures extrêmement élevées pour qu’ils subissent des dommages et que le plafond s’effondre.

Au dernier niveau atteint en ascenseur et à 22 mètres au-dessus de la scène,  nous atteignons le  gril*,  accessible par une passerelle*et  au travers duquel la scène est visible sous nos pieds. Pour ceux qui ont le vertige, le vide peut être impressionnant !

gril vue du gril

     Le gril   et   la scène vue du gril, 40 mètres au dessus

Au plafond du toit de la Filature, de grandes pommes d’arrosoir sont destinées à assurer le « déluge » : dernier recours en cas d’incendie pour inonder la scène. Mais soyez sans crainte, la sécurité est assurée par des contrôles fréquents des installations électriques, du chauffage et de la soufflerie par divers organismes. Les risques d’incendie généralisé sont évités par le rideau de fer isolant la salle de la scène, baissé en permanence sauf pendant les spectacles. En cas de panne d’électricité due à un incendie, un ondulateur et  les générateurs électriques  permettent de conserver l’éclairage essentiel  sur lieux de passage et de débloquer les ascenseurs.

La visite nous a convaincus que la Filature avait été bien conçue, tant pour les spectateurs que les musiciens, scénaristes, metteurs en scène et acteurs. Quelques petites erreurs de conception mineures au départ, comme l’absence de robinet pour le ménage (!),  ont été vite réparées. Mais le manque de place pour les loges des acteurs  et le rangement du matériel subsistent  et les parements verts* sur les  meubles des loges des acteurs sont toujours présents…

Encore merci à Monsieur Monnier qui nous a fait partager sa passion et  nous a retracé 20 ans d’expérience au sein de la Filature sans ménager son temps!

Glossaire :

Appuyer un décor : le faire monter du plateau dans les cintres.

Charger un décor : le faire descendre des cintres sur le plateau.

Cintre : [au singulier ou au pluriel] partie du théâtre au – dessus de la scène, comprenant les passerelles* et le gril* et  permettant d’échapper* les décors. C’est dans cet espace que les machinistes  meuvent et font descendre les divers accessoires (neige, éléments de décor …) nécessaires à la pièce.

Cour : côté gauche de la scène pour le comédien face au public par opposition au côté jardin.

Echapper un décor : le faire monter dans les cintres pour l’escamoter totalement.

Descendre à la face : pour le comédien, aller vers le devant de la scène (par opposition à : remonter au lointain) On descend à la face, la scène étant très légèrement inclinée vers le public pour offrir une meilleure vue.

Faire la salade : mettre dans le bon ordre d’installation les décors avant une représentation.

Fil : ce mot remplace  le mot « corde », considéré comme fatal par les comédiens. ( La seule corde présente dans un théâtre s’appelle la corde à piano. Nullement musicale, elle est faite d’acier de forte résistance pour servir de guide à un rideau). Cette superstition est directement importée de celle du milieu maritime, du fait qu’énormément de machinistes dans les théâtres étaient d’anciens marins pour lesquels le mot « corde » évoque celle du pendu… Les deux milieux (maritime et artistique) étant assez superstitieux l’échange s’est fait facilement.

Jardin : pour le comédien face au spectateur,   côté droit de la scène par opposition au côté gauche, appelé cour.

Manteau d’Arlequin : encadrement en draperie traditionnellement rouge ou noire légèrement en retrait du cadre et du rideau de scène et permettant de modifier l’ouverture et la hauteur de la scène

Mère de famille : contrepoids principal.

Passerelle : plancher aérien à claire-voie, d’environ 1 mètre de large, accroché le long des murs de la cage de scène.

Planter : Mettre en place sur le plateau les divers éléments d’un décor, en suivant le plan : la  « plantation ».

Plateau : ensemble du plancher de la scène et des  coulisses.

Remonter au lointain : (voir descendre à face)

Rues : rangées de carrés de bois démontables constituant le plancher du plateau, soutenus par des armées de piliers.

 Servante : baladeuse de sécurité utilisée quand le plateau est plongé dans le noir.

Vert : couleur maudite pour les comédiens. 3 explications sont possibles : Autrefois, l’éclairage de la scène mettait mal en valeur les habits de cette couleur ; les comédiens portant cette couleur se sentaient donc dévalorisés. D’autre part,  Molière serait mort en jouant le Malade imaginaire dans un costume de scène vert. Enfin,  pour teindre les vêtements en vert, on utilisait autrefois de l’oxyde de cuivre, très toxique.

voir  plan de cage de scène et emplacements sur scène

Visite de l’exposition Courbet à Beyeler

 

Une visite des Amis de la Filature sous le signe de » l’Origine du monde »

Les amis de la Filature se sont rendus à une visite guidée de l’exposition Courbet à la Fondation Beyeler.

 

origine du monde

L’alpha et l’oméga de l’œuvre de Courbet résident-ils dans le tableau « L’origine du monde » ?

C’est ce qu’on pourrait croire au vu de l’accrochage des tableaux qu’a choisi le commissaire de l’exposition.

Au centre de l’exposition, trois salles qui nous guident vers ce tableau désormais célèbre. La première présente des jeunes filles nues à la rivière, charmantes figures de jeunes filles s’ébattant au bord de cours d’eau, de grottes ou de lacs. La femme, médiatrice entre l’eau de source et la végétation, incarne la fécondité, l’initiation et la sexualité En fait, l’érotisme de ces tableaux est assez discret, car les jeunes filles ne présentent pas une silhouette gracieuse, mais au contraire des formes assez lourdes et disproportionnées. (suite…)

Avant première de l’exposition » Comme un seul Homme »

 

 

L’avant première de l’exposition « Comme un seul homme »  a donné aux Amis de la Filature l’occasion de rencontrer Denis Darzacq qui a présenté ce travail réalisé avec les élèves du Lycée Montaigne de Mulhouse.

Comme un seul homme, les  soldats Allemands, Français et Anglais de la guerre 14-18 ont écrit leur terreur des combats, la peur de mourir, leur  amour pour leur proches. Sur les champs de bataille, les  jeunes du Lycée Montaigne, avec les morts  présents sous leurs pieds, ont lu des lettres de soldats. Ils ont choisi le texte et l’ont interprété  de façon personnelle, soit avec émotion, soit de façon plus théâtrale, soit avec distanciation. Les photos prises sur les champs de bataille, ni anecdotiques ni documentaires, laissent au spectateur la liberté d’imaginer le passé, avec en fond sonore les lettres des soldats  lues par les lycéens. Les hommes disparus sont évoqués au travers de  photos portraits  d’arbres, fragiles, robustes, blessés,ou torturés.

Voir aussi l’excellent  blog de La dilettante

 

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La vidéo accompagnant l’exposition présente les lettres des soldats dites par les lycéens.

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Denis Darzacq présente son travail réalisé avec les élèves du lycée Montaigne

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Une évocation du passé

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Les Amis de la Filature attentifs