Christo et Jeanne-Claude à la Fondation Würth

On connait bien les emballages de Christo, notamment les emballages du Pont Neuf à Paris et des arbres de la Fondation Beyeler. Mais on connaît moins le processus créatif qui permet de telles réalisations. C’est tout l’intérêt de l’exposition de la Fondation Würth à Erstein.

La visite guidée organisée par les Amis de La Filature a permis de découvrir comment travaillaient Christo et sa compagne, Jeanne-Claude, qui l’a accompagné toute sa vie. L’exposition devait être une rétrospective, mais c’est aujourd’hui un hommage qu’on rend à Christo depuis sa mort en mai dernier.

« Le dessin est le chemin vers le réel « 

L’accent de l’exposition est mis sur les dessins préparatoires de l’artiste, tous issus de la collection personnelle de Reinhold Würth. Celui-ci était un ami de longue date de Christo, un des premiers à reconnaître son talent. Il a ainsi acquis un grand nombre d’oeuvres que l’on peut voir aujourd’hui à Erstein. Ces dessins préparatoires révèlent tout le talent de dessinateur de Christo. De loin, ils donnent l’illusion de photographies, mais de près, on découvre un coup de crayon magistral. Ces dessins témoignent du soin apporté par Christo à préparer les projets, avec des plans précis, des photos. Christo a fait l’Ecole des Beaux Arts, mais il a dû aussi s’initier à l’architecture. Son influence est fortement présente dans ses dessins, avec des vues des projets représentés sous des angles variés, des lignes qui semblent simuler des pliures d’un plan d’architecte, des encarts illustrant des détails, des cotes précises. Sans ces nombreux dessins préparatoires, Christo n’aurait jamais pu réaliser les projets qui ont fait sa notoriété. En effet, les dessins étaient sa source de financement, car ils étaient vendus à de riches collectionneurs avant de mettre en oeuvre concrètement les projets. Christo a souhaité rester indépendant financièrement toute sa vie, sans mécène, et sans adhérer à aucun mouvement artistique établi.

« Il faut bien l’avouer, nous adorions la négociation « 

Il fallait aussi convaincre pour obtenir l’autorisation de réaliser ses projets. Ainsi, à Paris, c’est Chirac qui a donné le feu vert à l’emballage du Pont Neuf après de longues discussions, et non sans la pression d’autres hommes politiques haut placés, Jack Lang et Laurent Fabius, alors respectivement ministre de la culture et premier ministre. La négociation faisait partie intégrante du processus créatif, négociation menée à tous les niveaux : les bureaux d’étude, les ingénieurs, les riverains des sites où ils devaient être implantés et les politiques. C’est ici qu’intervenait sa compagne Jeanne-Claude, cheville ouvrière pour la réalisation des projets. Ceux-ci mûrissaient lentement et prenaient plusieurs années avant de voir le jour. Nombre de projets n’ont pu être réalisés faute des autorisations nécessaires. Quand ils voyaient le jour, c’était de façon éphémère, en place pendant deux semaines seulement, car, disait Christo, on se souvient mieux des visions fugitives ; la répétition efface les images.

Tout l’intérêt des emballages réside dans le choix des textiles utilisés et dans le drapé qui devait habiller le monument, en faisant ressortir sa silhouette et en l’épurant des détails inutiles. A cet égard, l’emballage du Reichstag à Berlin, dont on peut voir à Erstein une gigantesque maquette, illustre parfaitement le concept. L’idée de l’habillage des monuments serait née à Christo en pensant à Rodin. Rodin ne sachant comment représenter le corps de Balzac dont la statue avait été commandée, aurait jeté négligemment une robe de chambre sur une ébauche représentant l’écrivain nu. Le corps drapé, ainsi soulagé de son aspect massif, est devenu l’objet essentiel de la sculpture. De la même façon, les emballages de Christo redonnent forme et élégance à de lourds monuments, les mettent en valeur dans leur habillage orné de plis capturant la lumière.

« Nous cherchions d’abord l’expérience du réel « 

Un autre aspect de l’oeuvre de Christo réside dans ses installations environnementales, moins connues mais pourtant magnifiques. Il s’agit alors d’habiller la nature pour la rendre encore plus belle.

On peut s’émerveiller devant les réalisations faites en Italie au lac d’Iseo, avec des passerelles dorées flottant sur l’eau bleue du lac pour relier et encercler l’île;

Disparition de Christo, l'artiste qui a emballé le monde | Magazine Barnebys

ou en Californie avec « running fence », cette toile de 40 km de long qui flotte au- dessus du sol pour plonger dans la mer. 42 mois de préparation, 18 audiences publiques, trois sessions à la Cour Supérieure de Californie et un rapport environnemental de 450 pages. C’est ce qu’il a fallu pour que cette œuvre monumentale – une clôture en nylon de 5,5 mètres de haut et 39,4 kilomètres de long – voie le jour à Bodega Bay, telle une immense voile de bateau gonflée par le vent;

ou « surrounded islands à Miami : 603 870 m2 de tissu en polypropylène rose qui flottent autour de ces 11 îles inhabitées de Floride ;

Christo et Jeanne-Claude transforment les paysages - Easyvoyage

ou « Parasol Bridge » :  3 100 parapluies répartis sur une surface de 50 km de long ! Pour réaliser cette installation éphémère grandiose, 1 800 personnes se sont attelées à planter des parasols jaunes et bleus présents simultanément dans deux vallées situées l’une au nord de Los Angeles et l’autre près de Tokyo.

On peut retrouver de belles illustrations de ces projets sur « Arts in the city« 

Christo ne verra pas son dernier emballage, l’Arc de triomphe à Paris. Il est prévu pour 2021….

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