UNE HACHE POUR BRISER LA MER GELÉE EN NOUS

D’après Feydeau

Par Grégoire Strecker

À 33 ans, Grégoire Strecker met en scène ce Feydeau dans une version contemporaine et porte, non sans rire, un regard aigu sur les travers de notre société.

Les pièces de Feydeau peuvent se vivre comme des attaques. Avec l’œil aiguisé d’un photographe, il dresse le portrait de son époque qui court distraitement vers la Première Guerre mondiale, non pas pour en extraire un discours, mais pour tout mettre à mort. Il n’y a pas de philosophie ou de poésie chez Feydeau, mais l’exposition d’un vide autour duquel tout s’organise. Feydeau/Une hache pour briser la mer gelée en nous est une adaptation-transposition de Occupe-toi d’Amélie, pièce jouée en 1908. Amélie est une cocotte — une «escort» dirait-on aujourd’hui — une ancienne bonne qui veut briller, un personnage caméléon qui se transforme pour se conformer au désir des autres. Plutôt que d’actualiser la pièce et de modifier son écriture, le travail de l’auteure Noëlle Renaude vise ici à créer une sorte d’augmentation de notre réalité contemporaine, afin de se débarrasser du folklore de ce début du xxe siècle. Feydeau, c’est avant tout une écriture nerveuse, logique, pulsionnelle, dans laquelle les acteurs sont lâchés comme dans une arène. Dans une pièce de Feydeau, les mensonges construisent des dédales, des échafaudages de fictions, où chaque acteur entre dans un face-à-face impitoyable avec le public. Qui va finalement tirer parti de ce jeu dangereux dont la seule visée semble être le rire ? Après C’est seulement que je ne veux rien y perdre – La Dispute de Marivaux, le jeune metteur en scène Grégoire Strecker poursuit sa rencontre avec des auteurs qui permettent une «liberté de corps», cette liberté qui encourage le passage à l’action.

Feydeau dresse le portrait d’une époque qui court vers la Première guerre mondiale. Il n’y a pas de philosophie ou de poésie chez lui, mais l’exposition d’un vide autour duquel tout s’organise. C’est une écriture nerveuse, logique, pulsionnelle, dans laquelle les acteurs sont lâchés comme dans une arène. Après C’est seulement que je ne veux rien y perdre / La Dispute de Marivaux, Grégoire Strecker poursuit sa rencontre avec des auteurs qui permettent une « liberté de corps » qui encourage le passage à l’action. Pour cette création, il retrouve Noëlle Renaude, qui vise à créer une sorte d’augmentation de notre réalité contemporaine, afin de se débarrasser du folklore de ce début du XXe siècle.

D’après les propos de Marion Siéfert.

GRÉGOIRE STRECKER

Né en 1984, Grégoire Strecker se forme au conservatoire de Strasbourg dans la classe de J. Bachelier, à partir de 2000, tout en intégrant la compagnie La Mesnie H, où il joue divers rôles. Parallèlement, il étudie à l’université les lettres modernes. En 2007, il intègre la compagnie Luc Amoros, où il joue le rôle titre dans L’éternel tournage (les festivals in de rue). A partir de 2009, il assure les mises en scènes au sein de la Cie Champ 719 : Des couteaux dans les poules de D. Harrower au Festival Impatience au Théâtre de L’Odéon, Intérieur à Anis Gras, Fiction d’hiver de Noëlle Renaude à L’Aquarium, C’EST SEULEMENT QUE JE NE VEUX RIEN PERDRE / La Dispute de Marivaux au Centquatre et au Studio Théâtre de Vitry. Dans le même temps, il donne des cours amateurs pour adultes et enfants et il joue dans L-M Amour de jeunesse de Mia Hansen Love, Les rêves de Margueritte de Xavier Gianolli.