Grensgeval : une analyse chorale des critiques

Grensgeval est une spectacle déroutant qui interroge sur l’immigration.

De nombreuses analyses critiques ont été publiées. Ces critiques sont résumées ici sous forme d’une analyse chorale regroupant les citations  traitant d’un même aspect de la scénographie. Il en ressort une analyse très riche de ce spectacle froid et distancié qui ne révèle pas immédiatement tout son intérêt.

On pourra retrouver ces critiques provenant de « Mon Tétras-lyre, le Parafe, l’Alchimie du Verbe, ThéâToile, L’Insensé » sur le site de Espaces critiques, ainsi que  Libération et Télérama. On retiendra en particulier celle de Chloé Larmet, très riche.

Adaptation d’un texte ou ré-interprétation?

Guy Cassiers, qui entretient une relation particulière à la littérature par la pratique de l’adaptation notamment, invoque bien une œuvre dans Grensgeval. Il s’appuie sur un texte de l’auteure autrichienne Elfriede Jelinek, Les Suppliants. Dans cette œuvre, qu’elle inscrit sous le patronage de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, qui déjà posait la question de l’accueil des étrangers, elle tente de rendre compte de la situation des migrants et des Européens en la mettant en perspective avec de multiplies références historiques et culturelles.

Que fallait-il regarder, écouter, lire?

Le spectateur est sommé de choisir ce qu’il regarde du fait de la diffraction de la perspective, entre les danseurs, les comédiens, l’image des comédiens filmés, et les surtitres du texte qu’ils articulent. Impossible d’embrasser toutes les composantes de la scène, même au prix de mouvements rapides de l’œil. Les artistes mettent d’entrée de jeu le public au pied du mur, et l’obligent à choisir, et ainsi à se demander qui regarder. De même, la difficile articulation de l’image, des sons et du texte que l’on lit invite à prendre conscience de notre attitude face à la complexité, de l’attention qu’on est prêts à lui porter pour la saisir et de la sensibilité qu’on lui accorde, même quand elle est éprouvée. La question qu’approchent Cassiers et Le Pladec est aussitôt soulevée : il ne s’agit pas tant d’attirer le regard sur les réfugiés, de sensibiliser à leur sort, que d’interroger notre regard, notre attitude à leur égard.

La fragmentation du texte, l’impossibilité de le saisir dans son entièreté et de percevoir en même temps le plateau est aussi une chance. Pas uniquement parce qu’elle protège le spectateur du piège de la culpabilité et de l’accusation frontale, mais parce qu’elle laisse aux propos leur part d’implicite et de mystère, comme lorsqu’on discute avec quelqu’un dont on ne parle pas la langue et que les malentendus sont fondateurs.

Que nous dit le texte?

  • Au début du spectacle

Le texte s’apparente à une suite de constats, de questions, de remarques, qui ne s’organisent pas selon une continuité qui rend indispensable de les saisir tous.

Maintenu à distance par la barrière de la langue, le texte paraît dépouillé, désancré, défait de tout ce qu’il a de trop concret, de trop subjectif, de trop singularisant.

C’est un flot de paroles pour nous montrer des personnages qui n’avancent jamais et qui sont condamnés à une errance sans fin, une traversée sans mythes et sans aventures

Excessive parole qui mêle les adresses : vous/nous/ils  s’entremêlent de sorte que l’on ne sait plus qui parle à qui, qui parle au nom de qui et de qui

  • A la fin du spectacle

La modalité dominante du discours est la prière – prière non au sens religieux, mais comme vœu formulé en toute humilité, chargé d’impuissance

Cette prière n’est pas politique. Le propos étant décontextualisé, délivré de tout chiffre qui assène, tout argument paraît obsolète, toute réserve inconcevable

 

Le jeu des acteurs : que penser de  la lecture du texte sur un ton monocorde par les 4 acteurs assis autour de la table?

Les comédiens se présentent davantage comme des commentateurs, des récitants

Ils prennent la parole à la place de ceux qui sont sur les eaux

La voix décuplée, répartie entre plusieurs corps, est déchargée de toute autorité. Le point de vue s’élevant n’étant pas celui d’un réfugié, la question de sa légitimité se pose de fait

Aucun trait ne vient distinguer les comédiens entre eux, ne reste plus qu’une parole chorale… ménageant le caractère indéfini de l’origine de la parole

Leurs voix surgissent dissociées des corps, si bien que cette polyphonie est tout autant la nôtre que la leur, ce sont nos voix mentales

le détachement de ces voix est peut-être celui de déjà-morts, qui continuent de suivre les suites du drame qui les a condamnés, ou d’anges qui expriment de la compassion et de la bienveillance

La perspective distanciée ramène à l’évidence – la simple évidence de la non-assistance à personne en danger

Qui sont ces visages projetés sur l’écran dans la première partie du spectacle? Que représentent-ils?

Leur image (celles des récitants assis autour de la table) apparaissant sur écran géant en fond de scène, dédoublée, se confond avant de se disjoindre, tels les migrants aux deux pays, la terre d’origine et la terre d’accueil.

Le rapprochement et les effets de montage font des comédiens des dieux, tantôt vivants tantôt figés en statues, en position de surplomb sur la scène et les corps des réfugiés que figurent les danseurs. Ils lancent des regards divins vers les danseurs allongés au sol .

Ce sont peut-être des dieux, d’une génération cette fois immémoriale, ces dieux grecs auxquels il a fallu qu’Agamemnon sacrifie sa fille Iphigénie afin que les vents soient favorables et que ses troupes embarquent vers Troie pour y mener une guerre absurde. Iphigénie, ce serait en l’occurrence une petite fille qui dessine, à moitié asphyxiée par le moteur défectueux d’une embarcation de fortune, surchargée, vouée au naufrage.

Les comédiens prennent l’apparence de réfugiés eux aussi, qui expriment de l’inquiétude lorsque le moteur de leur bateau lâche, lorsque les vivres manquent ou qu’il faut se détacher de toutes les affaires emportées

Les gros plan avec un dédoublement rappellent les images en tache d’encre utilisées en psychanalyse

Ils semblent observer et commenter, et même ordonner, ce qui se passe en bas

La dignité des corps migrants  peine à s’imposer  tant les écrasent ces visages en gros plans

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Quelle représentation des immigrés nous donne la troupe de danseurs?

Ils sont chaussés de baskets hip-hop et revêtus de toges noires

Ils forment une masse indistincte, impénétrable. Ni leur âge, ni la couleur de leur peau, ni leurs silhouettes – floutées par des couches de vêtements, qui atténuent également les différences de genre – ne permet de les identifier, d’en isoler un parmi eux

Tout n’est que noirceur, et la lumière traverse difficilement les corps dans de telles abysses

Ce sont des corps qu’on ne compte pas, ils font masse, pris au kilo

Les corps ne sont plus que des formes, un amas de chair humaine, sans identité propre

Ces migrants au dos courbés n’ont pas encore acquis de singularité, ils ne sont qu’une masse mouvante anonyme dans l’obscurité que les regards, comme la parole, écrasent

Les personnages  figurent l’incertain et l’inquiétude

Une multitude d’écrans de dimensions variées apparaît dans la deuxième partie du spectacle. Que traduisent-ils?

Un patchwork d’écrans  sature  le regard avec une quantité d’images.  L’abondance dit là encore la difficile coexistence de tous les médias, qui diffractent les regards en prétendant à l’exhaustivité, dispersent l’attention, détournent de l’essentiel. Tous ces foyers interpellent, voire hypnotisent

Des images disparates d’informations forment  un flux illisible qui interroge de manière pertinente les limites du regard que l’on porte sur le drame politique et humain et l’impuissance à réellement montrer la souffrance et susciter la compassion

Les écrans diffusent ces images qui tournent en boucle depuis le début de cette « crise migratoire » sans que jamais un visage ou un corps – un individu en définitive – puisse être distingué ou reconnu

Cherchant à rejouer ce « trop-plein d’images et d’informations » qui caractérise la société contemporaine, le metteur en scène multiplie les points de vue sans jamais en choisir aucun

C’est la « conquête du monde par images ». Les yeux rivés sur ces fenêtres ouvertes sur une réalité qui nous dépasse, nous confrontons notre regard sur ce drame, à la fois humain et politique, sans réellement en saisir toute la portée

La congrégation d’écrans qui donnent à voir notre espace monde signifie que le monde s’abandonne à tous les artifices sauf à la compassion et à l’amour, et qu’il ne saurait se sacrifier davantage

On pense aussi aux écrans de surveillance disposés dans les gares, métros et grandes surfaces, un peu partout dans la ville

Image associée

La « chorégraphie »

La chorégraphe Maud Le Pladec s’est longtemps posé la question de la représentation, pour ce texte qui «n’appelle pas à la danse», dit-elle, mais invite à la «physicalité». » Impossible d’imaginer une chorégraphie aérienne, avec des sauts. Impossible également de l’axer sur la virtuosité. »

Mouvements et  déplacements sont puisés à la source d’une respiration intense et urgente

C’est une intense chorégraphie de la douleur et de l’espérance

  • Première partie

Comme un seul homme, les danseurs tissent une chorégraphie lente à partir des planches de bois d’un navire déjà disloqué, sous lesquels ils se noient, auxquels ils se rattrapent, ou qui se balancent sur leurs hanches aquatiques. Ils esquissent les contours d’un nouveau Radeau de la Méduse, avant de délaisser les planches et de ne plus laisser entrevoir que la mer, le balancement de ses vagues, ou les rames qui luttent contre ses courants – jusqu’à ce que les corps tombent, s’amoncellent, se répandent, et grouillent. Les mouvements de masse qui grandissent et se métamorphosent imperceptiblement en continu constituent une nappe corporelle qui entre en résonance avec les lambeaux de phrases que l’on saisit au vol quand on détache notre regard de cette chimère à seize têtes pour le porter sur les panneaux de surtitres ou les comédiens qui les prononcent.

Les corps sont enlacés sous des poutres de bois noircis. Dans une chorégraphie lente et délicate, ces radeaux de fortune se placent en équilibre sur leurs corps meurtris : dos, tête, bras…

Les corps, dont les mouvements lents luttent avec précaution contre la houle d’une mer froide et noire, peinent à atteindre l’équilibre

Chacun doit porter sa croix, affronter un calvaire

  • Deuxième partie

Leurs premiers mots sont  ceux d’un souffle haletant qui lutte pour trouver une dignité sous le poids des regards divins

La respiration des danseurs est de plus en plus saccadée. Ils respirent autour d’eux ce qu’il reste d’air, dans l’onde menaçante qui les traversent

Les danseurs se relèvent et entament une danse débridée sur une musique électronique de boîte de nuit, comme s’il s’agissait de se déchaîner soudain, de réaffirmer la capacité à se mouvoir de ces corps auparavant rampants. Tout en dansant, certains sortent leurs téléphones et se prennent en photo. Opposition entre les images anonymes des médias et ces téléphones qui contiennent des vies entières, seuls témoins des personnes quittées, perdues, tuées. « Attention, la dignité humaine arrive, la voilà ! »

Les corps des danseurs et des acteurs se mêlent sans pour autant se confondre.  Les acteurs dansent, eux-aussi, mais sans se défaire d’une désynchronisation qui les maintient à l’écart de ces corps de migrants

Les danseurs fixent toujours un point fixe et invisible devant eux, un point de fuite situé non pas derrière les spectateurs mais de côté de sorte que l’on ne croise pas leurs regards

Des corps qui, enfin, se mêlent : acteurs et danseurs se croisent, s’agglutinent parfois comme lorsque Kateljine Damen se tient face au public, à l’avant-scène, et que les corps des migrants s’entassent à ses pieds, tels des corps agonisants, suppliants, puis des cadavres encore animés de quelques spasmes. Et pourtant, elle reste droite

  • troisième partie

Les interactions croissantes des comédiens et des danseurs diluent la dichotomie première et offrent l’image d’une possible cohabitation

En conclusion

Cette analyse chorale ne prétend pas apporter un jugement sur la sélection du texte effectué par Guy Cassiers à partir « Des Suppliantes« , ni sur l’esthétique  de la mise en scène, ni sur la  prise de position politique qui découle de cette représentation. On n’est pas obligé d’adhérer aux propos qui vantent la fragmentation du spectacle liée à la difficulté de lire les surtitres et de regarder la scène.

Certains ont reproché une représentation esthétisante « cruellement lisse, sans accrocs, sans relief « :

« Tout se présente comme une succession d’images méticuleusement soignées, travaillées, ciselées, éclairées de manière à rendre une beauté qui est aux antipodes du texte, lequel, lui, relaie la laideur inhérente au non engagement. »

ainsi qu’une certaine « ambiguïté  liée au montage du texte« :

« La frontalité passe par ceux qui sont visibles et ceux qui ne le sont pas, ceux qui parlent et ceux qui ne parlent pas, ceux qui pensent et ceux que l’on n’entend pas »

« Jamais les migrants n’auront la possibilité d’être présents autrement que comme des corps ballotés . Oui, on pourrait penser que c’est une façon de ne pas rendre la parole aux / des migrants : mais Cassiers n’a pas ce même scrupule quant aux corps qu’il leur donne. Purs corps, pure matière, purs objets de contemplation arrachés au logos, ces êtres dérivent sur le plateau comme dans le préjugé occidental qui les constituent comme des individus mineurs, des enfants (« in-fans » : celui qui ne parle pas). »

« A certains endroits de la mise en scène, ce qui est dit semble relever d’un commentaire pour le moins nauséabond sur ce qui se passe là, dans le mouvement d’exil qui voit arriver « l’étranger » »

 

A chacun son opinion. N’hésitez pas à vous exprimer en ajoutant vos commentaires!

 

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La Filature au collège avec Florent Fichot

Chaque année, La Filature scène nationale engage des actions culturelles en direction de divers publics et, en particulier, les jeunes  des collèges. A cet effet, elle a invité Florent Fichot, comédien, à intervenir dans des collèges de la région mulhousienne.

Nous avons eu l’occasion de présenter son travail dans un article précédent. Les Amis de La Filature ont aussi eu aussi le plaisir  d’apprécier son spectacle intitulé « Assis!, Debout!, Couché!…. Sautez » en mars 2016.

Florent Fichot anime son atelier autour des thèmes de l’engagement et de l’expression orale.  Les collégiens participent à cet atelier en identifiant un thème d’engagement qui les motive particulièrement et en recherchant avec un enseignant un texte  qui peut l’illustrer. Il faut encore pouvoir le communiquer efficacement.  C’est ici qu’intervient le spectacle  « Assis!, Debout!, Couché! » présenté aux collégiens dès la première séance par Florent.

Une fois le texte sélectionné, les collégiens travaillent en groupes pour mettre en scène leur message et le présenter collectivement. Il s’agit d’apprendre à le scander de façon claire, convaincante et intelligible.  La prise de parole en public n’est pas innée!

Entretien avec Florent Fichot

Florent, quels sont les thèmes que les collégiens ont le plus souvent retenus ?

Dans le cadre de ce projet intitulé : « Oralité et Engagement. Pourquoi prendre la parole en public ? » que nous avons mené depuis 2015 dans 8 collèges de la région, certains thèmes ont été systématiquement abordés par les élèves :

  • dénonciation du racisme et de toutes formes de discriminations,
  • dénonciation des maltraitances (violences faites aux femmes, aux enfants et… aux animaux),
  • dénonciation du harcèlement scolaire,
  • dénonciation des guerres, du terrorisme et du fanatisme,
  • dénonciation des inégalités (riches/pauvres) en France et dans le monde.
  • lutte contre la pollution,

Certains groupes d’élèves  choisissent des thèmes beaucoup plus larges et philosophiques comme ‘’La Liberté’’ ou ‘’L’Indifférence’’, inspirés par le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! » qui les aborde.

Y-a-t il des thèmes nouveaux qui sont apparus cette année?  Sont-ils inspirés par l’actualité?

Cette année nous avons eu un groupe qui dénonce la qualité de la cuisine à la cantine scolaire, avec un texte et une mise en scène assez humoristiques.

Plusieurs groupes ont également lancé des débats autour de la problématique de l’addiction aux jeux vidéo, aux smartphones et aux écrans en général. C’était la première fois et cela a donné lieu à des discussions et des présentations très riches : entre fascination pour ces médias, humour et conscience qu’il y a là une thématique très actuelle et sensible pour nous tous.

Un élève également a profité d’un constat sur les différentes origines dans sa classe pour proposer une thématique sur les relations entre les Kurdes et Turcs. Je suis très heureux quand les élèves apportent ce genre de sujets, je trouve qu’ils relèvent vraiment le défi que je leur lance : défendre en public un engagement qui leur est cher et personnel.

Les ateliers se font en collaboration avec un enseignant. Quelle participation attends- tu de l’enseignant?

J’attends beaucoup de choses de l’enseignant : à la fois qu’il m’aide à cadrer le groupe, mais aussi qu’il profite de l’activité pour participer (aux échauffements par exemple) et créer un rapport peut-être plus horizontal avec les élèves.

Mis à part mes temps de présence, le rôle de l’enseignant est primordial dans la réussite de ce parcours « Oralité et Engagement ». Les séances étant espacées d’un mois, c’est lui qui maintient le fil rouge, qui mobilise les élèves, qui aide les groupes à se constituer et à se documenter, qui s’assure qu’ils restent en recherche de thèmes, de textes, d’idées de mise en scène. Le projet ne pourrait pas aboutir si l’enseignant ne dégageait pas de temps supplémentaire avec les élèves en dehors de nos séances pour prolonger le travail.

Je suis également toujours accompagné par une personne chargée des relations avec les publics de La Filature et c’est très agréable. A la fois pour gérer les petits groupes qui travaillent en autonomie dans la même séance (nous sommes alors 3 adultes à tourner entre les groupes pour les aider), pour le côté organisationnel et relationnel avec les établissements et les professeurs, mais aussi pour débriefer à chaque fin de séance. C’est très important pour moi, ça me permet de me sentir moins seul dans la démarche, de corriger le tir si nécessaire et de rester en questionnement sur mon travail. Les responsables des relations publiques de La Filature sont formidables pour ça, je les aime beaucoup.

Comment arrives- tu à surmonter les blocages qui empêchent souvent les jeunes de s’exprimer en public?

C’est tout l’objet de l’atelier. J’avoue qu’avec si peu de temps je suis un peu obligé de passer en force. Ça ne veut pas dire que je les oblige, mais j’essaie de ne pas trop sacraliser l’objectif d’une représentation en public, j’en parle très peu lors de nos séance, je préfère rester concret, parler technique et mettre tout le monde dans le même bateau : on le fait et on ne se pose pas trop de question.

Quand un élève exprime un refus de monter sur scène, j’essaie de lui donner un autre rôle, plus proche de celui du metteur en scène qui aide ses camarades. Souvent en voyant les autres faire, il se rend compte qu’il en est capable également et réintègre le groupe des acteurs naturellement.

On passe également par beaucoup d’exercices assez basiques : un échauffement corporel, un exercice de projection de la voix et la consigne de relever les yeux de la feuille pour s’adresser à quelqu’un lors de la lecture. C’est ce que je veux dire quand je dis que je reste concret, ils ont des consignes claires et simple : parler fort, lever les yeux vers le public… et rester debout ! Ça permet souvent de surmonter les blocages.

Au terme de 4 séances de 2 heures chacune, un spectacle est présenté à la famille et aux camarades.  C’est une  lecture collective des textes qui ont été sélectionnés par chacun des groupes.

Les photos ci-dessous illustrent la présentation au collège d’Hirsingue.

Florent Fichot et une élève du collège de Hirsingue lors de la restitution des ateliers en présence du public

Peux- tu dresser un bilan de tes interventions au sein de La Filature? Quels sont les projets pour les mois à venir?

Depuis Novembre 2015, je suis  intervenu dans 8 collèges pour 16 classes : Le Collège Sainte Marie de Ribeauvillé, le Collège François Villon de Mulhouse, le Collège Schweitzer de Colmar, le Collège Nathan Katz de Burnhaupt le Haut, le Collège Charles Peggy de Wittelsheim, le Collège Marcel Pagnol de Wittenheim, le Collège Victor Schoelcher d’Ensisheim, le collège JP de Dadelsen de Hirsingue.

En Novembre 2017, je vais retrouver une dernière fois La Filature autour du projet « Oralité et Engagement / Pourquoi prendre le parole en public ? » que nous mènerons à la Maison d’arrêt de Mulhouse. Nous avons déjà travaillé  à 6 reprises avec des structures pénitentiaires ou judiciaires : La Maison d’Arrêt de Mulhouse (deux fois), La Maison d’Arrêt de Colmar (deux fois),  La Maison Centrale d’Ensisheim,  L’UEAJ et Le Centre Educatif  Fermé de Mulhouse.

Ces actions ont été mises sur pied par Anne-Sophie Buchholzer et  Clémentine Chéronnet avec l’aide de Héloïse Erhard, Anca Eiblib et Manon Burstert que je remercie chaleureusement.

J’ai joué 14 fois le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! » écrit par Grégoire Courtois et mené des dizaines de séance de débat, de lecture, de mise en scène… C’est une aventure formidable qui m’a permis de donner corps pendant deux ans au manifeste de la Compagnie GRIME et Concocte :

« Nous cherchons, à travers chacune de nos propositions, à tisser un lien empreint de générosité avec le public. Que ce soit sur scène ou à l’occasion de représentations de Théâtre Tout Terrain, nous défendons une certaine énergie populaire couplée à l’exigence d’une forme et d’un propos. Nous voulons parler du monde qui nous entoure, nous voulons grandir au contact des autres, nous voulons œuvrer concrètement et collectivement pour que le théâtre soit un moyen d’action. »

Ce grand projet à Mulhouse m’a également permis de rencontrer Les Amis de La Filature qui ont invité le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! Sautez !» en Mars 2016 et que nous retrouverons le Vendredi 17 Novembre 2017 à 19h à La Filature pour un autre spectacle: LA CRISE EST FINIE ! Un siècle de chansons engagées, a capella, à deux voix et à vélo ! C’est également une belle rencontre !

 

(A noter que LA CRISE EST FINIE ! sera joué Le jeudi 16 Novembre au Centre Social et Culturel Papin de Mulhouse.)

 

 

 

 

 

Danse : saison 2017/2018

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Tutu

Celles qui me traversent

Animaux de béance

Sunny

Nouvelles pièces courtes

Métamorphose

Kalakuta Republik

Images

El Baile

Oscyl

Monkey Mind

Tordre

Crowd

 

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Théâtre: saison 2017-2018

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(Spectacles classés par ordre alphabétique)

2147, et si l’Afrique disparaissait?

A Vif

Europe Connexion

Emma mort, même pas peur

Fight night

Grensgeval/Borderline 

Je suis un pays (comédie tragique et burlesque de notre jeunesse passée)

Je n’ai pas encore commencé à vivre

Je parle à un ami qui ne tient pas en place

L’abattage rituel

L’amour et les forêts

La divine comédie

La Vase

Neige

Nichlass (pièce sans personne)

Une hache pour briser la mer gelée en nous

Werther

X-Adra

Zig Zig

 

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Présentation minute autour de Faust et « Angelus Novus Antifaust »

 1 – Avant d’être un mythe, FAUST est une figure emblématique de la Renaissance

Cette figure exprime les tensions intellectuelles et les bouleversements spirituels tout autant que les audaces manifestées par certains auteurs majeurs du temps de l’ Humanisme et de la Renaissance : Marcile  Ficin, Erasme, Machiavel ou Luther pour ne citer que les plus connus.

La biographie de Faust

Faust serait né en Allemagne en 1480, contemporain de Luther, avec le même type de situation sociale que Luther. Ses parents, des paysans aisés,  se préoccupent de son ascension sociale et de sa formation intellectuelle. S’il devient sans difficulté docteur en théologie, il étudie également la médecine, l’astrologie, l’astronomie, les mathématiques. Parallèlement, Luther étudie la philosophie à l’ université où il est ordonné prêtre en 1507. Faust  a maintes fois l’occasion d’entendre les sermons de Luther et d’assister aux prémices et au déclenchement  de la Réforme. S’il  n’hésite pas lui aussi à dénoncer les abus du pape et de la hiérarchie ecclésiastique, il ne s’intéresse pas à la question du salut. Et il se détourne, conteste même la prédication de Luther centrée, sans relâche, sur la peur du diable, pour prêcher la justification par la foi.  Ainsi, ce qui  l’intéresse se situe du côté des secrets de la nature. Réceptif aux exigences des humanistes qui sont soucieux de lire les textes dans leur langue d’origine, hébraïque et grecque, il prend très tôt conscience de l’importance des écrits antiques occultés jusque-là par le christianisme. Il décide aussi de voyager partout en Europe. Satisfait de cette vérification expérimentale des connaissances permise par ses voyages, Faust applique une méthode identique à la connaissance du cosmos : il observe le ciel. Il explique les causes des saisons, ainsi que les phénomènes météorologiques : le tonnerre, les orages ou les pluies diluviennes.

Il  acquiert donc une grande notoriété et il passe aussi pour un homme dangereux

  • Astrologue confirmé de haute réputation, il est sollicité par les plus hauts seigneurs, des évêques et même Charles Quint.
  • Pourtant, sa renommée ne va pas sans inquiéter les autorités. On lui interdit l’entrée de certaines villes, tant ses pratiques et ses propos semblent dangereux  et sulfureux.
  • Faust n’est pas unique au 16e siècle. Ainsi, par exemple, Paracelse est resté fort célèbre. Il choisit la méthode expérimentale. Adepte de la médecine par les plantes, il osa mettre à l’épreuve les effets curatifs de l’arsenic, du soufre, du cuivre, pris en quantité infinitésimale .
  • Faust, bien décidé, à restaurer la VIRTU antique, a le courage d’affronter la vérité au risque d’y trouver la mort. Il préfère avoir recours à la raison et à ses sens et fait confiance à son libre arbitre pour sortir du carcan mental entretenu par l’église au détriment des progrès de l’esprit scientifique.
  • Personnage hors du commun, animé d’un désir irrépressible de connaissances, tenté par l ‘athéisme et doté d’un redoutable esprit critique, Faust aurait eu dans un autre contexte l’étoffe d’un héros mû par un consentement exemplaire à la vie, par delà tout découragement.

Bref, Faust est indissociable du contexte historique de la Renaissance et de ses grands bouleversements : celui de la place de la terre dans l’univers, celui de la place de l’homme qui redevient la mesure de toute chose, comme dans l’antiquité. Ainsi, la figure virtuelle de Faust témoigne  de l’inquiétude des hommes de la Renaissance, écartelés entre la conservation rassurante de l’ordre établi, même corrompu, et sa transgression indispensable, bien que très angoissante, pour penser un monde ouvert sur l’inconnu.

2 – La première biographie fictive de FAUST

La  première biographie fictive du docteur Faust paraît en Allemagne en 1587. L’éditeur et l’auteur anonyme utilisent moult précautions afin de rassurer les puissances religieuses. En réalité, il s’agit d’un véritable brûlot. Le contenu de Historia est en fait un ouvrage paradoxal qui, sous couvert de mettre en garde le bon chrétien contre une attirance pour la magie, excite en fait la curiosité et suscite l’identification à Faustus, homme qui ose réaliser ce que chacun rêve secrètement de pouvoir faire. Historia met donc en évidence l’inanité de la peur du diable en la ridiculisant, ce qui incite tout lecteur attentif à se débarrasser de l’angoisse du Jugement dernier. Ainsi, ce premier récit biographique fictif permet à Faust de devenir une figure littéraire séduisante. Figure d’exemple plutôt que figure répulsive, Faust a pour effet de favoriser l’audace consistant à s’aventurer hors des sentiers autorisés malgré les risques encourus .

3 – FAUST va acquérir une certaine renommée à partir de l’Historia von D. Johann FAUSTUS

Il va devenir un personnage littéraire et théâtral qu’on joue sur les places de marché, dans les foires. Il contribue à se  mettre à distance du danger par le rire partagé et libérateur, étayé par le recours au surnaturel. Il est une sorte de remise en cause de l’idéologie dominante, une démystification. Il  va bientôt devenir aussi une réflexion sur la condition humaine.

4 – Le mythe de FAUST va avoir une longue postérité puisque, du 16e siècle à nos jours, ce mythe hante toujours l’esprit des hommes

  • De très nombreux écrivains se sont penchés sur ce mythe : MARLOWE, LESSING, BYRON, GOETHE, HEINE, GERARD DE NERVAL, VALERY, THOMMAS MANN …
  • Dans le domaine pictural, les plus connus : l’alchimiste de REMBRANDT, les dessins de DELACROIX
  • Dans le domaine musical, MENDELSOHN, BERLIOZ, GOUNOD.

 

5 – SYLVAIN CREUZEVAULT s’inspire beaucoup, dans sa pièce, du mythe tel que Goethe l’a écrit

  • Goethe a été habité toute sa vie par la figure de Faust : drame commencé, abandonné, repris, modifié, développé et amplifié .
  • Goethe va s’inspirer de deux expériences : une expérience universitaire, à savoir la prise de conscience de la vacuité du savoir enseigné à l’université et une expérience personnelle, la culpabilité d’avoir aimé et abandonné Frédérique Brion, la fille du pasteur de Sessenheim, village situé au nord de Strasbourg. En effet, à la même époque, une jeune fille qui avait été séduite, avait tué son enfant et avait été condamnée à mort.
  • Goethe a écrit deux FAUST :
    •  Dans le premier Faust, Faust est un alchimiste qui, depuis son plus jeune âge, rêve de posséder la connaissance universelle, le rêve de tous les hommes. Il met tout en oeuvre pour atteindre ses ambitions, mais n’y parvient pas. Il est au bord du suicide, car il pense avoir perdu et son temps et sa vie. Il utilise alors en dernier recours l’aide de Méphistophélès qui lui propose un pacte : il réalisera tous ses désirs en échange de son âme, dès que Faust se dira satisfait et heureux dans un délai de 24 heures. L ‘alchimiste accepte. Faust est toujours insatisfait, alors Méphistophélès lui fait rencontrer une jeune fille, Marguerite. Ils tombent amoureux l’un de l’autre. Ils ont une relation amoureuse qui rendra Marguerite enceinte. Le frère de Marguerite affronte Faust en duel pour laver l’honneur de la famille, mais il meurt. Faust doit donc fuir la ville et laisse marguerite enceinte et cible des ragots de toute la ville. Elle est emprisonnée et condamnée à mort pour infanticide. Faust sera finalement sauvé grâce à Marguerite, car elle est religieuse et a prié pour lui.
    • Dans le second Faust, Faust épouse Hélène de Troie, la représentante de la beauté classique. De leur union naît Euphorion, symbole du génie poétique. Le dernier vers de cette seconde partie de Faust  conclut « L’éternel féminin nous élève ».
  • La vie de Faust telle qu’elle a été réévaluée par Goethe, démontre que l’individu est voué à l’ autonomie et qu’il peut s’émanciper du carcan, du prêt-à-penser politique, religieux  et idéologique, grâce à la poésie.

6 – La pièce de SYLVAIN CREUZEVAULT

  • SYLVAIN CREUZEVAULT choisit de mettre en scène 3 trames de Faust : un docteur en neurologie né en Allemagne, une biologiste généticienne née en France et un musicien qui veut devenir  chef d’état. Ils  ont tous entre 40 et 50 ans et l ‘action a lieu dans notre société.
  • Partant du postulat que désormais,  » la société marchande fait du savoir un pouvoir et une solitude« , une marchandise en somme, « UN porteur de savoir peut-il faire et découvrir un lieu, construire un pays où l’usage de son savoir ne s’achève pas en amertume et en corruption ? » nous demande Sylvain CREUZEVAULT.
  • D’emblée, nous voyons ces savants ridiculisés. L’un s’occupe de souris depuis trois ans sans que cela mène vers une quelconque découverte. L’autre, la généticienne, qui vient d’obtenir une récompense internationale, se ridiculise devant nous. Plus loin, elle sera prise d’une crise de folie.
  • Aujourd’hui, les informations nous arrivent de partout, nous sommes extrêmement sollicités par toutes les nouvelles qui nous arrivent. Comment peut-on faire la part des choses ? Dans la pièce que nous allons voir, il y a sans arrêt des changements de plateaux, sorte de métaphores des connaissances qui nous assaillent : nous verrons des zadistes, les élections présidentielles, une  bataille de Mossoul….
  • Dans cette pièce, tout le monde semble corrompu : le pouvoir, les savants, les médecins, les politiques …
  • Dans le mythe, le pacte permet à Faust de devenir tout ce qu’il n’est pas. « Nous le renversons, dit le metteur en scène. Dans nos sociétés, nous n’avons plus de démons qui incitent à la transgression de l’ordre établi. Le metteur en scène affirme que nous manquons de démons. Il remplace Méphistophélès par Baal, seigneur des mouches qui est le monstre de la destruction.
  • Le titre de la pièce est Angelus Novus Antifaust : un nouvel ange  Du mythe initial, le petit enfant  mort sort des cieux pour venir condamner ses parents. Faust et Marguerite se retrouvent en enfer .
  • L’ invitation des démons sur les planches devient une excitation au voyage, un éloge du pire visiteur du soir : Lucifer.