Kalakuta Republik

par Serge Aimé Coulibaly

Danseur et chorégraphe burkinabé, Serge-Aimé Coulibaly s’est formé à Ouagadougou au sein de la compagnie Feeren avant de chorégraphier deux grands spectacles : les cérémonies d’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations de football en 1998 et du Festival Panafricain de cinéma de Ouagadougou (FESPACO) en 1999. Il créait en 2002 sa compagnie Faso Danse Théâtre, puis travaille avec, parmi d’autres, Alain Platel, Sidi Larbi Cherkaoui et Rachael Swain pour Burning Daylight, Sugar, un spectacle présenté à l’occasion de l’événement Liverpool 2008, capitale européenne de la culture. En 2009 il est invité au Centre chorégraphique national de Roubaix–Nord-Pas-de-Calais (Carolyn Carlson) pour diriger le projet Mappemonde, une chorégraphie avec 45 danseurs amateurs pour un spectacle unique à l’hôtel de ville de Roubaix. En 2014, Serge Aimé Coulibaly crée Ankata, laboratoire international de recherche et de création des arts de la scène, dans sa ville natale Bobo Dioulasso.

Avant de signer ses propres pièces, Serge Aimé Coulibaly a collaboré avec deux grands chorégraphes contemporains, Alain Platel et Sidi Larbi Cherkaoui. Pour Kalakuta Republik, le chorégraphe d’origine burkinabè s’est inspiré de la vie sulfureuse de Fela Kuti, chanteur, saxophoniste et homme d’orchestre nigérian. Cet artiste engagé a passé sa vie à combattre la corruption du pouvoir et des multinationales installées dans son pays. Kalakuta Republik traduit cette urgence sur scène par une danse sensuelle et virtuose et des chants directement inspirés par la musique de ce personnage légendaire. La Maison de la Danse vibrera ainsi aux sons de l’afrobeat, une synthèse entre le jazz, le funk et la musique traditionnelle nigériane ! Une pièce haute en couleur, qui pose de manière cruciale la question de l’engagement de l’artiste et notre ouverture à toutes les différences.

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Ce qu’en dit « Danser canal historique », Agnès Izrine, 11 mars 2017

D’une énergie à tout casser, follement engagée, la pièce de Serge Aimé Coulibaly, Kalakuta Republik s’inspire de Fela Kuti, inventeur de l’Afro-Beat et le cri d’espoir de millions d’exclus. Fondateur de l’organisation la Kalakuta Republic au Nigeria (une forteresse qu’il fonde pour se protéger au cœur de Lagos), Fela est le symbole de la résistance africaine. Fela est celui qui a fait de son art le rempart à toute forme d’oppression sans jamais céder sur le terrain de la créativité, de l’innovation, de la subversion. Il a révolutionné les mentalités en Afrique en créant, par sa musique, ses chansons, un discours ancré dans sa réalité et dans son actualité politique.

Kalakuta Republic, une création chorégraphique de Serge Aimé Coulibaly.Serge Aimé Coulibaly, plutôt que suivre un biopic de Fela ou d’en faire un spectacle musical, s’éloigne du personnage pour mieux le retrouver à travers des prises de position actuelles, intelligemment amenées et pour évoquer les vicissitudes de notre monde actuel : guerres, réfugiés, traumatismes, misère.

La première partie, sur la musique de Fela, campe sur scène un canapé défoncé et quelques draps accrochés, un tapis usé, qui forment ensemble une zone de sécurité et de liberté. Comme dans un passé présent, ou paraît-il dans les rêves, tout est noir et blanc, comme les projections qui s’inscrivent sur les toiles suspendues. Viennent-elles d’aujourd’hui ou d’hier ces populations de villes entières en marche le long d’un chemin de fer ? Ces villes entièrement détruites par les bombardements ? La gestuelle enregistre les chocs et leurs répercussions, tout en rage et tremblement. Urgente, ancrée dans le sol, la danse se fait hâtive, chercheuse, portée par de remarquables interprètes.

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La deuxième partie n’utilise pas la musique de Fela, mais on retrouve une atmosphère enfumée avec sa boule à facettes qui évoque la danse que les filles pratiquaient au Shrine, ce temple en tôle ondulée où Fela officiait au fin fond de Lagos. Les corps se plient et se déplient dans une atmosphère sulfureuse, tandis que certaines phrases de Fela s’affichent. La danse se fait lascive, volontiers érotique, dans ce monde interlope où l’on ne sait si la fête commence ou si elle est déjà finie.

En convoquant Fela, Coulibaly parle de la place de l’artiste dans le monde contemporain et de son engagement. Kalakuta Republik est une œuvre forte, aboutie qui réveille nos cœurs et nos consciences.

Vidéos

https://www.theatre-video.net/video/Serge-Aime-Coulibaly-Kalakuta-Republik-Extraits-71e-Festival-d-Avignon

Site officiel de l’artiste

http://www.fasodansetheatre.com