JE N’AI PAS ENCORE COMMENCÉ À VIVRE

De Tatiana Frolova

 

1991, effondrement de l’URSS. Le monstre rouge se disloque, laissant dans l’incertitude et la peur toute une population nourrie au rêve d’un avenir meilleur. Que sont devenus ces femmes et ces hommes qui ont cru au mythe soviétique? Et leurs enfants qui ont aujourd’hui à peine plus de vingt ans?

La dernière génération née en URSS venait au monde, sur les ruines d’un rêve immense. Les enfants des années 90 forment une génération « évanouie » qui a très bien appris à attendre, mais n’a absolument pas appris à agir ni à s’intégrer. Entre fiction et documentaire, ce spectacle n’est pas seulement un projet théâtral, mais avant tout une fascinante exploration sociale de l’homme contemporain, dans la continuité des recherches de Tatiana Frolova. C’est une nouvelle fois à la croisée d’images, de destinées et de témoignages qu’elle éclaire la réalité complexe de la Russie d’aujourd’hui. À travers la collecte de paroles des habitants de la ville de Komsomolsk-sur-Amour en Sibérie, ce sont autant de visions sur une vérité plurielle que l’artiste réunit dans une œuvre éminemment politique et pleine d’humanité.

Je n’ai pas encore commencé à vivre tente résolument de comprendre comment le passé agit sur le présent. Dans une démarche ultra-inventive et vivifiante, le Théâtre KnAM mêle des images documentaires à des témoignages collectés auprès de jeunes gens d’une ville de Sibérie, pour dresser un portrait de la Russie actuelle. Deux générations se répondent sur le plateau: les jeunes restés en marge d’une histoire blessée, et les comédiens, qui ont vécu sous le régime communiste. Une poésie troublante se dégage de ce spectacle à l’humanité profonde, où les destinées et les points de vue rappellent que la vérité est plurielle. En filigrane apparaît la conviction que les gens ordinaires peuvent influer sur la trajectoire de leur pays. Le destin singulier d’une nation vient alors percuter notre propre réalité dans une déflagration émotionnelle bouleversante.

Portrait de Tatiana Frolova, dans Télérama: cliquer sur  écouter