Crowd

par Gisèle Vienne – Création 2017

Née en 1976, Gisèle Vienne est une artiste, chorégraphe et metteur en scène franco-autrichienne. Après des études de philosophie et de musique, elle se forme à l’École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette où elle rencontre Jonathan Capdevielle et Étienne Bideau-Rey, avec qui elle crée ses premières pièces. Elle travaille depuis régulièrement avec, entre autres collaborateurs, les écrivains Dennis Cooper et Catherine Robbe-Grillet, les musiciens Peter Rehberg et Stephen O’Malley, l’éclairagiste Patrick Riou et le comédien Jonathan Capdevielle.

Depuis 2004, elle a chorégraphié et mis en scène I Apologize (2004), Une belle enfant blonde / A young, beautiful blonde girl (2005), Kindertotenlieder (2007), Jerk, un radiodrame dans le cadre de l’atelier de création radiophonique de France Culture (2007), une pièce Jerk (2008), This is how you will disappear (2010), LAST SPRING: A Prequel (2011) et The Pyre (2013). En 2009, elle crée Éternelle Idole, pièce pour une patineuse artistique et un comédien. Elle réécrit Showroomdummies avec Étienne Bideau-Rey en 2009, puis ils travaillent à nouveau à sa réécriture en 2013 pour le Ballet de Lorraine. Ce répertoire a été presque intégralement accueilli sur Strasbourg au fil des saisons 13-14, 14-15 et 15-16, essentiellement à travers des collaborations croisées du Maillon, de Pôle Sud et du TJP.

Depuis 2005, elle expose régulièrement ses photographies et installations. Elle a publié un livre+ CD JERK / Through Their Tears en collaboration avec Dennis Cooper, Peter Rehberg et Jonathan Capdevielle aux Editions DISVOIR en 2011 et un livre, 40 PORTRAITS 2003-2008, en collaboration avec Dennis Cooper et Pierre Dourthe, aux Éditions P.O.L en février 2012.

Actuellement, Gisèle Vienne travaille à l’élaboration de ce projet avec le Puppentheater-Halle et à la mise en place de deux expositions, une première pour septembre 2015 au Centre d’Art Contemporain de Genève et une seconde pour 2016 au FRAC Alsace. Elle prépare également une interprétation du Château de Barbe-Bleue de Bélà Bartok pour 2017à la Monnaie-Bruxelles.

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Lu dans Festival d’automne à Paris

Pièce pour 15 danseurs, Crowd s’inscrit avec force dans le travail de Gisèle Vienne qui, depuis plusieurs années, ausculte minutieusement notre part d’ombre et notre besoin de violence. Un cheminement qui, faisant fi des disciplines artistiques, rend à la scène toute sa puissance cathartique.

Inclassables, souvent perçues comme « dérangeantes » derrière la perfection de leur facture et de leur forme, les pièces de Gisèle Vienne n’ont eu de cesse de sonder, depuis Showroomdummies (2001), l’éternelle dualité – Eros et Thanatos, Apollon et Dionysos – qui est au cœur de notre humanité, la nécessaire soif de violence que chacun porte en soi, dans toute sa part d’érotisme mais aussi de sacré.

Crowd est une nouvelle étape dans cette recherche d’une singulière constance. Chorégraphie conçue pour 15 interprètes réunis le temps d’une fête, cette ample polyphonie met en lumière (noire) tous les mécanismes qui sous-tendent de telles manifestations d’euphorie collective, et « la façon dont une communauté spécifique peut gérer (ou non) l’expression de la violence ».

Formée à la musique avant d’être initiée à l’art de la marionnette, nourrie de philosophie et d’arts plastiques, Gisèle Vienne met en scène un univers de la fragmentation, où coexistent plusieurs réalités et temporalités. Un univers où les gestes saccadés empruntent tout autant aux danses urbaines qu’au théâtre de marionnette, où la dramaturgie de Dennis Cooper, le DJset de Peter Rehberg et la musique du duo KTL (Stephen O’Malley et Peter Rehberg) agissent comme autant d’agents perturbant notre perception en même temps qu’ils brouillent la frontière entre intériorité et extériorité, entre rêve éveillé et rave endiablée. À la fois contemporain et puissamment archaïque dans sa dimension cathartique, Crowd est le lieu d’un dialogue « avec ce qui nous est le plus intime ».

Lu dans Nanterre-Amandiers

Surexposés sur fond noir, des corps brillent au cœur d’une nuit, comme figés par le flash d’un appareil photo. Quinze personnes participent à une fête improvisée, sur fond de musique électronique et techno. Pour Crowd, Dennis Cooper et Gisèle Vienne composent ensemble une partition chorégraphique et théâtrale où les histoires se croisent et se superposent, une narration sans paroles audibles qui vient déployer le paysage complexe de cette fête. Une fête traversée de sentiments exaltés et contradictoires, où la violence se mêle à la jubilation, où la sensualité épouse la cruauté. Là encore, le travail de Gisèle Vienne vient interroger le rapport trouble que nous entretenons avec nos fantasmes, posant la question complexe de la façon dont l’homme peut canaliser ses pulsions. Les mouvements stylisés, interprétés avec virtuosité sur un DJ set signé Peter Rehberg, provoquent des vibrations rythmiques, un sentiment d’hallucination, et créent une écriture chorégraphique et théâtrale singulière. Le spectateur se voit troublé, et lorsque les mouvements s’arrêtent, que les gestes sont heurtés, saccadés, interrompus de multiples manières, c’est le temps qui en vient à s’altérer et se distordre. La réalité du spectacle vivant réinvente et réinterprète le champ des possibilités gestuelles qu’offrent les mouvements générés par le montage vidéo et les effets spéciaux. Le spectacle ouvre alors un espace exutoire, qui invite les spectateurs à traverser des zones complexes de leur intimité, le long d’une interrogation sur les rapports sourds entre fête et violence.

Lu dans Le Maillon

La compagnie de Gisèle Vienne s’est installée en Alsace et à Strasbourg en 2014

Cette nouvelle étape dans le développement de la compagnie DCAM (De l’Autre Côté du Miroir) est le fruit d’amitiés et de collaborations étroites et régulières avec des acteurs régionaux de la scène et du monde de l’art plus largement comme le Maillon, le TJP, Pôle Sud et la HEAR, ou prochainement le Frac Alsace, qui présentera de mars à août 2016, une grande exposition de Gisèle Vienne.

L’implantation de la compagnie à Strasbourg a été motivée par la question du territoire alsacien et de son positionnement stratégique, dans l’espace transfrontalier du Rhin Supérieur, au cœur de l’Europe. Cette question fait écho à l’identité de la compagnie, qui se revendique aussi européenne, de par ses activités ainsi que par la présence de collaborateurs artistiques venant de toute l’Europe voir du monde entier. Dans la réflexion autour de la création et de la reconnaissance d’une grande compagnie indépendante européenne, la compagnie développe, au-delà de l’Alsace et de Strasbourg, des liens forts, en Suisse et en Allemagne, avec Bâle et Fribourg-en-Brisgau, notamment dans le cadre de résidences ou d’activités pédagogiques.

Une compagnie résolument inscrite dans une dynamique européenne

En 2013, Gisèle Vienne écrivait le texte suivant, toujours d’actualité et dont les idées directrices se mettent en place petit à petit grâce à la dynamique strasbourgeoise, bâloise et fribourgeoise : « En 2013, de nombreuses compagnies artistiques sont européennes dans les faits, particulièrement dans le champ de la danse contemporaine. Il nous semble important à tout point de vue, tant culturel, que politique, qu’artistique, de pouvoir non seulement, travailler au développement de ma compagnie en France, mais aussi au déploiement d’une compagnie européenne, d’envisager la possibilité d’une autre mobilité mentale et physique, d’inventer de nouvelles modalités d’ancrage, de partenariats et de soutiens transnationaux, et d’élaborer ensemble les prémices de cette compagnie-pilote européenne.

Étant moi-même franco-autrichienne, d’éducation bilingue pour avoir partagé ma scolarité entre la France (Grenoble et Paris) et l’Allemagne (Fribourg-en-Brisgau et Berlin), j’ai été fortement influencée par les cultures germaniques et françaises. Cette nécessité d’identité européenne, qui est profondément la mienne, joue évidemment sur la manière dont je souhaite penser nos comportements et de ce fait, ma compagnie et ses activités.

Je travaille depuis toujours avec des artistes venant des quatre coins d’Europe, mais aussi du reste du monde. Nous nous produisons dans différentes régions et nos œuvres sont soutenues intellectuellement et financièrement par différents partenaires, principalement européens, mais aussi japonais et américains. Tout le spectre de nos projets se déploie largement en France et en Europe à travers les nombreuses tournées de nos créations/spectacles, le travail de recherche, les répétitions et résidences, les expositions, les actions pédagogiques, les conférences ou encore le cinéma. Il nous apparaît donc évident et essentiel de revendiquer une identité européenne forte en s’appuyant sur des partenaires régionaux dont les intentions incarnent cette identité, tant par leur situation géographique, qu’à travers leurs activités communes. C’est l’espace spécifique où la créativité de ma compagnie pourrait s’épanouir de la manière la plus pertinente et la plus riche. Pour la réalisation d’un tel projet, la région Alsace, le Canton de Bâle et le Land du Bade-Wurtemberg génèrent un espace stimulant et juste, où nos préoccupations se mêlent avec les leurs et où la richesse et le potentiel sont tout particulièrement liés à cette situation géographique qui correspond à mon identité pluriculturelle, fruit de mon éducation. Ce projet semble d’autant plus stimulant et réaliste qu’il s’appuie sur un désir fort, exprimé par divers acteurs culturels de ces régions, d’accueillir et d’accompagner mon travail. Nous développons notre activité en collaboration étroite avec les structures strasbourgeoises comme Le Maillon, le TJP, Pôle Sud, le FRAC Alsace ainsi que la Kaserne à Bâle et le Theater Freiburg à Fribourg-en-Brisgau. Nous souhaitons mettre également sur pied des collaborations régulières avec d’autres structures dans les trois régions.

Il s’agira enfin de poursuivre le développement et la dynamique de la compagnie sur le plan international et cela en collaboration avec les structures qui soutiennent notre travail à travers l’Europe et le monde. Nous voulons espérer qu’à travers ce projet, c’est la réalité de l’identité européenne qui pourra se révéler et être encore renforcée, et qu’il participera au développement des projets transnationaux qui font aussi la richesse de l’Europe. »

L’implication du Maillon aux côtés de DCAM et de Gisèle Vienne

En complément du projet de Pôle Sud, engagé en tant que centre de développement chorégraphique dans une action de résidence et de formation, comme de celui du TJP, centre dramatique national qui expérimente autant les relations du corps, de l’objet et de l’image que la formation pluridisciplinaire, le Maillon se concentre sur l’accueil et la coproduction de compagnies pluridisciplinaires et internationales encore souvent peu connues en France ; mais il développe réciproquement ses liens internationaux au profit des compagnies françaises qu’il soutient. C’est en ce sens qu’il accompagne de façon continue depuis trois saisons la compagnie de Gisèle Vienne, nouvellement implantée à Strasbourg. Le Maillon a accueilli trois des spectacles au répertoire de la compagnie et coproduit le dernier The Pyre dans le cadre du réseau Triptic, constitué avec les villes de Fribourg, de Strasbourg et de Bâle. Triptic bénéficiait du soutien actif de la fondation Pro Helvetia, mais, au delà, est le fruit d’un nouveau réseau sur le Rhin Supérieur comprenant la Kaserne Basel, le Theater Freiburg, le Maillon et Pôle Sud, réseau qu’il conviendra encore de mobiliser sur de futurs projets. Ce soutien à la compagnie se poursuivra sur la saison prochaine par la coproduction et l’accueil avec le TJP de la Convention des ventriloques, mais aussi à travers les liens que le Maillon entretiendra avec Pôle Sud, le FRAC et le TNS autour d’autres projets que Gisèle Vienne développera avec eux, chacun disposant d’objectifs artistiques propres et d’outils complémentaires (résidences de travail, coproduction et accueil, formation ou soutien logistique). Il n’y a pas de ville en France qui, comme Strasbourg aujourd’hui, offre ainsi une telle structuration de l’accueil en implantation d’une compagnie, d’autant que des relations se construisent – avec l’appui actif du Maillon, bien sûr – mais aussi en Alsace même (Mulhouse), comme sur le Haut-Rhin (Bâle, Fribourg, Karlsruhe).

 

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