Une place royale : le théâtre du peuple à Bussang

Les Amis de La Filature se sont retrouvés au Théâtre du Peuple à Bussang pour une représentation de « La place Royale » de Corneille le 11 octobre.

Une occasion exceptionnelle, puisque cela a permis d’assister à la pièce, de participer à la rencontre avec le metteur en scène Claudia Stavisky (devrais-je écrire la metteuse en scène?) et les comédiens, et enfin de profiter de la visite guidée présentée par  Héloïse Erhard que certains ont connue comme chargée des relations publiques à La Filature avant qu’elle ne rejoigne le théâtre du Peuple.

La Place Royale, comédie en 5 actes écrite en 1634,  traite des amours complexes et ambivalentes qui amènent un jeune homme à mentir à celle qu’il aime (et de laquelle il est aimé) pour l’abandonner à l’un de ses amis.  Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car survient un chassé-croisé pervers et cruel entre les personnages. La comédie devient  tragique, puisque ces amours passionnées et déchirées aboutissent à l’engagement dans les ordres de l’héroïne, Angélique, déçue par les tourments infligés et des revirements sentimentaux de son amoureux, tandis que  le héros Alidor renonce à tout amour. On assiste aux « bouillonnements désorientés d’une jeunesse qui n’arrive pas à aimer ».

La Place Royale de Corneille, mis en scène par Claudia Stavisky - Critique sortie Théâtre Lyon Célestins – Théâtre de Lyon

La Place Royale  était le nom donné à l’actuelle Place des Vosges à Paris et c’est là que se retrouvaient les jeunes femmes à qui la permission venait d’être donnée, à l’époque de Corneille, de sortir sans être accompagnées. Je souhaitais montrer l’aspect contemporain des troubles des premiers amours, nous dit Claudia Stavisky à la fin du spectacle. Le décor de la pièce ne devait pas refléter une époque, mais souligner le côté intemporel de cette comédie.  Une grand escalier monte dans une spirale harmonieuse vers un sommet inatteignable, et le sol est jonché d’objets hétéroclites. Seul mobilier, un divan bleu nuit et un fauteuil d’époque.   Les costumes évoluent aussi au cours de la pièce  souligne Claudia Stavisky. Ils rappellent le XVII ème au début de la pièce, pour devenir plus modernes à la fin. Au dernier acte, une toile immense couvrant tout le fond de la scène représente une forêt tropicale, sombre et lumineuse à la fois, un enchevêtrement d’arbres couverts de mousse, une représentation de la confusion des sentiments. Cette toile cachant le fond de scène devait bien sûr s’ouvrir à la fin du spectacle, comme il est coutume à Bussang, sur la vraie forêt des Vosges, à l’arrière de la salle. Elle apparaît comme un tableau merveilleux, baignée par la douce lumière d’un beau soir d’automne.

 

Corneille avait 29 ans quand il a écrit  cette pièce, ajoute-elle. Aussi, j’ai choisi de jeunes comédiens.  Leur fraîcheur, leur vitalité  sur le plateau nous a éblouis. Certes nous entendions des alexandrins du XVII ème siècle écrits dans une langue  qui nous paraît aujourd’hui presque une langue étrangère, mais on pouvait presque l’oublier  tant ils étaient dits avec naturel et  spontanéité. La fougue, l’impatience, les tourments des interprètes se traduisaient par un ballet permanent qui unissait ou défaisait leurs corps. J’ai choisi dès le départ d’associer une chorégraphe, Joëlle Bouvier, à la mise en scène, précise Claudia Stavisky. Et le fait est que c’est un véritable ballet auquel on assiste sur la scène. Il fallait du talent aux acteurs pour ne pas s’effondrer, car, nous disent-ils, ils n’étaient pas habitués à la pente de 7% du plateau de cette salle, et il leur a semblé qu’ils jouaient en équilibre sur un fil tendu !

La visite guidée a permis de découvrir tous les coins et recoins ce théâtre bien particulier grâce à Héloïse Erhard qui nous a rappelé de façon très vivante la genèse de ce lieu. Il fut fondé en 1895 par Maurice Pottecher, natif des lieux et issu d’une riche famille d’industriels qui détenaient des usines à Bussang. En créant le théâtre du peuple, dont la devise est « Par l’art pour l’humanité », il souhaitait offrir des spectacles pour un public diversifié, tout en respectant une grande qualité artistique, et permettre la rencontre de professionnels et d’amateurs. Aujourd’hui encore, tous les spectacles estivaux sont donnés par des troupes comportant 2/3 d’amateurs.

Last but not least diraient nos amis britanniques, le théâtre est entièrement construit en bois, et n’a jamais été détruit ou brûlé. Des aménagements ont été construits pour agrandir l’espace, mais la structure originelle est toujours présente. Il est classé monument historique depuis 1976, ce qui interdit toute modification sans l’accord des Bâtiments de France.

 

liens:

Le théâtre du peuple

La place royale au théâtre des Célestins 

 

 

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