La Filature au collège avec Florent Fichot

Chaque année, La Filature scène nationale engage des actions culturelles en direction de divers publics et, en particulier, les jeunes  des collèges. A cet effet, elle a invité Florent Fichot, comédien, à intervenir dans des collèges de la région mulhousienne.

Nous avons eu l’occasion de présenter son travail dans un article précédent. Les Amis de La Filature ont aussi eu aussi le plaisir  d’apprécier son spectacle intitulé « Assis!, Debout!, Couché!…. Sautez » en mars 2016.

Florent Fichot anime son atelier autour des thèmes de l’engagement et de l’expression orale.  Les collégiens participent à cet atelier en identifiant un thème d’engagement qui les motive particulièrement et en recherchant avec un enseignant un texte  qui peut l’illustrer. Il faut encore pouvoir le communiquer efficacement.  C’est ici qu’intervient le spectacle  « Assis!, Debout!, Couché! » présenté aux collégiens dès la première séance par Florent.

Une fois le texte sélectionné, les collégiens travaillent en groupes pour mettre en scène leur message et le présenter collectivement. Il s’agit d’apprendre à le scander de façon claire, convaincante et intelligible.  La prise de parole en public n’est pas innée!

Entretien avec Florent Fichot

Florent, quels sont les thèmes que les collégiens ont le plus souvent retenus ?

Dans le cadre de ce projet intitulé : « Oralité et Engagement. Pourquoi prendre la parole en public ? » que nous avons mené depuis 2015 dans 8 collèges de la région, certains thèmes ont été systématiquement abordés par les élèves :

  • dénonciation du racisme et de toutes formes de discriminations,
  • dénonciation des maltraitances (violences faites aux femmes, aux enfants et… aux animaux),
  • dénonciation du harcèlement scolaire,
  • dénonciation des guerres, du terrorisme et du fanatisme,
  • dénonciation des inégalités (riches/pauvres) en France et dans le monde.
  • lutte contre la pollution,

Certains groupes d’élèves  choisissent des thèmes beaucoup plus larges et philosophiques comme ‘’La Liberté’’ ou ‘’L’Indifférence’’, inspirés par le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! » qui les aborde.

Y-a-t il des thèmes nouveaux qui sont apparus cette année?  Sont-ils inspirés par l’actualité?

Cette année nous avons eu un groupe qui dénonce la qualité de la cuisine à la cantine scolaire, avec un texte et une mise en scène assez humoristiques.

Plusieurs groupes ont également lancé des débats autour de la problématique de l’addiction aux jeux vidéo, aux smartphones et aux écrans en général. C’était la première fois et cela a donné lieu à des discussions et des présentations très riches : entre fascination pour ces médias, humour et conscience qu’il y a là une thématique très actuelle et sensible pour nous tous.

Un élève également a profité d’un constat sur les différentes origines dans sa classe pour proposer une thématique sur les relations entre les Kurdes et Turcs. Je suis très heureux quand les élèves apportent ce genre de sujets, je trouve qu’ils relèvent vraiment le défi que je leur lance : défendre en public un engagement qui leur est cher et personnel.

Les ateliers se font en collaboration avec un enseignant. Quelle participation attends- tu de l’enseignant?

J’attends beaucoup de choses de l’enseignant : à la fois qu’il m’aide à cadrer le groupe, mais aussi qu’il profite de l’activité pour participer (aux échauffements par exemple) et créer un rapport peut-être plus horizontal avec les élèves.

Mis à part mes temps de présence, le rôle de l’enseignant est primordial dans la réussite de ce parcours « Oralité et Engagement ». Les séances étant espacées d’un mois, c’est lui qui maintient le fil rouge, qui mobilise les élèves, qui aide les groupes à se constituer et à se documenter, qui s’assure qu’ils restent en recherche de thèmes, de textes, d’idées de mise en scène. Le projet ne pourrait pas aboutir si l’enseignant ne dégageait pas de temps supplémentaire avec les élèves en dehors de nos séances pour prolonger le travail.

Je suis également toujours accompagné par une personne chargée des relations avec les publics de La Filature et c’est très agréable. A la fois pour gérer les petits groupes qui travaillent en autonomie dans la même séance (nous sommes alors 3 adultes à tourner entre les groupes pour les aider), pour le côté organisationnel et relationnel avec les établissements et les professeurs, mais aussi pour débriefer à chaque fin de séance. C’est très important pour moi, ça me permet de me sentir moins seul dans la démarche, de corriger le tir si nécessaire et de rester en questionnement sur mon travail. Les responsables des relations publiques de La Filature sont formidables pour ça, je les aime beaucoup.

Comment arrives- tu à surmonter les blocages qui empêchent souvent les jeunes de s’exprimer en public?

C’est tout l’objet de l’atelier. J’avoue qu’avec si peu de temps je suis un peu obligé de passer en force. Ça ne veut pas dire que je les oblige, mais j’essaie de ne pas trop sacraliser l’objectif d’une représentation en public, j’en parle très peu lors de nos séance, je préfère rester concret, parler technique et mettre tout le monde dans le même bateau : on le fait et on ne se pose pas trop de question.

Quand un élève exprime un refus de monter sur scène, j’essaie de lui donner un autre rôle, plus proche de celui du metteur en scène qui aide ses camarades. Souvent en voyant les autres faire, il se rend compte qu’il en est capable également et réintègre le groupe des acteurs naturellement.

On passe également par beaucoup d’exercices assez basiques : un échauffement corporel, un exercice de projection de la voix et la consigne de relever les yeux de la feuille pour s’adresser à quelqu’un lors de la lecture. C’est ce que je veux dire quand je dis que je reste concret, ils ont des consignes claires et simple : parler fort, lever les yeux vers le public… et rester debout ! Ça permet souvent de surmonter les blocages.

Au terme de 4 séances de 2 heures chacune, un spectacle est présenté à la famille et aux camarades.  C’est une  lecture collective des textes qui ont été sélectionnés par chacun des groupes.

Les photos ci-dessous illustrent la présentation au collège d’Hirsingue.

Florent Fichot et une élève du collège de Hirsingue lors de la restitution des ateliers en présence du public

Peux- tu dresser un bilan de tes interventions au sein de La Filature? Quels sont les projets pour les mois à venir?

Depuis Novembre 2015, je suis  intervenu dans 8 collèges pour 16 classes : Le Collège Sainte Marie de Ribeauvillé, le Collège François Villon de Mulhouse, le Collège Schweitzer de Colmar, le Collège Nathan Katz de Burnhaupt le Haut, le Collège Charles Peggy de Wittelsheim, le Collège Marcel Pagnol de Wittenheim, le Collège Victor Schoelcher d’Ensisheim, le collège JP de Dadelsen de Hirsingue.

En Novembre 2017, je vais retrouver une dernière fois La Filature autour du projet « Oralité et Engagement / Pourquoi prendre le parole en public ? » que nous mènerons à la Maison d’arrêt de Mulhouse. Nous avons déjà travaillé  à 6 reprises avec des structures pénitentiaires ou judiciaires : La Maison d’Arrêt de Mulhouse (deux fois), La Maison d’Arrêt de Colmar (deux fois),  La Maison Centrale d’Ensisheim,  L’UEAJ et Le Centre Educatif  Fermé de Mulhouse.

Ces actions ont été mises sur pied par Anne-Sophie Buchholzer et  Clémentine Chéronnet avec l’aide de Héloïse Erhard, Anca Eiblib et Manon Burstert que je remercie chaleureusement.

J’ai joué 14 fois le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! » écrit par Grégoire Courtois et mené des dizaines de séance de débat, de lecture, de mise en scène… C’est une aventure formidable qui m’a permis de donner corps pendant deux ans au manifeste de la Compagnie GRIME et Concocte :

« Nous cherchons, à travers chacune de nos propositions, à tisser un lien empreint de générosité avec le public. Que ce soit sur scène ou à l’occasion de représentations de Théâtre Tout Terrain, nous défendons une certaine énergie populaire couplée à l’exigence d’une forme et d’un propos. Nous voulons parler du monde qui nous entoure, nous voulons grandir au contact des autres, nous voulons œuvrer concrètement et collectivement pour que le théâtre soit un moyen d’action. »

Ce grand projet à Mulhouse m’a également permis de rencontrer Les Amis de La Filature qui ont invité le spectacle « Assis ! Debout ! Couché ! Sautez !» en Mars 2016 et que nous retrouverons le Vendredi 17 Novembre 2017 à 19h à La Filature pour un autre spectacle: LA CRISE EST FINIE ! Un siècle de chansons engagées, a capella, à deux voix et à vélo ! C’est également une belle rencontre !

 

(A noter que LA CRISE EST FINIE ! sera joué Le jeudi 16 Novembre au Centre Social et Culturel Papin de Mulhouse.)

 

 

 

 

 

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