Un Ami de La Filature dans l’aventure Pommerat

Jeune retraité de l’Education nationale (il a terminé sa carrière comme principal du collège d’Ensisheim), Jacques Hund, Ami de la Filature depuis les débuts de l’association, a eu la chance de vivre de l’intérieur l’un des événements de la saison de la Scène nationale. Il a en effet fait partie des quinze personnes composant les « Forces vives » de « Ca ira (1) Fin de Louis », la pièce de Joël Pommerat donnée le 28 et 29 avril à Mulhouse.

C’était votre première expérience dans le domaine du spectacle ?

Non, pas vraiment, mais assurément l’une des plus fortes ! La première fois, en novembre 2014, j’avais répondu à une annonce de L’Alsace pour un casting d’un téléfilm allemand qui se tournait à l’Ecomusée. J’ai joué un bourgeois des années 1830, dans un conte du Schwarzwald. Au cinéma, j‘ai vécu une expérience sympa en étant un convive dans « Les bêtises », le film que Rose et Alice Philippon ont tourné à Andlau. Et puis, dans le cadre des Nocturnes de l’Ecomusée où je suis bénévole, j’ai incarné Albert Schweitzer dans de courtes animations.

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Joël Pommerat, auteur-metteur en scène.

La pièce de Pommerat, c’était une première pour vous à La Filature ?

Non. En février dernier, à la suite d’une annonce diffusée par les Amis de La Filature, mon épouse Suzanne et moi avons joué dans « Vader », la pièce de Peeping Tom. C’était entre le théâtre et la danse, sur un thème assez glauque d’ailleurs, l’oppression de personnes âgées dans une maison de retraite. Nous avons eu un après-midi de répétition, puis un filage rapide avec les comédiens et puis nous avons été presque tout le temps sur la scène. C’était une belle stimulation !

Comment êtes-vous venu sur « Ca ira (1) » ?

Quelque temps après « Vader », une responsable de La Filature a sollicité trois d’entre les figurants pour la pièce de Pommerat. Il fallait pas mal de disponibilités horaires. Le travail a commencé un dimanche de midi à 17h, puis tous les jours suivants de 17h à 22h. Enfin, le jeudi, jour de la première, nous avons été sur le pont de midi à minuit, spectacle inclus. Et le vendredi, pour la seconde représentation, nous avons travaillé de 17h à la fin du spectacle. Tout au long de ces journées et de ces soirées, nous avions en permanence deux assistants metteurs en scène avec nous. C’était rassurant.

 

Pommerat 1

Forces Vives studieuses : conseils, consignes, constitution, ça ira !

Vous avez appris des trucs de théâtre ?

Oui, tout à fait ! Le vocabulaire basique du théâtre. Savoir se repérer côté cour, côté jardin avec des trucs mnémotechniques marrants. On a aussi travaillé avec la costumière et nous avons appris à changer de tenues en moins de 45 secondes pour passer d’une scène à l’autre. Et puis on s’habillait aussi en courant vers le plateau.

Vous incarniez plusieurs personnages ?

Je jouais un député du Tiers-Etat de tendance conservatrice. Donc, pas vraiment un révolutionnaire… Ce personnage figurait beaucoup dans la salle de La Filature, mais il était aussi présent lors des discours à l’Assemblée nationale. L’autre personnage était un homme du peuple, pas en haillons, mais pas vraiment élégant non plus. J’étais dans la scène du « baiser au roi » et ensuite dans une échauffourée entre la milice et des gens du peuple qui se sentaient trahis.

Montage photos Pommerat

45 secondes pour passer de « Parisien des quartiers populaires » à « Député du tiers-état », tendance conservateur. Le costume-cravate est porté sous les habits d’homme du « district ».

La pièce dure plus de quatre heures…

Je n’ai jamais assisté à une pièce de cette durée et d’ailleurs, je me demande si j’en aurais envie. Mais là, c’était tout autre chose. Ça passait magnifiquement. Tout le monde était actif et attentif.

Vous avez travaillé avec Joël Pommerat ?

Oui, il est venu le jeudi pour faire les raccords, caler la pièce dans la salle de La Filature, reprendre des éléments avec les comédiens. Sa troupe, on le sent, a un respect total pour lui. C’est un grand échalas, un homme clair, expressif, au langage limpide, très charismatique. Il exprime simplement ce qu’il veut obtenir. Il a une maîtrise totale de l’événement. Les « forces vives » ont été très bien accueillies par lui. Nous n’étions pas de simples hallebardiers d’opérette.

Comment était l’ambiance sur le plateau ?

C’est une pièce dure à jouer. Les acteurs étaient très concentrés. Avant le spectacle, nous avons partagé un buffet de grande qualité. L’atmosphère était sérieuse, mais amicale. Il y avait peut-être un peu de nervosité liée au problème des intermittents.

Et la Révolution française vue depuis une scène de théâtre ?

Je ne savais pas tellement de choses de la Révolution, sinon quelques grands clichés. Mais mon sentiment, c’est que le regard est juste. La pièce n’est ni univoque, ni manichéenne. Il s’agissait moins de raconter la Révolution que d’évoquer des pensées et des attitudes qui vont évoluer, un univers chaotique dont on ne savait pas comment se sortir. Et puis, il y a aussi une dimension d’actualité, puisqu’il est question des migrants ou encore de groupes qui veulent éliminer tous ceux qui ont des pensées divergentes. J’ai vécu ce grand moment de théâtre en prise directe, dans une expérience forte et dense.

Une petite angoisse à un moment ?

Le théâtre, c’est un travail sans filet ! Il faut être juste, assumer la situation. On ne peut pas se louper et ça donne un sacré coefficient émotionnel. L’angoisse ? Se dire : pourvu que je ne sois pas dans Videogag demain.

Le moment le plus jubilatoire ?

Dans les rôles de députés qui intervenaient à l’Assemblée nationale, nous avions pleine liberté pour choisir les mots, les invectives que se lançaient les représentants de la nation. C’était no limit. On s’en est donné à cœur joie lors des répétitions. On avait un peu plus de mal à les crier lorsque nous étions en public. On est bien élevé. On ne se refait pas. Mais oui, c’était un moment jubilatoire.

Pommerat 2

Les saluts, côté cour.

Et lorsque le rideau est tombé…

Le bonheur pur ! Une libération validée par les applaudissements. Avec le sentiment d’avoir fait ce qu’on voulait faire. On est alors dans quelque chose d’éthéré, de planant !

Propos recueillis par Pierre-Louis Cereja

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2 commentaires

  1. Merci d’avoir partagé cette expérience avec les spectateurs de la Filature ; j’ai vécu ce spectacle avec la même jubilation ! C’était la troisième ou quatrième création de Pommerat que je voyais à La Filature : c’est à chaque fois un univers totalement différent, une mise en scène toujours réinventée… cet artiste est extraordinaire ! Je suis vraiment heureuse que la Filature le suive et nous permette de vivre de tels moments de théâtre !

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  2. Bonjour, c’était une superbe expérience que de jouer dans le Pommerat, fraichement retraité de la Filature j’avais envie de remonter sur scène et surtout dans la grande salle. C’était exaltant, excitant et d’un très grand sérieux, nos coatchs, Marie et David ne nous n’ont jamais lâché et leurs conseils étaient justes et en harmonie avec la pièce. Le vendredi nous étions encore mieux car nous avons pu nous lâcher sans faire d’excès bien sûr. Nous avons donné notre temps, gratuitement, mais nous avons eu en retour le sentiment de participer à une œuvre, actuelle, grandiose, nous avons été très bien accueilli par l’équipe de Joël Pommerat et la Scène Nationale nous a offert un catering digne de sa réputation et je m’y connais car je l’ai fait pendant 11 années au service des artistes, du public au bar de la Filature. Très prochainement je vais à nouveau jouer dans une pièce mais à Saint Louis et le week-end dernier j’ai présenté mon tour de chant à la Petite Echarde à Didenheim. Vive la retraite, vive le spectacle. Michel Burkhard

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